Aurélie Dupont, Benjamin Millepied, Stéphane Lissner: conférence de presse

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Conférence de presse à l’Opéra de Paris, avec Aurélie Dupont, Benjamin Millepied, Stéphane Lissner

Certains s’étaient munis de carnet et stylo, d’autres, d’un smartphone, et les plus nombreux, d’un appareil photo ou d’une caméra. Jamais autant de monde ne s’était intéressé à la direction de la danse à l’Opéra ! Le côté people et médiatique de Benjamin Millepied et sa démission surprise y sont pour quelque chose. Mais point de révélations fracassantes, ni d’anecdotes surprenantes. Avec son départ, la danse à l’Opéra de Paris n’intéressera sans doute plus autant Le Figaro-Madame et Paris-Match, alors que l’ancien directeur s’y exprimait volontiers.
«Il part trop tôt, trop vite, certains restent trop longtemps, regrette Stéphane Lissner.» Tout en reconnaissant avec Benjamin Millepied que la charge de directeur est trop lourde pour l’artiste et le chorégraphe. 
«Ce qui m’a motivé pour faire évoluer l’institution, dit Benjamin Millepied, c’est le danseur. Le plus important, pour moi: être en studio avec eux, c’est comme cela que j’aime vivre mon métier. La position de directeur de la danse n’est pas pour moi, elle ne me convient pas.»
Il parle avec chaleur d’Aurélie Dupont qui va lui succéder : «Ce qui va se passer maintenant est une continuité, je serai là de tout cœur avec elle, et avec eux, pour la suite. Je veux que cette compagnie fasse avancer notre art, il faut qu’elle apporte quelque chose à l’histoire de la danse.»  À cela, Aurélie Dupont répond : «Je vais continuer ce qu’a fait Benjamin (…) Je suis pleine de passion, d’amour pour cette maison, précise-t-elle. Je veux aborder la direction de cette compagnie avec la passion du travail, de l’ambition, de l’exigence, et de l’ouverture d’esprit. (…)
Pour moi, la troupe de l’Opéra de Paris reste une compagnie de danse classique avec une ouverture sur le contemporain, dit-elle, soulignant qu’elle n’a aucun talent de chorégraphe.» Aurélie Dupont, une belle personne : mère de deux enfants, danseuse-étoile, est maintenant directrice de la danse,  à la tête des cent cinquante-quatre  artistes. Sa prise de fonction se fera officiellement en septembre prochain. «Je suis intelligente, je réfléchis et je change d’avis parfois, pas vous? »
Ainsi a-t-elle répondu à une question, et elle a aussi précisé qu’à un moment donné de sa vie, elle n’avait pas voulu de ce poste. «Je vais faire de mon mieux, je vous le promets, ajoute-t-elle, avec un large sourire.»
 Benjamin Millepied, lui, était déjà parti pour la générale de son spectacle qui avait lieu trois heures plus tard. La saison prochaine, il présentera deux créations avec les danseurs de l’Opéra…  

Jean Couturier

À l’Opéra-Garnier, ce 4 février.          


Archive pour 6 février, 2016

Dans la Solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès

160202_RdL_0093Dans la Solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, musique et mise en scène de Roland Auzet

