Ils ne sont pas encore tous là

Ils ne sont pas encore tous là …, d’après La Cerisaie d’Anton Tchekhov, mise en scène de Chantal Morel

  ce qui ,répé 2 nov (2)Non, ils ne sont pas encore tous là, les personnages de La Cerisaie de Tchekhov, et le public en  attendra certains en vain,  mais les trois comédiens qui sont là, après s’être acquittés du parcours de la gare à la maison, jouent les sept personnages essentiels.
Chantal Morel, déterminée et enthousiaste, fait appel au patrimoine théâtral auquel on pense si peu et utilise les archives sonores des mises en scène de Jean-Louis Barrault, Peter Brook, Alain Françon, Giorgio Strehler, Georges Lavaudant, Stanislavski …. Avec les voix, entre autres, de Madeleine Renaud, Marie-Hélène Dasté, Dominique Valadié, Didier Sandre, Julie Pilod, Michel Piccoli, Patrick Pineau, Jean-Paul Roussillon…
Un bonheur de reconnaissance et de souvenir ému de grandes mises en scène. Mais  Marie Payen, Nicolas Struve et Line Wiblé vont jouer Lioubov, la propriétaire du domaine et sa fille Ania, le marchand Lopakhine, le frère de Lioubov, Gaïev , l’étudiant Trophimov, la fille adoptive de Lioubov, Dounachia, et le vieux serviteur, Firs.
Le sifflet du train se fait entendre, laissant ses passagers hébétés sur le quai embrumé de la gare, et les trois comédiens se lancent « Après la mort de son fils, noyé dans la rivière, Lioubov s’est exilée à Paris. Cela fait cinq ans. Aujourd’hui, elle rentre retrouver les siens dans la maison familiale, Gaev, son frère, Varia, sa fille adoptive, Firs, le vieux serviteur »…
« Une demeure ouverte sur une cerisaie, la plus grande et la plus belle de toute la région. Ruinée, Lioubov est obligée d’envisager de vendre la propriété. Une vente aux enchères est prévue dans l’été, d’ici trois semaines… Lopakhine, marchand, fils d’anciens serfs de Lioubov, propose de diviser la propriété en villas pour les louer à des estivants … Lioubov et Gaïev ne peuvent prendre au sérieux une telle proposition … Ils semblent attendre l’issue tragique, simplement attendre… »
Il suffit de rideaux romantiques, d’un canapé usagé, et de quelques vieilles chaises et la scène advient dans l’humilité et la grandeur. La tristesse des affects installe d’emblée sa résonance poétique – mélancolie et vague à l’âme -, entre larmes du cœur et du corps, et rires joyeusement moqueurs : comment pourrait-on vendre la cerisaie ? Impossible !
Et la vie continue, en dépit de tout,  Lioubov, fidèle à la demeure de son enfance, aperçoit la silhouette de sa mère en robe blanche marcher entre les cerisiers, comme si elle-même était restée petite fille. Il n’est pas possible que la cerisaie soit vendue, ce serait bafouer la mémoire, l’histoire familiale et les rêves de l’imaginaire : l’apport financier d’une tante fortunée suffira peut-être au paiement des dettes. Mais après le bal, le marchand Lopakhine et Gaïev, le frère de Lioubov, reviennent de la ville après la vente : Lopakhine, ancien fils de serf, a racheté le domaine…
Pour les anciens maîtres, il faut l’admettre : les disparus ne reviennent pas,  et la marche de la vie exige qu’on aille toujours de l’avant. Lioubov, (émouvante Marie Payen, à la fois gaie et douloureuse) retournera à Paris rejoindre son amant qui la rappelle. Dounachia( Line Wiblé),  paisible et au silence éloquent, sera gouvernante ailleurs, à trente verstes de là; elle n’épousera pas Lopakhine (Nicolas Struve), qui, plein de bonhomie et de clairvoyance, aime pourtant la jeune femme mais ne la demande pas en mariage, et le vieux Firs finira ses jours à l’hôpital…

