Les Missions d’un mendiant

Les Missions d’un mendiant, quatre pièces courtes de Daniel Keene, mise en scène de Richard Leteurtre et Olivier Couder

  missions_mendiant Sous un titre symbolique, deux compagnies se sont réunies pour monter de courtes pièces de l’écrivain australien, aujourd’hui bien connu en France, grâce à sa traductrice, Séverine Magois: le Théâtre Euridyce, établissement de service d’aide par le travail, abrite des ateliers de formation au théâtre, et le Théâtre de Cristal développe un pôle Art et Handicap, pour  garantir aux handicapés, un accès à la culture. Il regroupe aussi une quinzaine de comédiens professionnels permanents, handicapés et accompagnés dans leur travail par des personnes qui ne  le sont  pas, mixité que reflète ce spectacle, sans avoir les caractéristiques  du théâtre d’ d’amateurs.
D’abord, dans un court monologue, Je dis je, une comédienne se lance dans une logorrhée où, avec quelques mots, toujours les mêmes, obsessionnellement répétés, elle affirme, face à l’autre :le « tu » et le « nous » du public que nous sommes,  son « je », son  identité…
Puis La Visite met en présence un père et sa fille, en route pour rejoindre la mère dont ils vivent séparés. La gamine fouille par ses questions incessantes, la blessure ouverte par la séparation.
Dans Avis aux intéressés, un duo entre un père et son fils, Peter Bonke joue, avec une grande humanité, un père démuni devant son enfant handicapé de quarante ans, mutique et dépendant, qu’il va devoir abandonner. Avant d’aller mourir à l’hôpital, il met tout en œuvre pour trouver une solution.
Interprétés ici par un jeune homme affecté de cette même maladie, les tableaux successifs  présentent, avec des mots simples et sans pathos, une situation désespérée, où l’amour entre ces deux êtres les fait encore tenir debout… Avec la relation forte qui s’instaure entre les comédiens, cette belle pièce trouve une justesse de ton et de jeu.
Plus énigmatique, Le Tabouret à trois pieds met en scène trois personnages échoués dans un asile de nuit : un vieux mendiant, genre de clochard céleste, s’est placé sous la protection d’un garçon fasciné par les histoires qu’il raconte. Mais un troisième larron, arrivé de fraîche date, remet en question la probité du vieillard…

Peter Bonke donne une épaisseur glauque à ce personnage bizarre,  dont les interlocuteurs paraissent tout aussi étranges. L’écriture de Daniel Keene, fine et serrée, souvent laconique, se prête à  une interprétation sans fioriture, comme la mise en scène de ces Missions du mendiant nous la propose.
On a peu l’habitude de voir ce genre de travail et l’on apprécie d’autant plus sa sobriété.

 Mireille Davidovici

 Théâtre de l’Etoile du Nord 16 rue Georgette Agutte 75018 Paris T. 01 42 26 47 47,jusqu’au 19 décembre.


Archive pour 12 décembre, 2015

Roméo et Juliette

 Roméo et Juliette de William Shakespeare, version scénique d’après la traduction de François-Victor Hugo, mise en scène d’Éric Ruf

