Au nom du père et du fils de JM Weston

Au nom du père et du fils et de JM Weston,  texte et mise en scène de Julien Mabiala Bissila

 

PhotoPVE_2878Où était l’église, le barrage, la station à essence. Où a explosé le bus ? Contre le mur ou  le poteau électrique ? Deux frères, Criss et Cross, habillés avec recherche, reviennent sur les lieux de leur enfance ; ils se chamaillent et n’arrivent pas à se mettre d’accord sur  » Où est où? » car « le Sud de la ville est désormais à l’Est et le Nord est au centre. »
  Ils fouillent dans les ruines encore fumantes laissées par la guerre civile,  et essayent de retrouver les endroits familiers, la maison de leur mère, la tombe de leur père, les souvenirs de la belle Madame Mado, et une paire de leurs précieuses chaussures, de marque JM Weston. Le must pour ces deux sapeurs.
« Pourquoi tant de cravates au milieu de tant de cadavres? Pourquoi des chaussures JM Weston ? » se demande le mari de Mado, surgi des décombres, et qui leur raconte, avec un humour glaçant, les exploits des soldats sadiques et sanguinaires à l’encontre de sa famille.
Dans un décor sobre, monochrome, Julien Mabiala Bissila joue Cross aux côtés de Criss Niangouna (Criss) et de Marcel Mankita ( le vieil oncle), et a mis en scène ces trois personnages qu’il a vêtus des couleurs vives chères aux rois de la sap.
« Les costumes de Marta Rossi reprennent les formes de l’élégance dandy, avec des matériaux de récupération : une bâche pour un pantalon, une canette découpée pour un nœud papillon, un sac de riz pour confectionner une veste… avec des matériaux synthétiques, seuls survivants des feux et  des bombardements.»
Cette explosion colorée va de pair avec la tonalité burlesque. Pas le moindre pathos pour décrire les horreurs de la guerre, dans cette comédie à la langue copieuse, conçue pour conjurer les terreurs.  Au nom du père et du fils et de J.M. Weston alimente le cocasse des situations, la faconde des protagonistes avec une écriture luxuriante, inventive, truffée de formules savoureuses, de belles fulgurances, et portée par des interprètes exubérants mais toujours justes, en particulier Marcel Mankita, qui compose un vieillard à la mémoire en vrac.
Profondément marqué par la guerre à Brazzaville, où il a perdu des amis chers et des membres de sa famille, l’auteur refait ce parcours cruel vers son enfance, à travers les mots: « J’arrive à crier ma colère, ma rage, mon impuissance autrement, dit-il. Ma vie a trouvé d’autres issues… La guerre est loin maintenant, j’en ris…  » L’humour est pour lui « un gilet pare-balles ».

Pour ce faire, il prend ici la sape comme point de départ, qui lui donne le titre de sa pièce, et symbolise l’appétit de vivre malgré envers et contre tout : « Le Congolais est un bon viveur, un ambianceur, voire un flambeur. Il aborde l’Histoire par l’anecdotique, le dérisoire ».
« C’est fou comme les détails vestimentaires et physiques sont importants, car, en fait, ces trucs te raccrochent à la vie. La vie réelle… », remarquait une rescapée du Bataclan qui, dans la bousculade, avait perdu ses baskets…
Criss et Cross à la recherche de leurs chaussures JM Weston, ont quelque chose de Vladimir et Estragon d’En attendant Godot, version dandy et logorrhéique.

Malgré quelques passages à vide où la pièce semble tomber en panne, il faut voir ce spectacle, ne serait-ce que pour y prendre des leçons de vie, et entendre la folle énergie de cette langue théâtrale exceptionnelle.

 Mireille Davidovici

 Le Tarmac, Paris. T. 01 40 31 20 96 , jusqu’au 4 décembre.
Tropiques Atrium/Martinique, les 21 et 22 janvier, et  tournée dans le réseau ATP en 2016. L’Atrium de Dax le 6 février. Théâtre municipal de Roanne le 9 février. Théâtre Na Loba, Pennautier le 13 février.
Théâtre des Ateliers, Aix-en-Provence les 7 et 8 mars ; salle polyvalente d’Uzès le 10 mars; 12 mars, La Chartreuse, Villeneuve-les-Avignon le 12 mars; salle Georges Brassens de Lunel,  le 18 mars.
T.G.P. d’Orléans le 23 mars; Odéon de Nîmes, le 30 mars. Théâtre municipal de Villefranche-de-Rouergue le 1er mars. La Louvière, Epinal, le 26 avril; Théâtre de la Maison du peuple, Millau le 3 mai.

