La Chambre de Milena

La chambre de Milena, texte et mise en scène de Filip Forgeau

 

hva5ndbeszeq6wtyf5bk « On dit d’elle qu’elle est née le 10 août 1896 à Prague. On dit d’elle que ses excentricités choquaient la mentalité provinciale des Praguois. (…) On dit d’elle qu’elle a eu à faire plusieurs fois à la police, la première fois pour avoir cueilli des magnolias dans un jardin public.(…) On dit d’elle que son premier article, intitulé Noël dans la ville affamée, est paru dans le journal Tribuna le 20 décembre 1919. (…) On dit d’elle qu’elle a été membre du parti communiste (…)  On dit d’elle qu’elle a été une figure essentielle de l’émancipation de la femme. (…) On dit d’elle, à qui Franz Kafka avait écrit : «Toi, si vivante, et qui vit à de telles profondeurs… », qu’elle meurt, déportée, le 17 mai 1944, à Ravensbrück (…). »
Une voix off, égrène ces phrases en guise d’épilogue et d’épitaphe à Milena Jesenskà, traductrice en langue tchèque et muse de Franz Kafka. Filip Forgeau, fasciné par les chambres d’écrivains, «lieu d’observation et d’introspection, lieu à la frontière du dedans et du dehors», propose, avec Les Chambres, une série de portraits fictionnels dont Rosa Liberté (Rosa Luxemburg), ou La Chambre d’Anaïs (Anais Nin)…
Ici, il nous invite chez Milena, la vraie, qu’il présente en pleine lumière, et non plus dans l’ombre de l’auteur praguois.
A partir des articles, correspondances et d’un récit autobiographique Vivre, il compose un portrait contrasté de cette jeune femme, tantôt juvénile et facétieuse, tantôt inquiète, minée par d’étranges prémonitions, et enflammée par des convictions politiques radicales, souvent plongée dans des rêves douloureux, que souligne le son d’un micro aux fortes réverbérations.
Parfois, elle regarde le monde par sa fenêtre. Lui parviennent rumeurs du fascisme naissant, grondements de la guerre, et roulement des longs et lourds convois vers la mort. Elle s’indigne. Et, de séquence en séquence, elle dialogue avec son étrange amoureux errant au royaume des ombres, par le biais de la voix enregistrée de Daniel Mesguish, parfait en fantôme de Franz Kafka.
Le metteur en scène maîtrise les artifices du théâtre: miroirs, velours rouges, livres, objets du quotidien créent un univers féminin sur le plateau exigu; lumières et bande-son accompagnent l’actrice dans son solo. A l’avant-scène, une servante éclaire des bribes de confidences adressées au public.
Soizic Gourvil incarne une Milena douce et vive. Plus à l’aise dans le côté  enfantin et lumineux que dans le versant sombre du personnage. «T’aimer, lui écrivait Franz Kafka, c’est comme entrer avec une barque dans une petite baie naturelle.» Elle interprète la rêveuse, plutôt que la pasionaria, qui, dès l’occupation de la Tchécoslovaquie par l’armée nazie, entra dans la Résistance et fut arrêtée par la Gestapo en novembre 1939.
En contrepoint de ce monologue, s’esquisse la présence en creux de Franz. Le timbre sensuel et feutré de Daniel Mesguich donne toute sa dimension au poème dramatique, au risque de reléguer l’héroïne à la figure d’égérie que la postérité lui a réservée et qui a éclipsé les aspects de sa personnalité complexe. Mais l’écriture fluide et rythmée, le sens de la mise en scène de Filip Forgeau confirment son talent d’homme de théâtre.

 Mireille Davidovici

Théâtre de l’Atalante, jusqu’au 22 février.  T.: 01 46 06 11 90.
Le texte est publié aux éditions Le bruit des autres.
Rosa Liberté sera présentée au Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes, du 10 au 27 mars.

 

 


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