Kvetch de Steven Berkoff

Kvetch de Steven Berkoff, traduction de Geoffrey Dyson et Antoinette Monod, mise en scène de Sophie Lecarpentier

 

p213676_9-kvetchIls ont peur de tout et l’avouent à tour de rôle dès leur entrée en scène: de la maladie, du qu’en-dira-t-on, de faire un faux-pas, de rater son dîner, de ne pas acheter la bonne paire d’enceintes, de ne plus bander, peur de la peur même…
 Leur fragilité, que tout un chacun partage, prête ici à rire, sous la plume de Steven Berkoff  qui peint un groupe de cinq petits-bourgeois étriqués, bourrés de préjugés, à la vie tristounette ; possédés par le kvetch, des pensées intimes, lancinantes, obsessionnelles qui s’agitent dans leur tête.
L’auteur les rend comme transparents et donne à entendre leur double langage : après chaque parole qu’ils profèrent, explose en sourdine leur discours intérieur. Mélange baroque d’argot, de grossièretés et de pure poésie, l’écriture de Steven Berkoff instille érotisme, cruauté, émotion.
Son théâtre donne la voix à l’obscène qui vient polluer les dialogues, sous-texte virulent porté en plein jour. Plus qu’une simple provocation, la pièce s’attaque joyeusement à nos préjugés, nos hypocrisies. Et le kvetch, si encombrant, va finir par prendre le pas sur le comportement, lisse et poli, des protagonistes, guidé par leur surmoi social. Il ouvre les portes à leur liberté…
Sur le plateau aussi la voie est libre : cinq chaises ou un gigantesque drap blanc (et le violon de Bertrand Causse) suffisent à le meubler, et à souligner avec malice les surgissements de la pensée intime. Sophie Lecarpentier a bien saisi l’ambigüité de la pièce et nous en livre une version intelligente et fine. Elle joue sur la théâtralité de la langue et se permet aussi bien des audaces dans la direction d’acteurs, en leur offrant une partition jubilatoire.

Ils ne tirent jamais le spectacle vers la vulgarité, alors qu’ils auraient pu tomber dans le panneau, tant la pièce regorge d’expressions ordurières. Toujours sur le fil d’une émotion latente qui leur confère une humanité, au-delà des figures caricaturales qu’ils incarnent.
« Pour moi, Kvetch est un vaudeville et une tragédie shakespearienne, dit la metteuse en scène. Par sa théâtralité originale, la pièce réussit à mêler ainsi politique et humour, dénonciation et sensualité. C’est une pièce qui parle du théâtre et de la liberté folle du plateau (…) même celle de dire avec les mots, ce que les mots ne peuvent, et n’osent, au quotidien, formuler.»
Une heure quinze de plaisir tonique.

 Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 21 février T. 01 44 95 98 21
Le texte est publié chez Actes Sud-Papiers.

 

 

 

 


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