La Fusillade sur une plage d’Allemagne

La Fusillade sur une plage d’Allemagne, de Simon Diard, mise en espace de Marc Lainé

 la_fusillade_sur_une_plage_d_allemagne_01_02.12.2015_047«Au milieu d’une forêt, près d’une fosse où a été jeté un adolescent, présumé tueur de masse en puissance, un petit groupe de personnages dont on ne sait rien, projette de détruire le mal à la racine». Il faut citer l’accroche du texte de présentation qui nous jette déjà en plein cauchemar; et on ne se débarrassera pas si vite de la réalité de ce groupe de gens, fictive et de plateau mais qui est aussi celle de notre monde et des images que les médias en donnent.

Comme beaucoup d’autres écrivains, Simon Diard a saisi la violence qui est dans l’air, comme on dit, et bien avant les attentats de Paris. Il n’a pas eu à chercher loin : son tueur de fiction s’inspire de celui qui s’est mis à mitrailler, il y a quelques mois, une plage de Tunisie. On n’a là qu’une partie du cauchemar. Il y a surtout cette fosse, et ces éradicateurs : mal contagieux pour qui tente de l’arracher. Important: cela se passe en Europe, terre de relative sécurité, mais aussi d’indignations et de peurs qui se traduisent, de façon lamentable, par des votes d’extrême droite.
Bonheur obligé sur la plage, »la seconde idéale » et « valeurs » non interrogées sont bousculés par cette violence sans retour. Nous plongeons dans la catastrophe, à coup sûr. À cela s’ajoute, jouissance et terreur, la vision obsessionnelle d’un enfant impuissant à sauver son frère de la noyade, et la volupté du nageur au-dessus de l’abîme… Et la boucle se boucle : l’adolescent furieux et le nageur ébloui ne font qu’un.
On fera un seul petit reproche à l’écriture très visuelle de Simon Diard: la présence un peu envahissante donc parfois superflue, de termes techniques de cinéma. Il suffirait juste de dire que le père a filmé ce merveilleux jour d’été.

Les mises en espace sont présentées peu de fois, donc vous ne pourrez pas assister à celle-ci. Ulysse Bosshard, Bénédicte Cerutti, Jonathan Genet, Mathieu Genet, Olivier Werner excellents comédiens ont livré ce texte complexe, riche, avec une sorte de détachement légèrement narquois. À l’image de nos sociétés ironiques et décomplexées, au sens assez nauséeux que certains politiques donnent à cet adjectif ?
La pièce, forte, compliquée et virtuose, se place à côté de celles de la grande dramaturgie allemande contemporaine : Marius von Mayenburg, Roland Schimmelpfennig, Lukas Bärfuss… On peut aussi la lire en tapuscrits, ces précieux petits livres édités par Théâtre Ouvert et se faire ainsi sa propre mise en scène.

 Christine Friedel

 Théâtre Ouvert. T : 01 42 55 74 40.

 

 

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