Comment on freine?

Comment on freine ? de Violaine Schwartz, mise en scène d’Irène Bonnaud

   comment_on_freine_3celisabeth_carrecchioLe monde va trop vite. Pour avoir été bâti à la hâte et à bas coût, le Rana Plaza s’est écroulé, le 24 avril 2013, à Dacca, sur des milliers d’ouvrières et d’ouvriers du textile. Le même jour, pour un instant d‘inattention, peut-être parce qu’elle écoutait cette nouvelle à la radio, la voiture d’une jeune femme emboutit un mur, quelque part en France.
Violaine Schwartz a bâti sa pièce sur ces destins parallèles : trop tard, au moment de l’accident, pour se demander  comment on freine ? En même temps, elle tricote et détricote les liens paradoxaux qui se tissent entre vie intime et capitalisme mondial.
Chacun des millions de tee-shirts, de jeans anonymes produits à l’autre bout du monde, devient, pour un temps, le doudou, le fétiche que le consommateur européen s’approprie, jusqu’au moment où il le jette, et où le cycle de la consommation de masse se remet en mouvement.

  Ce jour-là, donc, car la tragédie ne peut commencer que si elle trouve son jour fatal, une femme, encore fragile après des mois d’hôpital et de rééducation, retrouve son mari. Lui, pendant ce temps, a acheté un nouvel appartement: il faut repartir du bon pied. Les cartons sont encore là, empilés, qu’il faudra défaire, mais l’emménagement va se révéler impossible : la coïncidence de dates entre son accident et l’effondrement de l’usine saute aux yeux de la jeune femme. Les cartons vomissent des flots de plus en plus incontrôlables de vêtements, et  l’hallucination et  le cauchemar vont envahir le banal appartement.
  Une belle idée, au départ, une  belle interrogation sur notre monde. Cela pouvait donner un bon roman. Violaine Schwarz, qui est d’abord une magnifique comédienne et chanteuse, en a écrit deux, très beaux, La Tête en arrière (POL, 2010) et Le Vent dans la bouche (POL 2013).  Mais la pièce déçoit, qui commence en comédie dramatique (selon le classement des programmes de cinéma) et en reste à un dialogue banal, et à une psychologie, à la fois conventionnelle et obscure.
  La suite, entre la rêverie de la jeune femme, sa projection dans l’usine en ouvrière exploitée, et ses revirements conjugaux, parle trop, et use l’attention du spectateur. Ces pertes d’énergie, on les retrouve dans l’interprétation : Valérie Blanchon et Jean-Baptiste Malartre, mal distribués, peinent à faire croire à leur couple ; la danseuse Anusha Sherer et la langue bengali élargissent heureusement l’horizon.
La scénographie, peu inventive, n’aide pas le spectacle à décoller. Pour corriger notre déception-nous étions nombreux à attendre beaucoup de l’auteur et du sujet traité- les lycéens qui remplissaient la salle au deux tiers, ont écouté la pièce avec une grande d’attention, manifestement intéressés par la question.
Peut-être aussi se sentaient-ils très concernés : le décor, envahi peu à peu par des montagnes de vêtements, fait penser à une chambre d’adolescent(e)… Ils sont sans doute le vrai public, en attente d’un théâtre de réflexion, de débat, mais ont droit à bien plus : à un théâtre qui va loin dans son ambition artistique.

Christine Friedel

 Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, jusqu’au 17 janvier.

 


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