20151124-30VPLa pièce, Denis de Rougemont, est dans l’imaginaire littéraire, comme un «beau conte d’amour et de mort», à travers la résurrection du mythe de Tristan et Yseult, et la matrice de la vision tragique de l’amour en Occident, 
 Quête mystique insaisissable, description d’un instant poétique absolu, convocation sensorielle du sentiment de l’existence, l’expérience amoureuse se révèle être un instant absolu mais fugitif, dans un monde écartelé entre le bien et le mal.
La pièce témoigne de la vitalité du désir contre la mort victorieuse, et balance entre dérision comique d’un côté, et ironie tragique de l’autre. Les parents de Juliette, deviennent, ici, un couple de bourgeois burlesques (Danièle Lebrun et Didier Sandre). Roméo qui croyait déjà mourir d’amour pour une jeune Rosaline méprisante, se voit blessé d’amour autant qu’il blesse lui-même,  quand il rencontre la vive et libre Juliette.
 Le facétieux Mercutio (excellent Pierre-Louis Calixte), éloigné des illusions romanesques, se moque de Roméo qui a été visité par l’accoucheuse des fées, la reine Mab qui fait rêver les amoureux de songes volatils. Mais chez Shakespeare, à côté de l’intime, s’immisce, encore et toujours, le politique. Dans l’atmosphère délétère de Vérone, sur laquelle pèse la rivalité ancestrale opposant les Capulet et les Montaigu, les rixes de rue se succèdent.
 Le prince met fin à cette querelle déclenchée par un geste futile, menaçant de mort les chefs des deux clans ; et plus tard, Capulet lui-même, au bal qu’il donne chez lui, oblige à la tolérance son bouillant neveu Tybalt (Christian Gonon) qui a vite reconnu Roméo.
 La guerre des pères ne semble pas  s’être transmises aux enfants: Frère Laurent  (Serge Bagdassarian), qui anime aussi les fêtes italiennes de sa belle voix, marie en secret les amants pour que le rancœur familiale se change en apaisement. Et Roméo, qui vient tout juste d’être uni à Juliette, refuse de se battre avec Tybalt qui le provoque devant Mercutio, blessé à mort  quand il a protégé son ami.
   La machine tragique est pourtant enclenchée : Roméo va accomplir sa vengeance. Mais, banni de la ville, il devrait s’exiler à Mantoue, en attendant d’être rejoint par Juliette. Trop tard! La mécanique engagée par Frère Laurent s’enraye, tragiquement, entre les préparatifs d’un mariage illusoire et précipité entre Juliette et Pâris, et les ratés d’une lettre salvatrice à Roméo. La scène idyllique du balcon n’aura duré que le temps d’un rêve, comme la nuit d’amour des amants qui ne peuvent se quitter, confondant le chant du rossignol et celui de l’alouette…
Éric Ruf, a signé une scénographie fastueuse et épurée, où il esquisse une vision envoûtante des restes somptueux d’un palais italien, dont le blanc rappelle celui du soleil écrasant des pays méditerranéens  et la blancheur des ossements humains lavés par le temps.
Les fêtes estivales de la jeunesse  du temps présent, ont lieu sous les voûtes de guirlandes colorées. Avec, à la fois joyeuses et mélancoliques, des chansons pour jeunes gens aux lunettes de soleil, dans les années 60: les garçons comme chez Federico Fellini, emmènent dans leur voiture ou leur Vespa, des filles aux petites robes d’été blanc cassé,  qui ont au cou, un foulard aux tons pastel…

 Le tombeau sacré-splendide-où repose Juliette, qui rappelle les catacombes de Palerme  avec ces  morts momifiés debout, dans leurs atours colorés (costumes de Christian Lacroix), est le lieu symbolique où s’accomplissent les noces tragiques des amants avec la mort que jouent Suliane Brahim et Jérémy Lopez, avec la justesse et l’humanité requises.
Une preuve scénique éclatante que mourir d’amour n’est pas qu’un geste maniériste.

 Véronique Hotte

 Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu’au 30 mai. T : 01 44 58 15 15

Bettencourt Boulevard ou une histoire de France

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Bettencourt Boulevard ou une histoire de France de Michel Vinaver, mise en scène de Christian Schiaretti

