Les Cahiers Jean Vilar

Livres et revues:

 Les Cahiers Jean Vilar hors série et n°121

   Il s’agit d’un numéro double, comme toujours d’une grande qualité de textes et de photos, qui regroupe d’abord en un seul volume hors série, la correspondance de Jean Vilar avec son épouse Andrée  Schlegel, peintre et poète. Ces lettres avaient déjà été publiées en 2012, dans les numéros 112 et 113 de la revue.
L’acteur et metteur en scène qui restera un des phares du théâtre de la seconde partie du XX ème siècle, parle, lui le jeune Sétois, de l’apprentissage de sa vie parisienne, en 1941, avec ses espoirs et ses coups de tristesse. Et, au fil du temps, dans ce choix de lettres (n’ont pas été publiées avec raison celles trop intimes) Jean Vilar nous livre aussi ses confidences sur la lutte acharnée qu’il a dû livrer pour  créer le théâtre national populaire dont il avait rêvé.
Comme l’écrit  Jacques Téphany dans son édito, “Il est plus que le théâtre, et sa passion d’artiste s’inscrit incessamment dans un dessein civique et son jugement sur ses contemporains est coupant comme une lame. Il n’était pas le lecteur assidu de Chamfort, Retz ou Saint-Simon pour rien. »
Ainsi, dans cette lettre de 1969, il exécute en dix  mots son vieil ennemi: “ Si tu  vas voir une pièce d’Anouilh, je divorce, prends garde!”

  Le second tome de la revue rend d’abord hommage à Roland Monod disparu cet été. Peu connu du grand public, l’homme avait des talents multiples: ancien normalien, connaissant bien les auteurs latins et grecs, il avait écrit autrefois un article resté célèbre dans Paris-Match sur le mythique T.N.P.
Il fut aussi comédien au cinéma dans, entre autres films, Le Condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson et, au théâtre le plus souvent , notamment en 1964 à l’Athénée, dans Le Dossier Oppenheimer,  une des dernières mises en scènes de Jean Vilar. Et tout à fait récemment dans le Ruy Blas de Chrsitian Schiaretti et dans Au Monde de Joël Pommerat.

Il fonda aussi le Théâtre Quotidien de Marseille en 1956 avec Michel Fontayne et Antoine Vitez. Fin connaisseur du théâtre contemporain, il monte des pièces de Georges Schéadé, Paul Claudel, Jean Giraaudoux… Il fut aussi Inspecteur général pour l’enseignement du théâtre auprès de Robert Abirached. Brûlant d’une foi ardente, il voyait beaucoup de spectacles en compagnie de sa femme Hélène, et à la sortie, quand nous parlions ensemble de la mise en scène, il savait être souvent bienveillant mais nous étonnait par la lucidité et l’intransigeance d’un jugement toujours fondé, quand il n’était pas d’accord avec un travail approximatif. Roland Monod aura été, tout au long de sa vie, un excellent serviteur de la cause du théâtre français.
Ce numéro des Cahiers Jean Vilar, rend aussi hommage à Michel Corvin, disparu lui aussi cette  année ( voir Le Théâtre du Blog) Universitaire, auteur d’un Dictionnaire du Théâtre plusieurs fois réédité.
Il y a aussi un texte formidable, celui de la conférence qu’Edwy Plenel avait donnée au dernier festival d’Avignon à la Maison Jean Vilar.
Il parle, avec une grande intelligence, et comme peu l’ont fait avant lui, “de la question de notre pluralité au sein de notre peuple”, de l’actualité de la question écologique, et bien évidemment, des horribles attentats de janvier 2015.
Il rend ainsi hommage à la mémoire du gardien de la paix musulman Ahmed Berabet à l’enterrement duquel  aucun membre du gouvernement ni le Président de la république n’était présent, de cette policière martiniquaise lâchement assassinée, et salue le courage de ce héros, salué par Barak Obama, le  Malien sans papiers, Lassana Bathily qui joua un rôle primordial dans le sauvetage de plusieurs personnes lors du massacre de l’hyper-marché casher à Vincennes.
“Nous devons, nous les progressistes, dit Edwy Plenel, assumer cette idée que la particularité de la France en Europe, est liée à sa longue projection sur le monde où nous nous sommes invités, sans leur demander leur avis, chez de de nombreux peuples; c’est d’être une Amérique de l’Europe dans la constitution de notre peuple.”
Et il conclut par une défense, aussi généreuse et lucide qu’au début de sa conférence, de notre République dont il reconnaît et assume les erreurs et les contradictions: “Depuis trente ans, un imaginaire contraire gangrène, contamine la droite républicaine, et gagne même une partie de la gauche” (…) “Pour sortir de ce piège, il nous faut cet imaginaire politique qui réhabilite le levier du n’importe qui, et fait signe à tout le monde sans distinction d’origine, d’apparence ou de croyance”.

Enfin, signalons aussi un grand entretien avec Georges Lavaudant, notamment sur le Festival d’Avignon, et un texte collectif d’Eric Ruf et Jacques Téphany paru dans Le Monde du 14 novembre dernier pour l’Association Jean Vilar, d’Olivier Py et Paul Rondin pour le Festival d’Avignon, de Christian Schiaretti pour le T.N.P.-Villeurbanne, de Didier Deschamps pour le le Théâtre National de Chaillot, et d’Olivier Meyer pour le Théâtre Jean Vilar de Suresnes après l’attentat, la veille, du Bataclan et des cafés environnants.
Ils font bien de rappeler  la leçon politique de Jean Vilar qui avait osé monter Brecht l’auteur allemand juste après la guerre de 40, et nombre d’auteurs étrangers: « La culture, disait-il, est une arme qui vaut ce que  valent les mains qui la tiennent. »

 Philippe du Vignal

Cahiers Jean Vilar  Maison Jean Vilar 8 rue de Mons 84000 Avignon. En vente partout; 15 € le numéro double.

Signalons aussi  La Roche-Guyon Le Château invisible de notre amie du Théâtre du Blog Christine Friedel, avec des images de Pauline Fouché. « Ce guide rêveur, dit-elle, imaginatif, destiné à se superposer au guide touristique, devrait être comme une caresse au château, avec le trac et le tact qu’il faut: les fantômes sont délicats. »
Editions de l’Amandier, La bibliothèque fantôme. 16€

 


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