Iliade, d’après Homère

Aristie d'Achille

Iliade, d’après Homère, mise en scène de Pauline Bayle.

 Vingt-quatre chants et un peu plus de quinze mille vers d’une épopée pour dire les horreurs d’une guerre de Troie qui dure depuis neuf ans, et où on va croiser, pendant six jours et six nuits, les destins de ces  mortels fabuleux, Grecs : Agamemnon, son frère Ménélas, Achille, Ulysse, Ajax le grand, Patrocle, Diomède, Hélène… des Troyens : Priam, Hécube, Hector, Andromaque… et des immortels comme Zeus, Thétis, Héra, Poséidon.
Cela commence par la fameuse colère d’Achille qui, dit Homère, « jeta dans l’Hadès tant d’âmes de héros, livrant leur corps en proie aux oiseaux comme aux chiens ; ainsi s’accomplissait la volonté de Zeus».  A propos de cette fameuse Grecque la belle Hélène, enlevée par Pâris le Troyen, à Ménélas, frère d’Agamemnon.

  Les adaptations au théâtre et au cinéma ne se comptent plus… Pauline Bayle, elle, a voulu mettre l’éclairage sur le thème de la guerre qui, dit-elle, «pendant des millénaires, a constitué le prolongement naturel de l’être humain, une sorte d’issue certes fatale, mais inévitable de l’existence (…) où des héros mettent tout en œuvre afin d’échapper à leur condition de mortel, tout étant sans arrêt rattrapés par elle.» Quand elle a préparé son spectacle, elle ne pouvait encore prévoir cette autre forme de guerre que furent les récents attentats… et qui ne semble pas près de s’arrêter !
Il y a aussi des chœurs où Pauline Bayle a repris des phrases de personnages comme Ulysse, Agamemnon, Diomède et Hector et d’autres glanées un peu partout dans cette extraordinaire épopée,  comme ces mots étonnants d’Hélène au chant VI : « Zeus nous a chargés d’une mauvais part pour que plus tard, nous soyons chantés par les hommes qui viendront ». Le spectacle est aussi celui de récits de guerre comme ceux d’Ulysse et Agamemnon, Diomède, Hector, et de dialogues entre Hélène et son beau-frère Hector, entre Hector et Andromaque, ou encore Ulysse et Achille.
Les dialogues entre les dieux: Héra, Poséidon, Aphrodite…  proviennent eux d’improvisations, et vont vers le burlesque, du côté de La belle Hélène de Jacques Offenbach et de La Guerre de Troie n’aura lieu de Jean Giraudoux.
Il y a aussi des récitatifs de listes de noms,  comme sur les monuments aux morts, ceux de la guerre de Troie que Pauline Bayle a repris mais en les accumulant. C’est efficace, les noms grecs sont si beaux, mais parfois un peu long ! Enfin, elle aurait eu tort de se gêner; après tout, l’immense Eschyle l’avait fait avant elle, avec le récit du messager des Perses, pour le plaisir évident de faire entendre la liste de ces acteurs et victimes de la guerre avec les Grecs.
 Et cela fonctionne ? Plutôt oui, et parfois moins bien. Il y a surtout, vers la fin, des scènes formidables de vérité comme ce dialogue entre Hector (Jade Herbulot) et Achille (Charlotte van Bervesselès). Et Il y a aussi des images très fortes, comme cette scène où Achille le guerrier asperge le sol avec le sang de deux éponges pressées. Là, avec quelques chaises, un peu de lumière et de musique mais surtout cinq jeunes comédiens efficaces, on entre dans le vrai théâtre avec de belles métaphores, loin des singes, des vrombissements et autres supercheries de L’Orestie de Romeo Castellucci, (voir Le Théâtre du Blog). Avec une mise en scène qui privilégie le récit oral sans que cela nuise jamais au jeu scénique, Pauline Bayle confirme ici ses dons évidents de directrice d’acteurs.
 Ce que l’on aime moins : ces changements très rapides de personnages joués alternativement par des filles ou des garçons qui donnent un peu le tournis … Ce procédé facile, très mode, fatiguant et qui a beaucoup servi, il ne facilite en rien l’accès à cette lecture personnelle de l’Iliade et le spectateur non averti s’y perd facilement, malgré la liste des personnages grecs et troyens collées au mur du fond.. Belle et efficace idée.
   Les acteurs sont habillés de vêtements assez laids du quotidien, ce qui, là aussi, s’est trop fait depuis que le Living Theater avait innové mais il y a déjà cinquante ans… et s’affublent parfois de perruques féminines. Les costumes, c’est toujours «un problème douloureux» comme aurait pu dire Monseigneur Marty, archevêque de Paris, à propos de tout et de rien.
Malgré ces réserves, cette Iliade, même encore brute de décoffrage, jouée par de jeunes comédiens qui mouillent leur chemise comme on dit, est un spectacle intelligent, plein de générosité et d’invention; on y entend toute la force poétique d’Homère, et qui dépasse, et de loin, le travail d’un atelier d’école. La mise en scène, réalisée avec rigueur et humilité, fait entendre la violence de la guerre, quand elle est téléguidée par les Dieux, c’est à dire sans que les mortels puissent vraiment en comprendre les raisons majeures.
Quoi, hélas, de plus actuel ?
Signalons  aussi une autre version de L’Iliade, mise en scène par Damien Roussineau, et Alexis Perret, lui  aussi ancien élève comme Pauline Bayle de l’Ecole de Chaillot où deux frères viennent d’enterrer leur père, et qui se retrouvent dans le grenier de leur enfance… Le souvenir de ces longs après-midis à jouer à L’Iliade resurgit et ils  interprètent une dernière fois l’épopée d’Homère, comme un adieu au père, rite ultime. Cela se passe au Théâtre  de l’Usine, à Eragny à partir du 29 janvier. Mais il faut prendre le RER pour rejoindre ce petit lieu sympathique dirigé par Hubert Jappelle.

 

Philippe du Vignal

Théâtre de Belleville 94 rue du Faubourg du Temple, Paris (11 ème), jusqu’au 7 février. T: 01 48 06 72 34.

 


Pas encore de commentaires to “Iliade, d’après Homère”

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...