Carlo Goldoni par Franck Médioni

Carlo Goldoni par Franck Médioni

   Electre_978-2-07-045791-5_9782070457915Une biographie à lire en ces temps de bilan final, ou de renouveau inaugural: celle de Carlo Goldoni, pleine d’allant, de verve et d’amour de l’art, selon l’esprit alerte de son œuvre. Venise, le théâtre Saint-Ange et le théâtre Saint-Luc, le Théâtre Italien à Paris …
Carlo Goldoni, né à Venise en 1707 et mort à Paris en 1793,  a écrit  plus de deux cents œuvres, qui vont de la tragédie à l’intermède, du drame au livret d’opéra, voire à la saynète, sans oublier ses Mémoires (1787).

 Continuateur de la commedia dell’arte, mais d’abord inventeur de la comédie italienne moderne, avec Les Rustres, La Locanderia, Arlequin serviteur de deux maîtres, il maîtrise trois langues, le toscan, qui deviendra langue officielle du pays avec son unité nationale en 1866, mais aussi le vénitien et le français. Il vivra les trente dernières années de sa vie à Paris, en cherchant sans fin la vérité au théâtre pour raconter le monde.
Auteur au service des comédiens, il bannit les masques de la commedia dell’arte et le répertoire répétitif d’acteurs-improvisateurs enfermés dans un type de personnage, l’Amoureux, le Vieillard, le Docteur, etc. pour réinventer la comédie italienne et construire un «théâtre de caractère».
Selon Frank Médioni, Goldoni imagine un théâtre-spectacle qui bouscule les choses et les êtres avec une verve comique, et une pulsation des mots et des corps.
Au comique de situation de la commedia dell’arte, l’auteur ajoute un texte très écrit, avec une construction dramatique : soit un théâtre complet, à voir comme à lire, dont les critères fondés sur le réalisme et une visée morale de la comédie, ont été bien compris au XX ème siècle par des metteurs en scène comme Luchino Visconti, Giorgio Strehler, Jacques Lassalle ou Alain Françon
Le dramaturge questionne les rapports de l’art et du monde, de la langue et des gestes, du corps et du cœur des hommes, qu’ils soient cafetiers, gondoliers ou chevaliers… Il définit la société dans sa variété de caractères et de passions.

  Carlo Goldoni ne dénonce pas, ne juge pas ; il se moque et recourt volontiers à la farce, avec des personnages sympathiques comme ceux d’Anton Tchekhov: «Sa force comique, dit Franck Médioni, provient de l’épaisseur du réel et de ses distorsions. L’imprévu surgit, crée un décalage et génère le rire. C’est un comique libérateur. Un comique parfois amer, voire sombre et mélancolique. »
Molière est moraliste, Carlo Goldoni, non. Plus qu’aux êtres humains, il s’intéresse à leur manière de vivre ensemble, tout en restant fidèles à  eux-mêmes et aux autres. Chez lui, un personnage, même secondaire, possède son caractère propre et participe pleinement à l’action et au mouvement d’ensemble. Le groupe prime sur l’individu, et s’installe alors une structure polyphonique, une «composition concertante», selon Jacques Lassalle.
Pour Carlo Goldoni, la littérature provient de la rue; on la rejoint par le théâtre, reflet conscient de la vie réelle, qui devient le lieu de représentation de la nature humaine.
Avec la Mirandoline, égérie de La Locanderia (1752), Carlo Goldoni place le spectateur devant l’ambiguïté du personnage, qui se heurte à son mystère. Le dramaturge est sans doute partagé entre une vision bourgeoise qui montre le ridicule des aristocrates, et une vision d’homme des Lumières, épris de liberté ?
 Il Campiello (1756) autre exemple de  belle forme chorale, allie simplicité, force et véracité du geste théâtral, de la vie saisie dans le feu de l’action. Carlo Goldoni assiste en spectateur à la Révolution à Paris mais son théâtre n’est pas un appel au bouleversement de l’ordre établi.
Toutefois chez lui, les valets, artisans, servantes, pêcheurs et ouvriers accèdent au statut de personnages de théâtre, installés sur un pied d’égalité avec nobles et bourgeois.
Porte-parole de la bourgeoisie marchande, Carlo Goldoni se tourne davantage vers le peuple dans ses dernières pièces.  Ses écrits progressistes concernent la femme combative, à la grandeur morale; c’est la victoire de La Locanderia.
Cette biographie est enivrante et vivante, comme le monde à la vie intense, imaginé par Carlo Goldoni, il y a plus de deux siècles… et si contemporain.

