Fleur de cactus

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Fleur de cactus de Pierre Barillet et Jean-Pierre Gredy, mise en scène de Michel Fau

Dans les années 40, Pierre Barillet commença par écrire des drames noirs, puis des adaptations de romans pour la radio et, en 1950, avec son copain de fac de droit, Jean-Pierre Gredy, Le Don d’Adèle, une comédie mise en scène par Jacques Charon qui fut encensée par Louis Aragon (si, si c’est vrai) et jouée plus de mille fois.
Parmi les succès de ces deux auteurs, (92 et  95 ans), il y eut L’Or et la paille, (1956) repris par Jeanne Herry en 2015 avec bonheur (voir Le Théâtre du Blog), Quarante carats (1967), adaptée au cinéma avec Ingrid Bergman et Gene Kelly (si, si, c’est encore vrai !), et, avec Jacqueline Maillan, Folle Amanda (1971), Potiche (1980) récemment adapté au cinéma par François Ozon, et Lily et Lily  (1984).
C’est dire qu’il sont été longtemps abonnés à la célébrité dans le genre: comédie aux multiples ficelles et rebondissements dans la tradition d’Eugène Labiche, mais sans la noirceur, la méchanceté… et le génie du grand dramaturge.
Fleur de cactus créée en 1964 avec Sophie Desmarets et Jean poiret au >Théâtre des Bouffes-Parisiens connut ainsi un grand succès pendant trois ans, et fut même jouée à Broadway par Lauren Bacall, et au cinéma par Ingrid Bergman, encore!
Cinquante ans après, Michel Fau s’en empare avec, dans le rôle principal, une vedette (convention obligatoire du genre!) en l’occurrence Catherine Frot, bien connue du public surtout grâce au cinéma,  et lui-même. Et cela donne quoi? Nous y allions en traînant les pieds malgré les tonnes de compliments déversés depuis cette reprise, et nous en sommes sortis, plus que déçus!

 Le scénario, dont nous vous épargnerons tous les méandres, est fondé sur l’histoire de Julien Desforges, chirurgien-dentiste renommé qui soigne toute la grande bourgeoisie (Michel Fau) et qui a, depuis un moment, une liaison avec la jeune et magnifique Antonia ((Mathilde Bisson). Mais, comme il tient à son indépendance, il ne cesse  de lui mentir, et lui  fait croire qu’il est marié et qu’il a trois enfants, tout en lui jurant le grand amour et en lui promettant le mariage. Mais Antonia pose comme condition la rencontre avec sa femme!
Heureusement, pour se sortir de ce traquenard, il a une secrétaire-assistante, Stéphane (Catherine Frot), toute dévouée à son patron et célibataire endurcie qui vit avec sa mère et son chien. Elle admire beaucoup Julien Desforges dont elle est, bien entendu, amoureuse en secret,  même quand il la rudoie souvent au point de la faire pleurer. Et il va même lui demander sans aucun scrupule, de jouer le rôle de son épouse. Les choses, évidemment, ne se passeront pas comme prévu…
Elle reste malgré tout d’une soumission exemplaire mais, dans un petit coup de révolte « féministe », accepte de sortir pour une soirée Champagne avec  un ancien officier, patient du dentiste à qui cela ne fait pas plaisir. Mais elle finira par passer la nuit avec un beau jeune homme, devenu l’amant de son Antonia, etc., etc. Cela finira évidemment (qui l’aurait deviné ?) par un départ en vacances du dentiste et de sa très chère secrétaire dans sa vieille deux Chevaux.

Barillet et Gredy, très à leur aise dans des scènes courtes, ne nous épargnent rien et accumulent mots d’auteurs, et réparties faciles pour donner du corps à ces malentendus, mensonges, scènes de jalousie, situations téléguidées, etc. de  cette Fleur de cactus. Cela pendant presque deux heures, et c’est bien long…
L’Or et la paille est une pièce plus fine, mieux construite aussi que cette suite de petites scènes dont on se lasse vite. Michel Fau, metteur en scène, joue volontiers le second degré (cela marche parfois). Mais il aurait pu enlever ou abréger nombre de moments qui ne servent pas à grand chose… Rien à faire, Barillet et Gredy sont d’incorrigibles bavards, et la pièce n’en finit pas !
Quant à Michel Fau, acteur, il semble s’amuser comme un petit fou à jouer ce personnage de dentiste assez stéréotypé, et Catherine Frot compose un rôle de secrétaire frustrée, mais brave et plus futée qu’il n’y paraît. Mais on a connus ces excellents comédiens quand même mieux inspirés;  ils en font ici des tonnes pour essayer de faire passer un texte assez insignifiant.

 Il y a, heureusement, et c’est toujours cela de pris, un remarquable décor, aussi intelligent et poétique qu’efficace de Bernard Fau, avec des vues de Paris et des intérieurs sans doute peints en perspective à partir de photos projetées (le grand Jérôme Savary aurait bien aimé). C’est très malin, plein d’humour et apporte un peu d’air frais à ce pudding de texte.
 Et le public ? Majoritairement composé de gens qui avaient quelque trente-cinq ans dans les années soixante ans et qui semblent retrouver ici une seconde jeunesse, il rit souvent à la moindre réplique un peu drôle. Et c’est vrai qu’il y a un boulevard (sans jeux de mots!) pour ce type de pièces dans le climat parisien actuel, tant le théâtre contemporain est plutôt avare d’œuvres comiques! 
 Moralité : mieux vaut ne pas être difficile, si on accepte de payer 51 € au parterre pour voir cette petite chose qu’on oubliera vite. Sinon, on peut s’abstenir. Même avec Catherine Frot dans le rôle principal, qu’on a connue, remarquable actrice, chez Peter Brook, Pierre Pradinas, Luc Bondy, et au cinéma…

Philippe du Vignal

Théâtre Antoine jusqu’au 3 janvier 2016

 


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