  Ce poème, en prose oratoire très ciselée, nous est livré ici comme une longue apostrophe qui engage intimement les deux partenaires en lice, entre éthique et pathétique… Un dialogue existentiel qui interpelle l’autre, être bien réel mais aussi un monologue que l’on s’adresse. On voudrait que cet échange verbal, entre provocation, prière incantatoire  et invocation désespérées, ne s’arrête pas. 
Selon la définition classique, l’apostrophe vient d’un être très ému qui s’adresse au Ciel et à la terre, aux rochers, forêts, et choses insensibles aussi bien qu’aux sensibles. Dans la mise en scène de Roland Auzet, la nature romantique et les champs de coton, métaphores de tous les décors possibles et inégalitaires de notre présence au monde, deviennent ici un quartier fébrile de Paris vers 21h, « à cette heure du jour et de la nuit », celui du Théâtre des Bouffes du Nord à Paris, au métro La Chapelle, avec ses territoires indien et autres …
Les adversaires surgissent d’une rue bruyante et commerçante où les voitures défilent, venant de trajectoires opposées, et arrêtées au feu rouge. Des groupes de gens en désordre  vont pénétrer dans le théâtre.  Au début, le public muni d’un casque,  saisit ainsi les moindres signes sonores: intonations, exaspérations et adoucissements  des actrices sur la musique  de Roland Auzet.
Anne Alvaro (le dealer) et Audrey Bonnet (le client), s’apostrophent et s’invectivent, répondant à l’expression d’une émotion vive ou profonde, et affectées  par une question : la valeur marchande du désir pour une drogue, drague, arme, objet illicite, voire un regard trop appuyé sur l’autre : «Je ne voudrais jamais de cette familiarité que vous tâchez, en cachette, d’instaurer entre nous. Je n’ai pas voulu de votre main sur mon bras. »
Le poids de cette main fait tout le contentieux de l’affaire, appréhension physique et symbolique, comme celle d’un bandit sur sa victime. Le client ne le supporte pas, et souffre de ne pas savoir de quelle blessure il est meurtri.
Dealer ou client, brute ou demoiselle, selon la terminologie de l’auteur, chacun est à la fois l’un et l’autre, et ne craint pas ce qu’il est capable d’infliger mais bien ce dont il est incapable : les douleurs distribuées au hasard de rencontres aléatoires. Sur le fil coupant d’une existence ressentie à fleur de peau : « Alors, ne refusez pas de me dire l’objet, je vous en prie, de votre fièvre, de votre regard sur moi, la raison, de me la dire. »
 Si l’on voulait enfin couper la boucle infernale de la parole, il  faudrait se raconter un peu, en ne livrant pas tout, en gardant en réserve pour soi, contre les mensonges et les apparences ludiques: respect, douceur, humilité, amour… Anne Alvaro fait entendre ruptures et déchirements, avec sa voix grave, sous l’apparence de l’amour ; Audrey Bonnet, elle, se rebelle, contourne sa complice, telle une gazelle qui se cabre, se lance, disparaît puis revient à l’attaque.
Un match sublime.

 Véronique Hotte

 Théâtre des Bouffes du Nord, Paris du 3 au 20 février. T : 01 46 07 34 50

Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras

 Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras, mise en scène et chorégraphie de Lucie Lataste

 

« Lui : Tu n’as rien vu à Hiroshima, rien. Elle : J’ai tout vu à Hiroshima, tout (…)  ».  Sur scène, les comédiens, silencieux, dansent et interprètent, en langue des signes, les célèbres répliques du film d’Alain Resnais où deux amants d’un soir se retrouvent dans une chambre d’hôtel. Leur dialogue, leurs étreintes et les souvenirs traumatisants de la guerre à Hiroshima pour lui, à Nevers pour elle… La mémoire et l’oubli… « L’oubli de l’amour-même. L’horreur de l’oubli, dit la femme.»
Le texte de Marguerite Duras, avec ses rythmes ressassants et sa langue simple est ici transposé en gestes et mouvements. À cour et jardin, deux comédiens traduisent les signes en direct. Une musique répétitive, composée de basses, permet aux artistes, par ses vibrations, de suivre le rythme de la chorégraphie.
La scénographie épurée et délicate se limite à un paravent de style japonais ; sur ses cinq panneaux sont projetés, selon les séquences, des images stylisées, des ombres, des  formes …  Et le jeu d’Émilie Rigaud et de Vivien Fontvieille en parait d’autant plus expressif.  Leurs mains, corps et visages créent une poétique visuelle en résonance avec la prose durassienne.

