Alice et autres merveilles, d’après Lewis Carroll

Alice et autres merveilles, d’après Lewis Carroll, texte de Fabrice Melquiot, mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Motta

 

Capture d’écran 2015-12-29 à 21.55.58Frêle silhouette en blouson jaune fluo, telle une petite fée bondissante, Alice, émergeant parmi les spectateurs, atterrit dans l’immensité du plateau nu, de l’autre côté du miroir. Elle se présente comme une figure mythique qu’elle s’empresse de désacraliser  : « Qu’est ce qu’un mythe ? Un gros trou dans un vêtement ».
 Et aussi vite que la musique, la petite fille nous entraîne dans un monde vertigineux et illogique, à la rencontre des créatures irrationnelles qui peuplent l’univers souterrain des rêves. De séquence en séquence, nous retrouvons avec plaisir les célèbres figures imaginées il y a cent-cinquante ans, par un jeune professeur anglais, pour Alice Liddel, âgée de sept ans.
Fabrice Melquiot s’inspire largement de Lewis Carroll, dans cette pièce éditée en 2007, mais l’ouvre à d’autres merveilles. L’affiche montre une enfant d’aujourd’hui, égarée dans une contrée étrange et vaguement effrayante. La neige et la forêt évoquent d’autres histoires, comme celle du Petit Chaperon Rouge, personnage qu’elle croisera en chemin, ou  Pinocchio, le Grand Méchant Loup et, petit détour par le monde contemporain,  la Poupée Barbie.
Le va-et-vient entre l’ici et maintenant de la représentation-la comédienne s’adressant directement au public-et l’intemporalité des contes, constitue la théâtralité de cette Alice aux pays des merveilles,  le temps est un moteur essentiel. Depuis Le Lapin blanc aux yeux rouges, toujours pressé, jusqu’aux personnages du Thé chez les fous englués dans une sorte d’éternité : « Alice : On perd son temps ici. /Le Chapelier : Si tu connaissais le Temps aussi bien que moi, tu n’en parlerais pas comme d’une chose qu’on perd. Le Temps est une personne. (…) !  »

 De plus, notre héroïne, brûlant les étapes de la vie, fait des allers-et-retours entre différents stades de sa croissance, et devient minuscule ou gigantesque, selon ce qu’elle boit ou mange. Oppositions et métamorphoses marquées par des alternances de rythme. L’étrange et le fantasmagorique abondent: autant de défis relevés par Emmanuel Demarcy-Mota et la troupe du Théâtre de la Ville.
   La scénographie épurée d’Yves Collet, privilégie, d’un tableau à l’autre, les changements d’échelle, et joue sur la profondeur du plateau avec des effets de rideaux et de tulles ; sur le haut et le bas, avec des envolées dans les cintres et des chutes à pic de la comédienne. Un plan d’eau-les larmes d’Alice-sera la pataugeoire d’une faune burlesque : Le Dodo, La Souris, Le Canard, L’Aiglon… La Chenille,elle,  y voguera sur une feuille de nénuphar. Le Chat de Cheshire apparaîtra et disparaîtra en plusieurs exemplaires au-dessus de ce miroir aquatique…  Et de multiples lapins blancs courent dans tous les coins du théâtre.
Les éclairages d’Yves Collet et Christophe Lemaire renforcent ces effets d’optique par des jeux d’ombres et des projections. La richesse et l’inventivité des costumes de Fanny Brouste, les masques d’Anne Leray contribuent à créer une imagerie fabuleuse.

 Quant aux acteurs, vigoureusement emmenés par Suzanne Aubert, remarquable en Alice obstinée, ils endossent plusieurs personnages dans une belle harmonie. Rejoints par un chœur d’enfants, pour quelques chansons qui relancent l’action…
Chacun trouve sa place dans l’itinéraire initiatique d’Alice qui subit de nombreux tourments causés par ces êtres bizarres, puis finit par se révolter contre une reine inique.  « Vous n’êtes qu’un jeu de cartes! » lance-t-elle à la face de ces tigres en papier, se posant ainsi en figure féminine pugnace.
Mais on peut se demander alors ce que viennent faire les protagonistes d’autres contes, dans une histoire déjà bien assez riche et cohérente. Ces incursions, même habilement écrites et très bien mises en scène et drôles par leurs anachronismes, semblent superflues.
Avec cette brillante création grand format, premier épisode d’un triptyque, le Théâtre de la Ville ouvre pour la première fois sa salle au jeune public, dans le cadre de la cinquième édition d’un Parcours enfance et jeunesse.

« Notre travail ne peut en aucun cas être «en dessous» parce qu’il est «pour enfant», dit Emmanuel Demarcy-Mota. Le niveau doit être «surélevé», au regard des capacités créatrices et  inventives de l’enfant.» Pari tenu! Le spectacle ne se donne que deux semaines. N’hésitez pas à y assister, avec ou sans enfants, et à guetter sa reprise.