 Reprenons les choses  avec la dernière phrase de la phrase dans l’article (ci-dessous) d’Elyane  Gérôme:  » Qu’est-ce que le théâtre vient faire dans cette histoire? » Clin d’œil malicieux de Michel Vinaver à cette saga politico-judiciaire sur fond de millions d’euros (visiblement personne n’est dupe) introduits dans les campagnes électorales, comme s’il s’agissait d’une petite dépense au super-marché, dont les médias se sont emparés et que le public connaît maintenant dans les moindres détails… sans  que personne n’ait bien compris le jugement final.
Disons le tout de suite: ce spectacle décevant (nous sommes loin de l’enthousiasme de notre consœur et amie) consiste en une suite de petites scènes, ou plutôt de morceaux aux dialogues truculents, tient plus d’une revue de chansonniers d’autrefois, où on voit, bien vivants devant nous, les protagonistes de cette sombre affaire de gros sous, où le seul fil conducteur est une sorte de chroniqueur-récitant.
Pourquoi pas, puisque, dit Christian Schiaretti: « Le théâtre de Michel Vivaver ne raconte pas. Bettencourt Boulevard ne propose pas un développement chronologique mais joue avec le temps ». Soit mais, de là à penser que la pièce pourrait évoquer notre difficulté, nous Français, à affronter notre Histoire… Pourtant, cela commence plutôt bien avec un remarquable faux dialogue entre les deux ancêtres: le rabbin Meyers, beau-père de Françoise, la fille de Liliane Bettencourt, et Eugène Schueller, le fameux inventeur, avec sa société L’Oréal, dès 1907, de teintures chimiques pour cheveux, véritable révolution à l’époque, et qui inventa les shampoings unidose-berlingots Dop aux couleurs acidulées de notre enfance et racheta Monsavon pour lequel le grand Savignac réalisa une affiche devenue culte. Oui, mais voilà…Eugène Schueller aida financièrement un groupe d’extrême droite, la Cagoule… avant d’être blanchi dans des circonstances assez troubles, avec l’aide d’un certain François Mitterrand, alors rédacteur en chef du magazine de son entreprise…
Toute la première partie se laisse voir et on retrouve les protagonistes très présents et physiquement crédibles de cette bande dessinée, tous encore bien vivants: d’abord, la richissime Liliane Bettencourt, excellemment interprétée avec beaucoup de nuances par Francine Bergé, Claire Thibout la comptable (Elisabeth Maccoco), Christine Gagnieux (Françoise Bettencourt-Meyers), Clément Morinière (Eric Woerth), et Jérôme Deschamps, très juste, étonnant de vérité en Patrice de Maistre, le gestionnaire  de la fortune si convoitée de Liliane Bettencourt, .
Il y a aussi, plus vrai que nature, Gaston Richard qui joue un Nicolas Sarkozy, nerveux et pleins de tics… Mais dommage, Didier Flamand, dont au début on ne comprend pas la moitié du texte, n’a rien de bien convaincant en François-Marie Banier, alors que le personnage, difficile à cerner mais sans doute avide de richesse, a toujours été le pivot de cet imbroglio juridique.
La première heure du spectacle s’écoule sans à-coups, avec souvent même un certain bonheur dans la caricature  mais après les choses se gâtent; les scènes ont tendance à se répéter et tout ce qui fait allusion au passé, comme les amours d’André Bettencourt de de Liliane, ont quelque  chose d’assez pesant…
Ne pas rater les enchaînements, observer une bonne rythmique, cela Christian Schiaretti sait faire mais tout se passe dans une scénographie prétentieuse avec une trentaine de de fauteuils et banquettes blanches parfaitement alignés,  et suspendus, des châssis aux couleurs primaires, bien connues de Pietr Mondrian que, de temps en temps, on descend des cintres pour les faire glisser sur le plateau.
Sur le plan plastique, rien à dire, le résultat a quelque chose de séduisant. Mais le dispositif manque cruellement d’efficacité dans la mesure où il bloque l’espace et impose aux comédiens un jeu assez statique. Etre scénographe, cela ne s’improvise pas, et il y faut une sacrée maîtrise de l’espace et du temps,  ce qui semble avoir échappé ici  au metteur en scène.
Bref, un spectacle, loin d’être médiocre, servi par quelques bons acteurs mais assez bcbg: on attendait quelque chose de plus incisif, de plus virulent, au lieu de cette  sympathique proposition scénique dont on voit très vite les limites. Entre  comédie de boulevard et sketches des Guignols
Sans doute faut-y aller sur des œufs sur le plan juridique mais cette affaire des plus récentes  a été jugée, et  il n’y a là rien ici, que la presse n’ait dévoilé depuis longtemps. Quant à « la force originelle du texte », dont parle Christian Schiaretti avec gourmandise, désolé, mais ne l’avons pas vue…