 Pendant une heure, on retrouve la chair même, la sensualité de cette écriture, quelquefois poussées vers une calligraphie un peu abstraite. Mais n’est-ce pas le propre de ce langage des signes ? «Au carrefour du théâtre et de la danse, écrit la metteuse en scène, cette langue visuelle, porte sens et geste dans une seule et même intention. Les interprètes sourds possèdent ce génie du mouvement (…) »
Si la Langue des Signes Française a été reconnue comme langue à part entière en 2005, la communauté sourde n’a toujours pas accès à l’ensemble de la culture française contemporaine. 
Lucie Lataste, avec la compagnie toulousaine Danse des Signes, développe un travail en lien avec les mouvements des artistes sourds, impulsé par l’International Visual Theatre et Emmanuelle Laborit « Nous créons une nouvelle danse qui s’appuie sur des états, sur le dire, et sur le texte, explique-t-elle. Continuer le chemin avec des artistes sourds, c’est leur donner les outils dont je dispose pour comprendre le monde d’aujourd’hui, dans leur langue. »

 Mireille Davidovici

 International Visual Theatre , jusqu’au 21 janvier. 7 rue Chaptal 75009. T.01 53 16 18 18

 

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Kvetch de Steven Berkoff

Kvetch de Steven Berkoff, traduction de Geoffrey Dyson et Antoinette Monod, mise en scène de Sophie Lecarpentier

 

p213676_9-kvetchIls ont peur de tout et l’avouent à tour de rôle dès leur entrée en scène: de la maladie, du qu’en-dira-t-on, de faire un faux-pas, de rater son dîner, de ne pas acheter la bonne paire d’enceintes, de ne plus bander, peur de la peur même…
 Leur fragilité, que tout un chacun partage, prête ici à rire, sous la plume de Steven Berkoff  qui peint un groupe de cinq petits-bourgeois étriqués, bourrés de préjugés, à la vie tristounette ; possédés par le kvetch, des pensées intimes, lancinantes, obsessionnelles qui s’agitent dans leur tête.
L’auteur les rend comme transparents et donne à entendre leur double langage : après chaque parole qu’ils profèrent, explose en sourdine leur discours intérieur. Mélange baroque d’argot, de grossièretés et de pure poésie, l’écriture de Steven Berkoff instille érotisme, cruauté, émotion.
Son théâtre donne la voix à l’obscène qui vient polluer les dialogues, sous-texte virulent porté en plein jour. Plus qu’une simple provocation, la pièce s’attaque joyeusement à nos préjugés, nos hypocrisies. Et le kvetch, si encombrant, va finir par prendre le pas sur le comportement, lisse et poli, des protagonistes, guidé par leur surmoi social. Il ouvre les portes à leur liberté…
Sur le plateau aussi la voie est libre : cinq chaises ou un gigantesque drap blanc (et le violon de Bertrand Causse) suffisent à le meubler, et à souligner avec malice les surgissements de la pensée intime. Sophie Lecarpentier a bien saisi l’ambigüité de la pièce et nous en livre une version intelligente et fine. Elle joue sur la théâtralité de la langue et se permet aussi bien des audaces dans la direction d’acteurs, en leur offrant une partition jubilatoire.

Ils ne tirent jamais le spectacle vers la vulgarité, alors qu’ils auraient pu tomber dans le panneau, tant la pièce regorge d’expressions ordurières. Toujours sur le fil d’une émotion latente qui leur confère une humanité, au-delà des figures caricaturales qu’ils incarnent.
« Pour moi, Kvetch est un vaudeville et une tragédie shakespearienne, dit la metteuse en scène. Par sa théâtralité originale, la pièce réussit à mêler ainsi politique et humour, dénonciation et sensualité. C’est une pièce qui parle du théâtre et de la liberté folle du plateau (…) même celle de dire avec les mots, ce que les mots ne peuvent, et n’osent, au quotidien, formuler.»
Une heure quinze de plaisir tonique.

 Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 21 février T. 01 44 95 98 21
Le texte est publié chez Actes Sud-Papiers.

 

 

 

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