 Véronique Hotte

Éditions Gallimard, collection folio biographies n°127. 8,50 €

 


Archive pour 1 janvier, 2016

Carlo Goldoni par Franck Médioni

Carlo Goldoni par Franck Médioni

   Electre_978-2-07-045791-5_9782070457915Une biographie à lire en ces temps de bilan final, ou de renouveau inaugural: celle de Carlo Goldoni, pleine d’allant, de verve et d’amour de l’art, selon l’esprit alerte de son œuvre. Venise, le théâtre Saint-Ange et le théâtre Saint-Luc, le Théâtre Italien à Paris …
Carlo Goldoni, né à Venise en 1707 et mort à Paris en 1793,  a écrit  plus de deux cents œuvres, qui vont de la tragédie à l’intermède, du drame au livret d’opéra, voire à la saynète, sans oublier ses Mémoires (1787).

 Continuateur de la commedia dell’arte, mais d’abord inventeur de la comédie italienne moderne, avec Les Rustres, La Locanderia, Arlequin serviteur de deux maîtres, il maîtrise trois langues, le toscan, qui deviendra langue officielle du pays avec son unité nationale en 1866, mais aussi le vénitien et le français. Il vivra les trente dernières années de sa vie à Paris, en cherchant sans fin la vérité au théâtre pour raconter le monde.
Auteur au service des comédiens, il bannit les masques de la commedia dell’arte et le répertoire répétitif d’acteurs-improvisateurs enfermés dans un type de personnage, l’Amoureux, le Vieillard, le Docteur, etc. pour réinventer la comédie italienne et construire un «théâtre de caractère».
Selon Frank Médioni, Goldoni imagine un théâtre-spectacle qui bouscule les choses et les êtres avec une verve comique, et une pulsation des mots et des corps.
Au comique de situation de la commedia dell’arte, l’auteur ajoute un texte très écrit, avec une construction dramatique : soit un théâtre complet, à voir comme à lire, dont les critères fondés sur le réalisme et une visée morale de la comédie, ont été bien compris au XX ème siècle par des metteurs en scène comme Luchino Visconti, Giorgio Strehler, Jacques Lassalle ou Alain Françon
Le dramaturge questionne les rapports de l’art et du monde, de la langue et des gestes, du corps et du cœur des hommes, qu’ils soient cafetiers, gondoliers ou chevaliers… Il définit la société dans sa variété de caractères et de passions.

  Carlo Goldoni ne dénonce pas, ne juge pas ; il se moque et recourt volontiers à la farce, avec des personnages sympathiques comme ceux d’Anton Tchekhov: «Sa force comique, dit Franck Médioni, provient de l’épaisseur du réel et de ses distorsions. L’imprévu surgit, crée un décalage et génère le rire. C’est un comique libérateur. Un comique parfois amer, voire sombre et mélancolique. »
Molière est moraliste, Carlo Goldoni, non. Plus qu’aux êtres humains, il s’intéresse à leur manière de vivre ensemble, tout en restant fidèles à  eux-mêmes et aux autres. Chez lui, un personnage, même secondaire, possède son caractère propre et participe pleinement à l’action et au mouvement d’ensemble. Le groupe prime sur l’individu, et s’installe alors une structure polyphonique, une «composition concertante», selon Jacques Lassalle.
Pour Carlo Goldoni, la littérature provient de la rue; on la rejoint par le théâtre, reflet conscient de la vie réelle, qui devient le lieu de représentation de la nature humaine.
Avec la Mirandoline, égérie de La Locanderia (1752), Carlo Goldoni place le spectateur devant l’ambiguïté du personnage, qui se heurte à son mystère. Le dramaturge est sans doute partagé entre une vision bourgeoise qui montre le ridicule des aristocrates, et une vision d’homme des Lumières, épris de liberté ?
 Il Campiello (1756) autre exemple de  belle forme chorale, allie simplicité, force et véracité du geste théâtral, de la vie saisie dans le feu de l’action. Carlo Goldoni assiste en spectateur à la Révolution à Paris mais son théâtre n’est pas un appel au bouleversement de l’ordre établi.
Toutefois chez lui, les valets, artisans, servantes, pêcheurs et ouvriers accèdent au statut de personnages de théâtre, installés sur un pied d’égalité avec nobles et bourgeois.
Porte-parole de la bourgeoisie marchande, Carlo Goldoni se tourne davantage vers le peuple dans ses dernières pièces.  Ses écrits progressistes concernent la femme combative, à la grandeur morale; c’est la victoire de La Locanderia.
Cette biographie est enivrante et vivante, comme le monde à la vie intense, imaginé par Carlo Goldoni, il y a plus de deux siècles… et si contemporain.

 Véronique Hotte

Éditions Gallimard, collection folio biographies n°127. 8,50 €

 

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