Philippe du Vignal

Théâtre de La Colline-Théâtre national à Paris , du 20 janvier au 14 février. T: 01 44 62 52 52. Comédie de Reims du 8 au 11 mars.

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À quatre-vingt sept ans, Michel Vinaver continue de scruter l’actualité  pour y puiser les thèmes qui nourriront son œuvre. Lui qui fut un des directeurs de la firme Gillette entre 1953 et 1980, a suivi avec grand intérêt les péripéties de l’affaire Bettencourt, où se sont  croisés grands industriels, financiers, politiques, jusqu’à un président de la République.
Il parvient ainsi à brosser le portrait d’une certaine France au XXème, au début du XXlème siècle, et écrit aussi une véritable pièce de boulevard-pour laquelle Michel Vinaver vient de reçevoir le Grand Prix de littérature dramatique 2015-autour de Liliane Bettencourt, héritière de la très importante société L’Oréal.
Cette  « vieille dame indigne » entretient une relation tendre avec le photographe François-Marie Bannier, à la réputation sulfureuse et aux dépenses démesurées. L’auteur
opère à sa manière, en fragmentant sa pièce en trente «morceaux». Cette structure souple lui permet de lier la  « petite histoire », c’est-à-dire les tribulations de Liliane, milliardaire à la générosité débordante et mal maîtrisée, à l’Histoire de France. Il évoque aussi le fondateur de la marque, Eugène Schueller, père de Liliane, chimiste bien inspiré et par ailleurs… trésorier de la Cagoule, groupe fasciste d’avant-guerre,  mais aussi le rabbin Meyers, beau-père de Françoise Meyers née Bettencourt, assassiné à Auschwitz avec une partie de sa famille.
  Puis, André Bettencourt, le mari, qui, après avoir navigué entre Collaboration et Résistance, fut ministre puis sénateur. Et, pour clore ce morceau d’histoire contemporaine, on voit passer Nicolas Sarkozy et son ministre du Budget, Éric Woerth…
La collusion entre politique et finances est savoureusement mise en évidence avec le personnage de Patrice Demaistre, gestionnaire de la fortune familiale, joué ici par Jérôme Deschamps avec un comique irrésistible.
  C’est encore l’argent, nerf de l’affaire, qui régit les relations entre les personnes de l’entourage de Liliane Bettencourt. Francine Bergé incarne cette femme qui sera séduite par François-Marie Banier, (au point de vouloir  l’adopter!).
Elle puise dans cette relation, un regain de vigueur, sinon de jeunesse. L’actrice donne à son personnage  élégance et désinvolture, et rend cette vieille dame émouvante, quand elle est
entourée mais aussi surveillée par ses employés et domestiques, et que des pertes de mémoire la déconnectent de la réalité. Agissent-ils par sympathie, jalousie, ou sens moral ? Ils enregistrent et dénoncent la situation, comme le majordome (excellent Stéphane Bernard) ou la comptable, hésitante, à qui Elisabeth Macocco apporte beaucoup d’humanité.
L’affaire se résout à partir du moment où Françoise Meyers, qui se sent mal aimée, lâche contre sa mère une meute de neuropsychiatres qui la déclarent irresponsable,  ce qui lui permettra de récupérer quelques millions….
Christian Schiaretti a adopté une mise simple et efficace pour gérer dix-sept personnages, et s’appuie sur un beau dispositif scénique : un plateau nu, occupé par des fauteuils blancs où s’installent les acteurs, tels les pièces d’un jeu d’échecs. Des châssis coulissants, jaunes, bleus, rouges, permettent d’isoler les scènes, tout en constituant des tableaux façon Pietr Mondrian, qui rappellent les affiches publicitaires de l’Oréal.
Le public, visiblement conquis, réagit à l’humour et à l’ironie de la pièce, et rit beaucoup, notamment à la dernière réplique : «Qu’est-ce que le théâtre vient faire dans cette histoire ?»

