Le Syndrome d’Alice

Le Syndrome d’Alice d’après Oliver Sacks, mise en scène et scénographie de Dominique Pitoiset

 

©Maurizio Cattelan, Bidibidobidiboo, 1996. Tazidermed squirrel, ceramic, Formica, wood, paint and steel. 45 cm. x 60 cm. x 48 cm. Fondazione Sandretto Re Rebaudengo, Turin. Photo, Zeno Zotti.

©Maurizio Cattelan

Aphasie, diplopie, agnosie, apraxie, syndrome de Frégoli, héminégligence… derrière ces jolis mots savants qui s’affichent sur un écran, se cachent des lésions du cerveau. Des êtres souffrants, interprétés ici, alternativement par Nadia Fabrizio et Pierre-Alain Chapuis, défilent devant nous, dans un cabinet médical sommairement meublé, impersonnel. Nous assistons à une série de courts face-à-face patient/médecin, où les comédiens sont, tour à tour, le neurologue ou le malade.
 Dans cette relation duelle, sont examinés à la loupe, une quinzaine de cas, dont le syndrome d’Alice, en référence à Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, qui se caractérise par des altérations de la perception des objets, de la notion de temps mais aussi de son propre corps.
La pièce s’appuie sur les publications du neurologue britannique Oliver Sacks (1933-2015) célèbre pour son livre L’Éveil, dont fut tiré un film avec Robin Williams et Robert de Niro. «J’essaie, dit Dominique Pitoiset, de faire en sorte que toutes les représentations soient scientifiquement justes et se tiennent en-deçà d’une spectacularisation. »

   Le jeu des acteurs est sobre, dénué de tout pathos et de tout affect, sans  aucun superflu, et cette froideur clinique glaçante rend les situations d’autant plus troublantes et émouvantes. Pas de fioritures non plus dans les dialogues qui proviennent de rencontres avec des personnes réelles.
Cependant, le théâtre apporte une distance telle que certaines situations cocasses prêtent à sourire:«Le bras, il est au monsieur qui est là, un Italien, dit une femme atteinte d’hémiasomatognosie (le patient refuse de reconnaître comme sienne la moitié paralysée de son corps, le plus souvent le côté gauche!). On l’a cuit à la broche, il était bon. »
Un homme ne comprend pas comment on a pu déplacer l’hôpital dans son appartement. D’autres cas nous terrifient: une patiente se persuade que des êtres malfaisants se sont glissés dans le corps de ses proches.
Dans ce dispositif et cette interprétation minimalistes, il émane cependant des personnages une certaine poésie : le spectacle nous entraîne de l’autre côté du miroir, dans un monde bizarre et fantasque, celui du déficit cérébral. Vers des contrées étranges mais pas si lointaines… Nous mesurons alors combien notre normalité et notre équilibre mental sont précaires: « Nous naissons tous fous, certains le demeurent » écrivait William Shakespeare, dans Le Roi Lear.
Cette petite forme, créée à la Scène nationale d’Annecy, où Dominique Pitoiset est artiste associé pendant trois ans, fait partie d’un diptyque d’Oliver Saks dont le premier volet, paru en 1985, L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau  fit l’objet d’un spectacle mis en scène par Peter Brook, un an plus tard, d’un opéra du  compositeur anglais Michael Nyman.
Dominique Pitoiset nous propose à son tour «un voyage autour du cerveau» déconcertant.

 Mireille Davidovici

 Bonlieu, scène nationale d’Annecy T. 04 50 33 40 00, jusqu’au 1er décembre. 

 

                                       

 


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