Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal

Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal, mise en scène et adaptation de Laurent Fréchuret

 2771454499267Un vrombissement inquiétant, un claquement de câbles et l’écho d’une mécanique féroce qui annonce la vie urbaine et le réveil d’un nouveau Métropolis, quelque part dans l’obscurité.  Soudain, une ampoule se balance au bout d’un fil et éclaire à peine le visage d’un homme dégoulinant de sueur et taché d’encre. Puis le corps entier de l’acteur se dégage d’un nuage de poussière épaisse et révèle une créature soumise, prise comme un rat dans la saleté d’un trou noir. On en a presque la nausée!
Hanta a ainsi passé trente-cinq années dans cet endroit sans fenêtre, avec cette presse mécanique vrombissante, un monstre conçu pour broyer des tonnes de papier destiné à être recyclé. Dans cette masse de feuilles imprimées, des œuvres fondatrices des grandes civilisations!
Hanta et cette presse participent à la solution finale de la culture du monde mais il possède une âme de poète, et, curieux, aime lire. La propagande des pouvoirs en place n’a pas réussi à éradiquer sa soif d’apprendre. Toute la différence est là. Les yeux de Thierry Gibault brillent d’une lueur étrange, et son soliloque  ressemble alors d’un délire total.
Hanta accumule en effet toute la poésie et la philosophie, les œuvres de Schiller, Nietzsche, Shakespeare, mais aussi le Talmud, le Coran et la Bible. Cette lecture l’étourdit et l’exalte à la fois. Il sortira de l’ombre et de la solitude de ce lieu souterrain mais  les bruits du monde l’assourdiront.
Hallucinations, fantasmes et véritables perversions de la mémoire familiale surgissent du discours de cet homme solitaire et pitoyable qui tient à peine debout. Hanta devient une figure emblématique de l’abjection  et évoque une victime de la torture, ou le personnage de K poursuivi par les ombres du pouvoir, ou encore l’immigrant de Bernard-Marie Koltès hurlant sa frustration.   

Thierry Gibault assume magnifiquement ce soliloque et incarne un personnage illuminé par sa mission: sauvegarder l’humanité au bord de la destruction et refaire le monde à sa manière. Avec l’expression du comique, du grotesque, et avec la tristesse d’une vision profondément tragique face au totalitarisme de gens  pour qui la modernité possède les clefs de sa propre destruction. Principe de base effrayant mais Thierry Gibault  apporte une grande dignité au personnage et nous emmène très loin.
Laurent Fréchuret a conçu une version scénique de ce roman publié à Prague en 1976 mais aussitôt interdit; le spectacle a quelque chose de fascinant, bien servi par Thierry Gibault qui alterne moments comiques et récits d’un réalisme fulgurant, en passant par le grotesque le plus pur. Il dessine ainsi l’histoire du monde contemporain dans une perspective actuelle et passe d’un monde totalitaire taché de matière fécale, vers une modernité aseptisée, quand on met fin à la contestation ouvrière en transformant les êtres humains en robots obéissants.
Les paradoxes abondent, puisque le metteur en scène a su garder la forme poétique du roman de Bohumil Hrabal. Thierry Gibault, avec envolées mystiques, hallucinations dignes d’un film expressionniste et glissements vers un hyper-réalisme bouleversant, a su capter l’envolée spirituelle de ce Hanta, à la fois poète et esprit délirant, que des tonnes de papier qui n’ont jamais arrêté de l’attirer, finiront par l’engloutir.

 Malgré la présence majestueuse de Thierry Gibault,  la magie de ce monde grotesque perd par moments de son intensité. A cause d’insuffisances provisoires de la mise en scène ? Mais l’ensemble reste envoûtant : un  moment de grand théâtre…

 Alvina Ruprecht 

Théâtre de Belleville, 75011 Paris jusqu’au 29 mars. T : 01-48-06-72-34. 
Théâtre des Halles à Avignon du 7 au 30 juillet. T: 04 32 76 24 51.

 


Archive pour 9 février, 2016

Adieu Michel Nowak

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Adieu Michel Nowak 

   De nombreux artistes qu’il avait formés aux Noctambules des Arènes de Nanterre, ont rendu un dernier hommage à cet homme ouvert et généreux qui créa un lieu de liberté artistique avec trois  chapiteaux, environnés de nouvelles constructions menaçantes…
 Il reposait dans son cercueil environné de fleurs dans le premier chapiteau, et une session de numéros lui furent dédiés. D’abord Leïla qui manipule une petite marionnette, puis un chanteur tzigane, Chloé et Rémi acrobates, les Frères Kazamaroff, Michel et Antoinette, et Archaos.
Le premier gardien du chapiteau a rappelé que, comme en Afrique, «lorsqu’un ancien meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. Il nous a laissé les portes grandes ouvertes». Depuis 1985, a dit Carine, nous avons eu carte blanche pendant sept ans. «Qu’est-ce qu’on a ri ensemble ! dit-elle. Il faut faire pousser de nouvelles fleurs dans le bitume. C’était un accoucheur d’artistes que nous devons ressusciter chaque jour ! ».
Un entracte pour se restaurer, puis on se retrouve sous un autre chapiteau avec la cabriole pour une chanson de Claude Reboul, Marijka dans les fils d’araignée, Marcel,  un guitariste-clown. Tous élèves de Michel Nowak, qui ont évoqué ce qu’était une semaine de vie pour lui. La soirée s’est prolongé tard dans la nuit.
Notre dernière rencontre, c’était La Belle Rouge de Saint-Amant-Roche-Savine, le festival de la compagnie Jolie Môme en 2014, où il était venu installer ses chapiteaux. Il se savait déjà malade…

Edith Rappoport

Les Noctambules  aux Arènes de Nanterre le 4 février.

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