Elyane Gérôme

Théâtre National Populaire, 8 place Lazare Goujon, 69627 Villeurbanne, jusqu’au 19 décembre. www.tnp-villeurbanne.com. Le texte de la pièce est publié chez L’Arche. Prix: 13 €

 

La petite communiste qui ne souriait jamais

La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon

On connaît surtout Lola Lafon comme auteure à succès mais elle a d’abord été danseuse et a aussi créé un groupe et sorti deux album.  Elle accompagne la plupart de ses publications d’un concert-lecture. : ce n’est donc pas un hasard si ce texte prend la forme d’un spectacle hybride ou la musique tient une grande part.
Dans son roman publié chez Actes Sud, La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon invente un dialogue passionné avec Nadia Comaneci, cette jeune gymnaste virtuose, découverte aux Jeux Olympiques de Montréal en 1976.
 Du haut de ses quatorze ans, elle affola tout le monde, avec la note parfaite de 10/10. Au-delà de la performance sportive, c’est à l’icône et à tout ce qu’elle a représenté que Lola Lafon s’intéresse. La petite gymnaste deviendra une femme, symbole de la Roumanie offert aux pays occidentaux. L’auteur revient aussi sur la fascination et le rêve qu’elle a su donner aux petites filles roumaines, passant elle-même de l’adolescente troublée par les caméras, à une femme qui fera la voyage, ô combien symbolique, entre l’Est et l’Ouest. Le roman, publié en 2014 avec succès, a été traduit en plusieurs langues et sortira bientôt aux Etats-Unis.
Lola Lafon a dû couper dans le texte pour  que le spectacle soit dynamique et rythmé. La première partie se cible plutôt sur Nadia, enserrée dans un justaucorps qui semble masquer volontairement ses formes féminines naissantes. Les performances de ce corps mis en pâture, sont jugées puis le propos s’élargit quand la renommée de la gymnaste se fait plus internationale. On finit par un examen du monde capitaliste, arrivé en Roumanie après la chute des Ceaucescu. Qu’en est-il de la liberté aujourd’hui, par rapport à hier ? Les Roumains sont-ils vraiment plus libres et plus heureux dans le système actuel ?
 La forme du spectacle a beaucoup évolué depuis les débuts. «Il a pris de l’ampleur, dit Lola Lafon, parce que j’ai eu la chance d’avoir une résidence. J’ai donc eu envie de construire une forme scénique plus ample, plus narrative, même si ce n’est pas une pièce et si ça reste un concert-lecture. (…) Mon idée : choisir dans le roman des extraits pas trop narratifs, et recréer une trame, en m’aidant de la musique et des chansons qui viennent continuer le récit et en combler les manques ».
 Lola Lafon évolue sur scène avec une belle lenteur, n’hésitant pas à prendre des poses, passant du micro-cravate au micro sur pied. La musique s’immisce entre les passages lus, parfois sous la forme de nappes électro, parfois avec de vraies chansons, accompagnées à la guitare basse par Olivier Lambert et Julien Rieu de Pey. Elle tient son roman à la main, parsemé de post-it, qu’elle détache à mesure de l’avancée du récit. Quand elle lit, avec un ton très juste, elle nous captive et sait donner du rythme aux paroles, avec de belles montées en puissance sans longueurs inutiles.
   Quand elle chante des compositions ou des reprises (Eurythmincs, Barbara, Brigitte Fontaine), là bizarrement, l’interprétation n’est pas aussi prenante; son attitude très posée et un peu rock-star dénote un peu avec la sobriété et l’efficacité de la lecture.
 Pour cette lecture-spectacle, une mise en espace un peu trop visible et artificielle avec beaucoup d’effets-lumière où Lola Lafon vient se placer pour tel ou tel moment. Mais cela manque de liberté de mouvement, et ne répond pas à une intention dramaturgique mais à la seule volonté de varier les points de vue et de rythmer un peu la représentation. Dommage : avec plus de simplicité, le spectacle, au texte vraiment intéressant, aurait beaucoup gagné à être mieux maîtrisé…