 Mireille Davidovici

Théâtre de la Ville T. 01 42 74 22 77  jusqu’au 9 janvier. theatredeleville-paris.com

Le texte de la pièce est publié aux éditions de L’Arche


Archive pour 29 décembre, 2015

Alice et autres merveilles, d’après Lewis Carroll

Alice et autres merveilles, d’après Lewis Carroll, texte de Fabrice Melquiot, mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Motta

 

Capture d’écran 2015-12-29 à 21.55.58Frêle silhouette en blouson jaune fluo, telle une petite fée bondissante, Alice, émergeant parmi les spectateurs, atterrit dans l’immensité du plateau nu, de l’autre côté du miroir. Elle se présente comme une figure mythique qu’elle s’empresse de désacraliser  : « Qu’est ce qu’un mythe ? Un gros trou dans un vêtement ».
 Et aussi vite que la musique, la petite fille nous entraîne dans un monde vertigineux et illogique, à la rencontre des créatures irrationnelles qui peuplent l’univers souterrain des rêves. De séquence en séquence, nous retrouvons avec plaisir les célèbres figures imaginées il y a cent-cinquante ans, par un jeune professeur anglais, pour Alice Liddel, âgée de sept ans.
Fabrice Melquiot s’inspire largement de Lewis Carroll, dans cette pièce éditée en 2007, mais l’ouvre à d’autres merveilles. L’affiche montre une enfant d’aujourd’hui, égarée dans une contrée étrange et vaguement effrayante. La neige et la forêt évoquent d’autres histoires, comme celle du Petit Chaperon Rouge, personnage qu’elle croisera en chemin, ou  Pinocchio, le Grand Méchant Loup et, petit détour par le monde contemporain,  la Poupée Barbie.
Le va-et-vient entre l’ici et maintenant de la représentation-la comédienne s’adressant directement au public-et l’intemporalité des contes, constitue la théâtralité de cette Alice aux pays des merveilles,  le temps est un moteur essentiel. Depuis Le Lapin blanc aux yeux rouges, toujours pressé, jusqu’aux personnages du Thé chez les fous englués dans une sorte d’éternité : « Alice : On perd son temps ici. /Le Chapelier : Si tu connaissais le Temps aussi bien que moi, tu n’en parlerais pas comme d’une chose qu’on perd. Le Temps est une personne. (…) !  »

 De plus, notre héroïne, brûlant les étapes de la vie, fait des allers-et-retours entre différents stades de sa croissance, et devient minuscule ou gigantesque, selon ce qu’elle boit ou mange. Oppositions et métamorphoses marquées par des alternances de rythme. L’étrange et le fantasmagorique abondent: autant de défis relevés par Emmanuel Demarcy-Mota et la troupe du Théâtre de la Ville.
   La scénographie épurée d’Yves Collet, privilégie, d’un tableau à l’autre, les changements d’échelle, et joue sur la profondeur du plateau avec des effets de rideaux et de tulles ; sur le haut et le bas, avec des envolées dans les cintres et des chutes à pic de la comédienne. Un plan d’eau-les larmes d’Alice-sera la pataugeoire d’une faune burlesque : Le Dodo, La Souris, Le Canard, L’Aiglon… La Chenille,elle,  y voguera sur une feuille de nénuphar. Le Chat de Cheshire apparaîtra et disparaîtra en plusieurs exemplaires au-dessus de ce miroir aquatique…  Et de multiples lapins blancs courent dans tous les coins du théâtre.
Les éclairages d’Yves Collet et Christophe Lemaire renforcent ces effets d’optique par des jeux d’ombres et des projections. La richesse et l’inventivité des costumes de Fanny Brouste, les masques d’Anne Leray contribuent à créer une imagerie fabuleuse.

 Quant aux acteurs, vigoureusement emmenés par Suzanne Aubert, remarquable en Alice obstinée, ils endossent plusieurs personnages dans une belle harmonie. Rejoints par un chœur d’enfants, pour quelques chansons qui relancent l’action…
Chacun trouve sa place dans l’itinéraire initiatique d’Alice qui subit de nombreux tourments causés par ces êtres bizarres, puis finit par se révolter contre une reine inique.  « Vous n’êtes qu’un jeu de cartes! » lance-t-elle à la face de ces tigres en papier, se posant ainsi en figure féminine pugnace.
Mais on peut se demander alors ce que viennent faire les protagonistes d’autres contes, dans une histoire déjà bien assez riche et cohérente. Ces incursions, même habilement écrites et très bien mises en scène et drôles par leurs anachronismes, semblent superflues.
Avec cette brillante création grand format, premier épisode d’un triptyque, le Théâtre de la Ville ouvre pour la première fois sa salle au jeune public, dans le cadre de la cinquième édition d’un Parcours enfance et jeunesse.

« Notre travail ne peut en aucun cas être «en dessous» parce qu’il est «pour enfant», dit Emmanuel Demarcy-Mota. Le niveau doit être «surélevé», au regard des capacités créatrices et  inventives de l’enfant.» Pari tenu! Le spectacle ne se donne que deux semaines. N’hésitez pas à y assister, avec ou sans enfants, et à guetter sa reprise.

 Mireille Davidovici

Théâtre de la Ville T. 01 42 74 22 77  jusqu’au 9 janvier. theatredeleville-paris.com

Le texte de la pièce est publié aux éditions de L’Arche

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