Trois Songes (Un Procès de Socrate)

Festival Odyssées en Yvelines/Théâtre Sartrouville et des Yvelines Centre Dramatique National:

 Trois Songes (Un Procès de Socrate), texte d’Olivier Saccomano, d’après Le Premier Alcibiade, Euthyphron et L’Apologie de Socrate de Platon, mise en scène d’Olivier Coulon-Jablonka

trois_songes6-®J.-M.Lobbe¦üEn 399 avant J.C., le tribunal d’Athènes accusa Socrate d’inventer de nouveaux dieux, de troubler l’ordre de la cité et de corrompre la jeunesse. Il assure à ses juges qu’il continuera, s’il est acquitté, à toujours aller dans les rues de la ville et à discuter avec tous ceux qu’il croisera, jeunes et vieux, riches et pauvres, gens de peu ou de beaucoup de foi.
   Cette création, inspirée de textes de Platon, ne pouvait pas mieux tomber en ces temps bousculés : nous l’avons vue dans une classe du lycée Saint-Exupéry à Mantes-la-Jolie, dont les élèves sont un exemple de vrai public : la relève de demain.
Discuter avec les esprits en herbe qui demandent à être éclairés, tel est l’enjeu : «Ce n’est pas que cette jeunesse soit incorruptible : il est même facile à ceux qui entretiennent chez elle le désir du pouvoir et de l’argent, qui lui vendent les discours et les vêtements de la réussite, de détruire ou d’avilir cette jeunesse, car je n’ai pas d’autres mots,  la destruction ou l’avilissement, pour ce qu’on appelle la corruption.»
  Socrate promet à ces jeunes la recherche ardue d’un bien : la justice, et ce que nous sommes prêts à lui sacrifier. Il affirme en même temps qu’il œuvre et travaille à porter haut l’élan vital de la jeunesse afin d’affermir sa pensée. Socrate ne cherche pas à adoucir ses juges, même s’il doute de la légitimité de leur tribunal, et ne craint pas la mort physique mais celle de l’âme.
Le sage livre en logique sa dernière leçon : nous devons préférer subir l’injustice que de la commettre. La vie n’a de valeur que juste, il faut donc être prêt à mourir pour cette éthique. Pendant la dernière nuit de Socrate avant sa mort, scandée de trois songes, les êtres qui ont compté pour lui, reviennent le voir : l’impétueux Alcibiade, son ancien disciple, la redoutable Xanthippe, sa femme, et un adolescent inconnu : le public peut-être.
Comme le philosophe qui invectivait les Athéniens, Jean-Marc Layer et Guillaume Riant, se prêtent au jeu avec humilité et conviction, indistincts des autres spectateurs, l’air à la fois ingénu et éveillé. Tour à tour, maître et disciple, Socrate lui-même ou son double.
Ils inversent les rôles: le philosophe, le politicien, le religieux, le juge, pour examiner les rapports qui fondent la cité et révéler le tissage dialectique des visions de chacun. On est dans une véritable salle de cours (écrans vidéo et réseaux sociaux, avec fiches d’identité apparentes), une soixantaine de chaises pour les spectateurs, et travées entre les tables pour le passage des interprètes. Pas d’estrade pour dominer: très proches du public, ils interviennent au même niveau.
Songer, rêver, inventer des liens autres entre les mots et les choses, entre les existences aussi, c’est se livrer à la philosophie. La question du bonheur se pose à l’infini, le public est heureux d’accompagner ce cheminement éclairé, entre l’ironie, le sourire et la crainte qui se faufilent à travers les prophéties : «Mais quand je serai parti, d’autres viendront. Ils demanderont des comptes et ils seront plus jeunes. Et, plus ils seront jeunes, plus ils seront violents. »
À méditer sans fin…

Véronique Hotte


Lycée Le Corbusier de Poissy, le 4 février. Lycée Condorcet de Limay, Lycée Jean Vilar de Plaisir, Lycée Léonard de Vinci de Saint-Germain-en- Laye et Lycée La Bruyère de Versailles, du 8 au 12 février. Lycées des sept mares  et lycée Dumont d’Urville de Maurepas ; Lycée Saint-François d’Assise de Montigny-le-Bretonneux, du 15 au 19 février.
Lycée Louis-de-Broglie de Marly-le-Roi, le 22 mars; Médiathèque Blaise Cendrars et Lycée Simone Weil de Conflans-Sainte-Honorine, le 24 mars.
Lycées du Mantois, du 4 au 8 avril. Lycée Nouvelle Chance Kastler de Cergy-Pontoise, le 20 mai. L’Apostrophe-Scène nationale de Cergy-Pontoise et Val d’Oise, du 20 au 21 mai.

 


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