Le Méridien

 Le Méridien, un projet de Nicolas Bouchaud, d’après Le Méridien de Paul Celan, mise en scène d’Éric Didry

Le Méridien © Jean-Louis Fernandez036Paul Celan écrit ce discours prononcé à l’occasion de la remise du prix Georg Büchner à Darmstadt, en 1960, soit la «contre-parole» d’un poète qui s’exprime en allemand, la langue de sa mère comme celle des bourreaux nazis.
À travers le théâtre de Büchner : La Mort de Danton, Woyzeck, Léonce et Léna, Lenz,  il nous livre sa perception de l’art et de l’acte poétique, prenant appui sur la tirade de Camille Desmoulins dans La Mort de Danton.
La mise en scène élémentaire et raffinée d’Éric Didry,  de ce texte avec Nicolas Bouchaud à l’engagement sincère et entier, se donne comme une performance poétique, la mise en marche lumineuse d’une poésie existentielle et d’un pas-de- côté singulier et souhaité sur le chemin même de l’art. La poésie advient au moment où l’art se renverse et renaît autrement, quand celui qui marche sur la tête, le poète, «a le ciel en abîme sous lui. »
 Nicolas Bouchaud arpente le plateau de théâtre, un tableau d’école renversé à ses pieds, tel l’abîme céleste : il évoque la charrette sur la place  de la Révolution, aujourd’hui place de la Concorde, avec à son bord, Danton, Desmoulins et les autres. L’acteur dessine à la craie les marches de l’échafaud empruntées par les révolutionnaires, ce 5 avril 1794. Et Lucile, l’épouse de Camille, au spectacle des exécutions achevées, s’écrie : « Vive le Roi ! »
 L’invective n’est pas un hommage rendu à la monarchie mais à «une majesté du présent, témoignant de la présence de l’humain, la majesté de l’absurde». La poésie incarne «la vie du presque rien », les « tressaillements », les « allusions », la « mimique très fine qu’on remarque à peine », soit  le naturel de la créature, l’évidence de l’expérience vécue. Il faut savoir élargir le sentiment du vivant, unique critère en matière d’art, le naturalisme marquant les racines sociales et politiques de l’œuvre même de Georg Büchner.
  En général, le poète parle au nom d’un Autre ou d’un tout Autre – se refusant désormais à le nommer Étranger – gardant le cap sur lui, d’abord accessible, vacant, entre le déjà-plus et le toujours-encore d’une conscience claire et autorisée par le pouvoir de la langue. Il n’oublie pas non plus qu’il parle selon l’angle de la pente de son existence, de sa condition de créature. En un dialogue désespéré : «Le poème se tient dans le secret de la rencontre.»
Walter Benjamin dans son Essai sur Kafka cite le mot de Malebranche : «L’attention est la prière naturelle de l’âme.» Entre le Je et le Tu, se tient le présent de la poésie qui laisse parler le temps, ce que l’Autre a de plus personnel. Et  elle est bien « cette parole qui recueille l’infini là où n’arrivent que du mortel et du pour rien », les petits signes imperceptibles du vivant qui font mur contre la barbarie.      
  Un spectacle admirable, en forme de questionnement et de démonstration vive.

 Véronique Hotte

 Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 27 décembre à 20h 30. T : 01 44 95 98 21

 


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