Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras

 Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras, mise en scène et chorégraphie de Lucie Lataste

 

« Lui : Tu n’as rien vu à Hiroshima, rien. Elle : J’ai tout vu à Hiroshima, tout (…)  ».  Sur scène, les comédiens, silencieux, dansent et interprètent, en langue des signes, les célèbres répliques du film d’Alain Resnais où deux amants d’un soir se retrouvent dans une chambre d’hôtel. Leur dialogue, leurs étreintes et les souvenirs traumatisants de la guerre à Hiroshima pour lui, à Nevers pour elle… La mémoire et l’oubli… « L’oubli de l’amour-même. L’horreur de l’oubli, dit la femme.»
Le texte de Marguerite Duras, avec ses rythmes ressassants et sa langue simple est ici transposé en gestes et mouvements. À cour et jardin, deux comédiens traduisent les signes en direct. Une musique répétitive, composée de basses, permet aux artistes, par ses vibrations, de suivre le rythme de la chorégraphie.
La scénographie épurée et délicate se limite à un paravent de style japonais ; sur ses cinq panneaux sont projetés, selon les séquences, des images stylisées, des ombres, des  formes …  Et le jeu d’Émilie Rigaud et de Vivien Fontvieille en parait d’autant plus expressif.  Leurs mains, corps et visages créent une poétique visuelle en résonance avec la prose durassienne.

 Pendant une heure, on retrouve la chair même, la sensualité de cette écriture, quelquefois poussées vers une calligraphie un peu abstraite. Mais n’est-ce pas le propre de ce langage des signes ? «Au carrefour du théâtre et de la danse, écrit la metteuse en scène, cette langue visuelle, porte sens et geste dans une seule et même intention. Les interprètes sourds possèdent ce génie du mouvement (…) »
Si la Langue des Signes Française a été reconnue comme langue à part entière en 2005, la communauté sourde n’a toujours pas accès à l’ensemble de la culture française contemporaine. 
Lucie Lataste, avec la compagnie toulousaine Danse des Signes, développe un travail en lien avec les mouvements des artistes sourds, impulsé par l’International Visual Theatre et Emmanuelle Laborit « Nous créons une nouvelle danse qui s’appuie sur des états, sur le dire, et sur le texte, explique-t-elle. Continuer le chemin avec des artistes sourds, c’est leur donner les outils dont je dispose pour comprendre le monde d’aujourd’hui, dans leur langue. »

 Mireille Davidovici

 International Visual Theatre , jusqu’au 21 janvier. 7 rue Chaptal 75009. T.01 53 16 18 18

 

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