Don Juan revient de la guerre

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Don Juan revient de la guerre, d’Ödon von Horvath, mise en scène de Guy-Pierre Couleau

 

Epuisé, désabusé, ce Don Juan a survécu à la première guerre mondiale et à la grippe espagnole. Survivre : comme si la guerre avait tué tout désir, comme si le vide des revenants trouvait un gigantesque écho avec l’inflation qui vide l’Allemagne de toute sa substance à ce moment-là.
Mais Don Juan reste Don Juan : les femmes se jettent à son cou, à ses pieds, qu’il le veuille ou non. Parti à la recherche de la belle et pure fiancée qu’il avait abandonnée avant la guerre, il cueille au passage ce qu’on veut bien lui offrir, puis le laisse tomber comme une pomme à moitié mangée. On dirait un Peer Gynt un peu terni poursuivant un fantasme : la jeune fille morte folle d’avoir été trahie et abandonnée. Au passage, Ödon von Horvath parcourt une société amère, en quête de subsistance et de plaisirs rapides.
  Les trente-cinq femmes de la pièce sont incarnées par des comédiennes virtuoses, Carolina Pecheny et Jessica Vedel qui, à vue, passent de l’une à l’autre, en deux costumes et trois traits. Dessin fort et incisif : elles plongent droit dans l’émotion de leur personnage, dans la force de l’instant.
Technique de jeu chez elles, mais  aussi modernité de l’auteur: un façon pressée, anxieuse de saisir la vie, en courtes scènes expressives. Toutes ces volontés en marche, tous ces destins obscurs, toutes ces pertes hantent un plateau réduit à un minimum d’accessoires, à trois rideaux de théâtre et de cabaret, et à un panneau annonçant lieux et scènes.
 Là, au milieu, Don Juan (Nils Ölhund) trouve sa place un peu de côté, de guingois, dans un perpétuel inconfort. La mise en scène de Guy-Pierre Couleau, qui signe aussi la scénographie, est impeccable : efficace sans être démonstrative, rythmée par nécessité, dans une rigoureuse économie de moyens et d’effets. Une belle rencontre sans fioritures avec Ödon von  Horvath, comme il avait autrefois rencontré Synge.

Christine Friedel

Théâtre de l’Atalante, Place Charles Dullin, Paris. T : 01 46 06 11 90,  jusqu’au 23 décembre.

 

 


Archive pour 18 décembre, 2015

Don Juan revient de la guerre

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Don Juan revient de la guerre, d’Ödon von Horvath, mise en scène de Guy-Pierre Couleau

 

Epuisé, désabusé, ce Don Juan a survécu à la première guerre mondiale et à la grippe espagnole. Survivre : comme si la guerre avait tué tout désir, comme si le vide des revenants trouvait un gigantesque écho avec l’inflation qui vide l’Allemagne de toute sa substance à ce moment-là.
Mais Don Juan reste Don Juan : les femmes se jettent à son cou, à ses pieds, qu’il le veuille ou non. Parti à la recherche de la belle et pure fiancée qu’il avait abandonnée avant la guerre, il cueille au passage ce qu’on veut bien lui offrir, puis le laisse tomber comme une pomme à moitié mangée. On dirait un Peer Gynt un peu terni poursuivant un fantasme : la jeune fille morte folle d’avoir été trahie et abandonnée. Au passage, Ödon von Horvath parcourt une société amère, en quête de subsistance et de plaisirs rapides.
  Les trente-cinq femmes de la pièce sont incarnées par des comédiennes virtuoses, Carolina Pecheny et Jessica Vedel qui, à vue, passent de l’une à l’autre, en deux costumes et trois traits. Dessin fort et incisif : elles plongent droit dans l’émotion de leur personnage, dans la force de l’instant.
Technique de jeu chez elles, mais  aussi modernité de l’auteur: un façon pressée, anxieuse de saisir la vie, en courtes scènes expressives. Toutes ces volontés en marche, tous ces destins obscurs, toutes ces pertes hantent un plateau réduit à un minimum d’accessoires, à trois rideaux de théâtre et de cabaret, et à un panneau annonçant lieux et scènes.
 Là, au milieu, Don Juan (Nils Ölhund) trouve sa place un peu de côté, de guingois, dans un perpétuel inconfort. La mise en scène de Guy-Pierre Couleau, qui signe aussi la scénographie, est impeccable : efficace sans être démonstrative, rythmée par nécessité, dans une rigoureuse économie de moyens et d’effets. Une belle rencontre sans fioritures avec Ödon von  Horvath, comme il avait autrefois rencontré Synge.

Christine Friedel

Théâtre de l’Atalante, Place Charles Dullin, Paris. T : 01 46 06 11 90,  jusqu’au 23 décembre.

 

 

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