 Julien Barsan

Théâtre de la Cité Internationale T. 01 43 13 50 50, jusqu’au 18 décembre. https://soundcloud.com/actes-sud/lola-lafon-la-petite

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Adishatz / Adieu

Adishatz / Adieu ,de et avec Jonathan Capdevielle

Personnage a part dans le paysage théâtral, Jonathan Capdevielle, trente-neuf ans,, fait ses classes à l’Ecole nationale supérieure des arts de la marionnette de Charleville-Mézière  où il rencontre Gisèle Vienne  avec qui il crée  le retentissant Jerk (voir Le Théâtre du Blog).
C’est est aussi un des rares comédiens à être ventriloque. Il revient ici vers une forme théâtrale plus traditionnelle fondée sur l’imitation et le travail de la voix. Il arrive au bord du plateau,  en jeans, baskets aux lacets rouge et sweat-shirt à capuche.  Une canette de boisson de cola à la main, Il va chanter a capella des tubes des années 90, au micro sans fil : Daft Punk, Britney Spears et Madonna (son idole), avec une voix féminine plutôt bien maitrisée et quelques effets…
 Le public rit au début, quand il reconnaît les chansons. Jonathan Capdevielle, malgré son habit très masculin, a les ongles longs et vernis de rouge et tire parfois sur son sweat, comme si cet habit l’empêchait d’être lui-même. Dans ces chansons, se glissent des bizarreries comme un chant de rugbymen du Sud-Ouest puis une chanson paillarde qui fait beaucoup rire! On rit beaucoup moins quand le dernier couplet de cette chanson  a pour thème la pédophilie : la vie quotidienne du personnage s’immisce peu à peu, au milieu des tubes de la bande FM.
La musique s’arrête ; Jonathan Capdevielle, qui cultive beaucoup les silences, va s’asseoir en fond de scène vers une petite table ornée de deux tubes fluo verticaux,  seule lumière du plateau. En même temps qu’il amorce sa métamorphose en femme, il imite une conversation téléphonique avec son père, passant facilement d’une voix à l’autre.  Dans un moment  émouvant, il prend des nouvelles de son fils, malgré la distance (au propre et au figuré) qui existe entre eux. Sans limites, le travail de la voix va ici jusqu’à la retranscription d’une scène douloureuse où sa sœur malade halète sur son lit d’hôpital et qui, ne pouvant fumer, réclame une sucette. Scène au double sens patent qui n’est pas sans rappeler d’autres sucettes à l’anis…
  Lui succède, dans une boîte de nuit de province, une soirée qui finit mal après un échange de coups. A la fin, cinq chanteurs d’une chorale entonnent Les Montagnards sont là, chant symbole des Pyrénées. La mise en scène alterne bien les passages très visuels avec de belles lumières et d’autres où Jonathan Capdevielle est au premier plan. Mais pourtant, cet enchaînement de séquences, plutôt documentaire, ne nous emmène nulle part. On attendait peut être plus de cet acteur qui sait être  fort et impudique.
  « Le chaos de l’adolescence, et la recherche de soi-même» annoncés ne sont  pas assez creusés. Et, comme il y a un peu de tout : rire, émotion, musique, rien  ne ressort en particulier. Bref, on reste sur sa faim, alors que le débuts de ce jeune comédien avaient été pourtant fracassants.Dommage…

Julien Barsan

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Nouveau Théâtre de Montreuil du 11 au 15 décembre T. 01 48 70 48 90

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