Sales Gosses

 Sales Gosses de Mihaela Michailov, traduit du roumain par Alexandra Lazarescou, mise en scène de Michel Didym 

SalesGosses©EricDidym4 La pièce est inspirée d’un fait divers : une jeune élève a été ligotée dans sa classe par la maîtresse d’école…  Alexandra Lazarescou, sa traductrice, était venue en 2013, en parler à La Mousson d’été, festival international d’écritures contemporaines fondé par Michel Didym qui a aussitôt été séduit par cette écriture singulière : «Une seule voix traite tous les personnages, et cela apporte de la créativité». Il retint aussi le traitement direct d’un sujet politique, social, et violent d’une pièce  pour « jeune public » qui, pour Mihaela Michailov, n’est pas en Roumanie, le théâtre du seul public jeune…
   Elle a écrit Sales Gosses comme un  texte-manifeste contre le système éducatif qui ne cesse de prôner aux enfants comme aux adolescents, la nécessité d’être le meilleur en tout, quitte à écraser son voisin ! En Roumanie et ailleurs…  Dans la pièce, le narrateur dit: « Qu’as-tu appris à l’école hier ? Et aujourd’hui ? Et demain ?
 Es-tu compétitif ?
 Es-tu productif ?
 Sais-tu obéir?
 Sais-tu reproduire ?
 Sais-tu te taire?
 Sais-tu penser? 
As-tu le droit de dire non ? »
  C’est quoi un « sale gosse » dans nos sociétés libérales et de consommation extrême? En effet,  rentable, conforme (à quoi? Cela reste souvent trouble) et productif sont les seuls mots d’ordre pour devenir un homme ou une femme  responsable, citoyen(ne) digne de la démocratie,  évoquée  ici avec humour et ironie.
  Nous sommes confrontés au réel, vécu par certains ou présent dans tous les médias européens; les exemples d’enfants maltraités à l’école, par leurs enseignants ou par leurs camarades, parce que différents ou doux rêveurs, ne manquent pas!
Créée pour la première fois en France, Sales Gosses s’apparente au théâtre documentaire, avec beaucoup de poésie, mais sans féerie dans le texte ni dans la mise en scène, inventive et sobre. Plein de surprises, l’unique décor à transformations de Daniel Mestanza et Philippe Poirot, nous fait passer d’une situation à une autre.
 Alexandra Castellon joue tous les rôles avec aisance. Jérôme Boivin et Philippe Thibault ont créé une musique électronique qui  prend une place importante, en prolongeant l’écriture de la fable, en se logeant entre les mots et en lui donnant une tension dramatique encore plus riche. Elle résonne comme si elle était une double parole/voix des différents intervenants. « La voix de la comédienne me donne aussi des idées,  dit le compositeur, la musique n’est pas écrite dans le texte; à moi, de la rêver, de l’inventer, avec le metteur en scène ».
Cette dimension se fait l’écho de situations que les personnages expriment ou ressentent, ou qui se transmettent entre la petite fille, ses camarades, l’enseignante, la mère, tel un nuage de plus en plus noir, au-dessus du chemin de l’école de cette élève drôle, imaginative  mais étrange aux yeux des autres : « Je fais mes devoirs. Je n’entends plus rien. Je lis. Je copie. Je ne pense plus à rien. Si c’était possible, j’aimerais jouer toute la journée avec des girafes en élastiques, avec des fleurs en élastiques, des petites étoiles en élastiques et aussi avoir Ricky en élastiques, des villes en élastiques et moi aussi en élastiques pour m’envoyer là où je n’ai pas envie d’aller. À l’école, par exemple. Et j’aimerais que mon école aussi soit en élastiques pour qu’elle se rompe facilement ».

  On voit rarement dans un spectacle autant de justesse dramatique et de qualité esthétique. Le texte, politique, dénonce la violence souvent souterraine qui s’infiltre dans les pratiques éducatives, et dans le rapport à l’autre entre élèves et adultes. Seules en effet la force, et bien souvent la moquerie, ont les pleins pouvoirs dans cette micro-société qu’est une école… pourtant censée former notre sens civique et critique pour affronter avec lucidité et respect, la vie d’adulte.
Un spectacle coup-de-poing, tour à tour drôle et tragique pour enfants (dix ans), adolescents et… très grands enfants ! 

 Elisabeth Naud

Théâtre de la Manufacture/C.D.N. de Nancy-Lorraine, jusqu’au 18 décembre, puis en tournée en France et à l’étranger. T: 03 83 37 12 99

 

 


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