 Au nom du père,du fils et de JM Weston est publié aux éditions Accoria.

 


Archive pour 22 novembre, 2015

L’Histoire du soldat

L’Histoire du soldat, de Charles-Ferdinand Ramuz, musique d’Igor Stravinsky, mise en scène d’Omar Porras, avec L’Ensemble 2e2m, sous la direction de Benoît Willmann

photo 1C’est l’histoire d’un pauvre soldat qui rentre au pays. Il  marche sans cesse en s’accompagnant au violon. Son chemin croise celui du Malin qui lui fait miroiter une fortune, s’il échange son instrument. Le soldat vend alors son âme au diable.
Mais quand l’argent lui devient facile, il prend conscience qu’il manque l’essentiel, et il parvient à reprendre le violon au diable, avec lequel il charme une languissante princesse.
 Devenu prince, mais toujours insatisfait, il veut revoir son village natal. Mais « un bonheur est tout le bonheur, deux, c’est comme s’ils n’existaient pas ». Le pauvre soldat perd tout. Triomphe du diable.  Tendance au hiératisme, solennité et grandeur, l’œuvre de Stravinsky se manifeste aussi par une attirance marquée pour le sacré, dans l’incarnation du rituel ou du culte, mais aussi dans les œuvres profanes, un sacré  avec des icônes simples   mais aussi une distanciation, un goût pour l’ordre et pour l’incantation,  comme dans L’Histoire du soldat. Le  thème et la musique d’Igor Stravinsky ont  exercé un attrait inouï en 1917 puisque l’anecdote touche à l’universel grâce à la convention du fabliau.
Charles-Ferdinand Ramuz et Igor Stravinsky retiennent du recueil de contes d’Afanassiev (1826-1871), Le soldat déserteur et le diable, l’histoire d’un recrutement forcé pour vingt ans, lors de la guerre turco-russe sous le Tsar Nicolas II.
Dépouillé de tout signe russe trop affirmé, le conte parle de la guerre qui sévit en 1917, et le retour du soldat, transposé en Suisse,  tient d’une miniature pour spectacle miniature  pour quelques acteurs et petit ensemble instrumental. L’œuvre est comparée à une suite – une fusion de scènes parlées, mimées, chantées et dansées avec des parties de musique.  Comme une sorte de lanterne magique animée…
  Le magicien aux mille tours de la scène Omar Porras  s’amuse de l’effet de surprise de couleurs vives et empourprées, des échappées lumineuses d’un feu enchanteur, et de la terre rougeoyante d’où naît la brûlure, des éblouissements secs enfin des flammes et des flammèches, au sens propre et au sens figuré.  Avec des effets spéciaux et des accessoires  de Laurent Boulanger. Le narrateur (Philippe Gouin) se déplace sur la scène comme un maître de danse, de même le soldat (Joan Mompart) ne ménage pas ses efforts pour suivre sa route ardue, le diable (Omar Porras) n’en fait évidemment qu’à sa tête et la princesse (Maëlla Jan) s’en laisse subtilement conter.  Et il y aussi le digne curé (Alexandre Ethève). Dès qu’un scintillement surgit – merveille des yeux et effroi du cœur -, on se doute que le Malin n’est pas loin et se joue avec malice de tous, des personnages du conte, comme des spectateurs assis non loin du territoire de magie et de musique.
  Des formes et des couleurs, dessinent une toile aux images inventives dont l’onirisme ondoyant ne cesse à la fois de se renouveler et de varier. Papillons qui volètent, violon enfantin et précieux, masques (Fredy Porras) des comédiens facétieux et goguenards, tous danseurs élégants et aériens : la scène est un émerveillement plein de délicatesse, un songe qu’on aimerait voir perdurer, quand s’arrête la musique de l’Ensemble 2e2m, sous la direction de Benoît Willmann qui nous donne un bon coup de fouet pour régénérer l’imaginaire des petits et des grands, et affronter ces temps cruels.

Véronique Hotte

Théâtre 71 – Scène Nationale de Malakoff, du 17 au 27 novembre. T: 01 55 48 91 00. Comédie de Caen, les 2 et 3 décembre. T : 02 31 46 27 27. Théâtre du Nord, Lille. T : 03 20 14 24 24

 

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