À tort et à raison

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À tort et à raison, de Ronald Harwood, traduction de Dominique Hollier, mise en scène de Georges Werler

 L’art du chef d’orchestre Wilhem Furtwängler (1886-1954) évoque le grand répertoire romantique allemand, avec une prédilection pour Ludwig van Beethoven, Richard Wagner et Richard Strauss. Mais son sens dramatique sert aussi l’œuvre de Wolfgang Amedeus Mozart, en révélant la belle profondeur de Don Giovanni et de La Flûte enchantée.  Nommé chef à vie de l’Orchestre Philarmonique de Berlin et, de 1922 à sa mort, il  ouvrira son répertoire à la musique contemporaine, en créant des œuvres d’Arnold Schönberg,  Serge Prokofiev, et Paul Hindemith, qu’il défendra, quand Hitler et Göring interdisent les représentations de Mathis le peintre à l’Opéra de Berlin, dont  le compositeur tirera une symphonie en 1934.
En décembre de la même année, Wilhem Furtwängler se démet de toutes ses fonctions pour protester contre l’antisémitisme et l’intrusion du pouvoir dans le domaine artistique.

Après plusieurs mois de négociations, il reprend ses activités à l’Orchestre Philarmonique de Berlin dont il reste le directeur musical mais il refuse de participer à diverses manifestations de propagande, ce qui lui vaut l’hostilité de Goebbels et une surveillance soupçonneuse  d’Himmler.
Pendant cette période nazie, il aidera les musiciens juifs à quitter l’Allemagne. En février 1945, il s’exile en Suisse où il se consacre à la composition. Les Alliés lui interdisent de diriger et il devra attendre le 17 décembre 1946 pour être blanchi de tout reproche d’activités nazies, notamment grâce à Yehudi Menuhin et Ernest Ansermet.
Wilhem Furtwängler a inspiré la démarche artistique des générations de chefs, de Daniel Barenboïm à Simon Rattle. Il sait diriger, avec un mystère qui n’appartient qu’à lui, en particulier les instruments à cordes, dont il obtient des sonorités moelleuses et généreuses,  et il  possède une excellent art de la communication.

Ronald Harwood, scénariste du film Le Pianiste, place les personnages d’À tort et à raison à Berlin, lors la défaite des nazis en 1946.  Michel Bouquet reprend le rôle de l’énigmatique Wilhem Furtwängler, accusé de compromission avec le régime nazi, parce qu’il avait accepté de diriger son orchestre pour l’anniversaire d’Hitler, refusant d’abord de céder sa place au jeune Hubert von Karajan.
Le commandant américain, Steve Arnold, interprété par Francis Lombrail, sorte d’inspecteur Colombo sympathique, plus grand mais à la même voix éraillée, personnage brut et fier de son inculture, face à ce qu’il considère comme l’arrogance de l’art européen. Il mène ainsi l’interrogatoire avec rudesse, bien décidé à prouver la culpabilité de ce musicien, heureux élu  des arts, sûr de son talent et dévoué à son œuvre.
 L’accusé reconnaît pourtant que, contrairement à ce qu’il croyait, l’art et la politique restent intimement liés, lui qui plaçait avec une certaine naïveté, la musique au-dessus de tout.
La transcendance musicale -un au-delà, un refuge et un rêve-profondément vrai et juste, n’accorde à l’être un sentiment existentiel, que s’il est d’abord inscrit sur le plan politique et social dans le monde.
Wilhem Furtwängler aurait-il dû quitter l’Allemagne? Sans aucun doute, reconnaît-il lui-même. Pour ne pas soutenir, aussi peu soit-il, un régime inique, cruel et barbare.
Avec autour de lui, Juliette Carré, Didier Brice, Margaux Van Den Plas et Damien Zanoly, le maître Michel Bouquet soutient à merveille l’équivoque du personnage, perdu dans ses pensées, réfléchi, garant de la musique qui l’habite et d’un beau sentiment d’humanité.

 Véronique Hotte

 Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris.  T : 01 43 87 23 23

 

 


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