 Véronique Hotte

Salle de répétition du Théâtre du Soleil, du 9 novembre au 6 décembre à 20h, samedi 4 décembre à 15h et 20h, dimanche 15h, relâche du 24 au 27 novembre et du 30 novembre au 4 décembre


Archive pour 23 novembre, 2015

Asa Nisi Masa

Asa Nisi Masa chorégraphie, scénographie et conception vidéo de José Montalvo

 RTEmagicC_AsaNisiMasa_uneIncantation poétique, Asa Nisi Masa renvoie au film de Federico Fellini, Huit et demi, où Asa Nisi Masa, une formule magique lancée par une fillette, permet au jeune Guido de faire un plongeon onirique dans son enfance.
Au début du spectacle, le public est incité à la prononcer, suivant une gestuelle indiquée par les danseurs. Un rituel qu’ils répéteront sur scène, pour ponctuer les changements de tableaux. La pièce, destinée au jeune public, s’organise en rêves successifs, comme autant de contes où la danse, comme souvent chez le chorégraphe, flirte avec la vidéo. Les images, projetées sur grand écran en fond de scène, convoquent des animaux de toute taille, de tous poils et plumes, en peluche ou en chair et en os.

Volatiles graciles ou de poulailler, fauves bondissants, singes, tortues… se rejoindront sur une kora géante, voguant, telle l’arche de Noé. Le chorégraphe a l’art de démultiplier les échelles de grandeur : un énorme gorille regarde avec mépris la frêle danseuse qui, en bas de l’écran, dompte des oiseaux ; des éléphants viennent se percher sur la tête des interprètes.
Dans une deuxième partie, encore plus délirante, Don Quichotte et ses moulins à vent débarquent dans le métro parisien, station Asa Nisi Masa… En solo ou en tribu, les danseurs, eux aussi, de styles et d’apparences disparates, jouent avec les images, et vice et versa. Hip-hop, danse classique ou contemporaine, rythmes africains, flamenco, claquettes, figures acrobatiques coexistent, accentuant le caractère baroque de ces histoires à dormir debout (au bon sens du terme).

 » Sur un sujet aussi universel que l’enfance et l’animalité, toutes les danses se rassemblent, dialoguent et se mélangent, commente le maître d’œuvre. Finalement, cette pièce, je l’ai écrite d’abord pour moi, pour laisser encore résonner l’extravagance de mes émerveillements d’enfant. »
Asa Nisi Masa, créée la saison passée au Théâtre National de Chaillot, où José Montalvo est artiste permanent, subjugue petits et grands par la magie de ses images et l’alacrité de ses danseurs.

Le baroque de la pièce s’affirme grâce à une impeccable synchronisme entre les mouvements des uns et des autres, la conjugaison du virtuel et du réel, et la maîtrise extraordinaire d’un désordre organisé. Une petite fausse note : les costumes ne sont pas du meilleur goût, et c’est dommage…
La tournée ne fait que commencer, ne manquez pas ce spectacle s’il arrive dans votre région, surtout si vous avez des enfants.

 Mireille Davidovici

 Vu à  Bonlieu/Scène Nationale d’Annecy, le  21 novembre. Théâtre intercommunal Le Forum de Fréjus/Saint-Raphaël, les 29 et 30 novembre ; MA scène nationale-Pays de Montbéliard, les 2 et 3 décembre; Espace des Arts de Châlon-sur-Saône, les 10 et 11 décembre ; Théâtre du Vellein, (38) les 16 et 17 décembre ; Théâtre-Cinéma Paul Eluard de Choisy-le-Roi, les 19 et 20 décembre.
Maison de la Danse à Lyon, du 5 au 9 janvier ; Théâtre Jacques Prévert d’Aulnay-sous-Bois, les 15 et 16 janvier ; Théâtre des Sablons, Neuilly-sur-Seine, les 27 et 28 janvier; Le Rive Gauche, 76800 Saint-Étienne-du-Rouvray
les 28 et 29 février ; Théâtre municipal de Charleville-Mézières, les et 4 mars ;Théâtre de Bourg-en-Bresse, les 16 et 17 mars ; Le Carré Belle Feuille, Boulogne-Billancourt  les 3 et 4 avril ; Le Pin Galant, à Mérignac  les 3 et 4 mai ; Odyssud, à  Blagnac du 25 au 29 mai; Théâtre National de Chaillot, Paris du 11 au 20 mai ; Châteauvallon/C.N.C.D.C , le 7 juin.

