Revenez demain

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Revenez demain de Blandine Costaz, mise en scène de Laurent Fréchuret

 

Quel est le lien entre un entretien d’embauche et la fin d’une relation amoureuse ? Marianne Basler et Gilles Cohen s’emparent d’un texte curieusement construit, où alternent monologues et duos, et où s’entremêlent deux histoires de vie… Valère et Lucie ; Lucie et Antoine… Une femme entre deux hommes, celui qui la quitte et celui qui la désire ; renaîtra-t-elle de ce chaos sentimental ? Valère recrute une assistante : il reçoit Lucie mais laisse sa décision en suspens, la fait revenir encore, et encore. Son «Revenez demain !», sonne comme un leitmotiv.  Rencontre après rencontre, s’ébauche un semblant d’amour…
Entre ces confrontations professionnelles d’une troublante intimité, Lucie, tout juste sortie d’une rupture, ausculte ses états d’âme et dévoile un inquiétant penchant pour le chocolat et les armes… Loin de s’épancher, elle reste dure : «J’ai laissé plusieurs morceaux de moi, comme ça, derrière moi.Qu’est-ce qui reste ?
Est-ce que ça repousse ? Ce qu’on laisse derrière soi, est-ce que ça revient ? Et quand est-ce que ça revient ? (…) Est-ce que l’amputation est la seule solution? Je ne sais pas faire autre chose que de me couper. Il faut bien survivre. Je ne ferais de mal à personne, on, bien sûr. (…) Je préfère être bourreau que victime. (…) Je sais prendre des décisions. Je sais m’amputer. Je sais être mon bourreau et ma victime (…).»
Le temps s’étire et se contracte, le passé resurgit quand on ne l’attendait pas, derrière le rideau tendu sur toute la longueur de la scène jusque-là sobrement meublée d’une chaise et d’un fauteuil: l’espace s’ouvre sur un  décor cosy et coloré avant de se refermer, nous ramenant au dilemme de l’embauche.
Il fallait la délicatesse de Laurent Fréchuret pour saisir cette écriture à fleur-de-peau, et la transmettre à Marianne Basler, dont le jeu tendu et anguleux nous tient en haleine. Elle construit un personnage bouillant de l’intérieur, face à un Gilles Cohen plus compact dans les deux rôles d’homme.

  Les adresses au public distancient ce drame de l’intime et révèlent l’ironie enfouie dans le texte. Blandine Costaz, comédienne, a longtemps travaillé à Berlin et au Théâtre Grütli de Genève avec Mathieu Bertholet, et signe ici sa première pièce. Son écriture, toute en finesse, a quelque chose d’évanescent qui a du mal à émerger et à capter l’attention du spectateur, en dépit du talent indéniable des comédiens et de la réalisation scénique.

Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point, Paris,  jusqu’au 21 février. T: 01 44 95 98 21. La pièce est publiée aux éditions Les Cygnes.

 


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