 

L’homme de décembre

L’Homme de décembre  de Colleen Murphy, mise en scène de Sarah Garton Stanley.

 bathrobeLe 6 décembre 1989, un  homme entre dans un amphithéâtre de l’École polytechnique à l’Université de Montréal, muni  d’un fusil d’assaut, un Ruger Mini-14. Les étudiants sont priés de quitter la salle.  Quelques instants plus tard, les corps de quatorze étudiantes  jonchent  le sol.  La nouvelle se répand rapidement  et le  Canada  tout entier est en  état de choc.  Selon les témoins, le tueur, Marc Lepine, souhaitait se venger de  ces «féministes», qui voulaient occuper les postes  traditionnellement réservés aux  hommes.
V
ingt-six ans après, le pays est encore hanté par ce drame et la question persiste.  Comment ne pas se poser des questions sur la manière d’aborder ce sujet-piège dont  les moindres détails de la tuerie tragique sont connus de tous, puisque l’événement fut décortiqué par la presse. Comment  construire un récit, cerner des  personnages, soutenir l’intérêt au-delà d’un voyeurisme réaliste  quand l’auteure refuse d’adopter une perspective historique, ou  d’approfondir la psychologie des acteurs d’un drame déjà trop connu?
  Cette dramaturgie nous laisse perplexe, puisque la situation est fondée sur la culpabilité profonde du  survivant, évoquée par l’auteure qui déplace nos regards sur les personnages  secondaires, mettant en relief  les répercussions de la tuerie sur un des étudiants, évacués au moment où le meurtrier éventuel demande aux mâles de  quitter l’amphithéâtre avant d’abattre les femmes.
La  chronologie des événements est inversée, et la pièce commence deux ans après  le massacre puis remonte au moment où il est annoncé à la télévision, et se termine quand le  jeune homme rentre à la maison après avec vécu le traumatisme avec ses camarades de classe.
Curieusement, dès le départ, le dialogue  nous permet de  deviner le sort du jeune homme et de sa famille, de sorte que la suite ne nous laisse plus rien à découvrir. Les références aux émotions exacerbées, à la paranoïa, à la dépression et aux conflits de classe de Marc Lepine, surtout par rapport à sa mère, se répètent en s’intensifiant.
Le texte finit par rester à la surface des choses, sans que l’auteure creuse les personnages et en cerne les nuances; en revanche, elle insiste sur une vision statique et essentiellement réaliste,  malgré le décor qui frôle un expressionnisme intéressant.     

Heureusement, grâce au jeu raffiné du comédien qui interprète le père, et aux débordements intenses du fils souffrant,  nous sommes  parfois émus  mais, de  manière générale, la pièce répète les réactions sans faire évoluer la nature de cette angoisse. Le mouvement général provoque une lassitude et un  gêne, surtout,  lorsque l’écrivaine tente de  stimuler notre intérêt avec un humour racoleur  et inapproprié. Le personnage de la mère, dont la brutalité et la faible affection  qu’elle a pour son fils, est à la limite de la caricature.   
Le choix d’une musique électronique, bruyante et violente, qui signale les transitions dans un paysage frappé par la mort,  est très efficace et l’excellent décor, aux graffitis violents et sculpté par l’éclairage, donne à  cet espace trouble l’allure d’une prison dotée d’une neutralité froide. Une curieuse rencontre de distanciation et d’affectivité ! On a l’impression que l’auteure  fait tout pour esquiver l’essentiel…

Alvina Ruprecht

Théâtre anglais du Centre national des Arts, Ottawa, du 16 au 28 novembre.

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