Un héros de notre temps, d’après Mikhail Lermontov

Un héros de notre temps, d’après l’œuvre de Mikhail Lermontov, chorégraphie de Yuri Possokhov, scénographie, costumes, adaptation et mise en scène de Kirill Serebrennikov.

FullSizeRender«Le héros de notre temps, mes très chers lecteurs, est réellement un portrait, mais non celui d’un seul individu. Ce portrait a été composé avec tous les vices de notre génération, vices en pleine éclosion. À cela, vous me répondrez qu’un homme ne peut être aussi méchant : mon Dieu ! Si vous croyez à la possibilité de l’existence de tous les scélérats de tragédie et de romans, pourquoi ne croiriez-vous pas que Pechorin ait pu être ce qu’il est dans ce livre ? Si vous avez aimé des fictions beaucoup plus effrayantes et plus difformes, pourquoi ce caractère ne trouverait-il pas grâce auprès de vous, comme toute autre fiction ? Peut-être se rapproche-t-il plus de la vérité que vous ne le désirez, disait Mikhail Lermontov  à propos de son personnage.
 Kirill Serebrennikov a adapté pour les danseurs du Bolshoi, Bela, Taman, et La Princesse Mary, trois nouvelles de cette œuvre dont l’action se situe entre 1827 et 1833, pour ce spectacle créé l’été dernier avec succès, et maintenant au répertoire de cette grande institution.
L’adaptation chorégraphique suit strictement l’œuvre de Mikhail Lermontov; les aventures de Pechorin, sont ici contées par un narrateur dans Bela, et par le héros lui-même dans les deux autres parties. Le projet initial avait été conçu par Sergey Filin, ex-directeur artistique du Ballet du Bolshoi, victime d’une agression en 2013 qui voulait créer cette œuvre. Il en avait confié la scénographie à Kirill Serebrennikov, et la chorégraphie à Yuri Possokhov.
  L’orchestre joue avec fougue la belle partition aux tonalités classiques d’Ilya Demutsky, jeune compositeur célèbre pour sa musique d’ouverture  des J.O. d’hiver 2014, à Sotchi. Chaque volet du triptyque débute par un solo instrumental, comme celui, remarquable, au saxophone, accompagnant le monologue de Pechorin dans La Princesse Mary.
 Yuri Possokhov met en valeur les mouvements du corps de ballet plutôt masculin et les pas-de-deux, d’une grande sensualité, et très appréciés du public russe.

  Scénographie, dramaturgie, et didascalies du roman dites en voix off, rendent très lisibles ces trois histoires. Le thème de Bela est tristement actuel :  Pechorin, un officier, interprété par  Michail Lobukhin a été envoyé dans le Caucase. «Alors l’ennui me vient, raconte le jeune homme. (…) Bientôt, on m’envoya dans le Caucase : ce fut la période la plus heureuse de ma vie. J’espérais que l’ennui ne survivrait pas sous les balles tchétchènes…».
Une forteresse domine la scène. Là, il séduit Bela, une belle musulmane voilée (interprétée avec grâce par Ana Turazashvili) qui sera lapidée par des montagnards de sa communauté  voyant cette union comme un déshonneur !
 La scénographie réaliste de Taman nous transporte dans un port de la Mer noire, où Pechorin, dansé par  Artem Ovcharenko,  tombe amoureux d’une étrange beauté, Udine, la sculpturale danseuse-étoile Ekaterina Shipulina, rayonnante dans une robe rouge. Au cours d’un rêve, les amoureux s’engagent dans un beau duo tendre et violent, mais la réalité est toute autre : Udine est en fait la compagne de Yanko, chef des contrebandiers. Pechorin, rejeté, se retrouvera à nouveau seul.
Certains tableaux font penser à une comédie musicale de Broadway. La princesse Mary clôt ce triptyque en beauté. Pechorin, Ruslan Skvortsov, tombe amoureux de Mary  mais en même temps que Grushnitski, un sous-officier claudicant interprété par le touchant Denis Savin.
Mikhail Lermontov dévoile le caractère ironique de son héros : «Il parle vite et abondamment, dit Pechorin de son rival Grushnitski, et il est de ces hommes qui ont pour toutes les situations de la vie quelques phrases prêtes à temps ; de ces hommes que la beauté simple n’émeut pas et qui se drapent dans des passions extraordinaires et des souffrances exclusives.»
  Nous sommes dans un beau et  grand gymnase en bois blanc, où se côtoient princesses, ballerines et officiers. Les hommes font du sport et les femmes dansent. Trois de ces officiers, interprétés par des handicapés en chaise roulante de la Fédération russe de danse et sport, participent brillamment à l’ensemble du spectacle.
Svetlana Zakharova, prima ballerina de la Scala de Milan et étoile du Bolshoi,  en  robe blanche, impressionnante, joue Mary saluée de bravos à chacune de ses apparitions. Vera, dansée par Kristina Kretova que nous avions appréciée dans L’Appartement de Mats Ek, (voir Le Théâtre du Blog), entre en concurrence avec Mary dans le cœur de Pechorin, et un duel au pistolet opposant les deux soupirants, se conclura par la mort de Grushnitski, montré ici comme le véritable «héros de notre temps », un homme au destin fragile,  à l’image de Mikhail Lermontov mort dans un duel à vingt-sept ans.
« L’âme est en moi corrompue par le monde, mon imagination est inquiète, mon cœur est insatiable, écrivait le célèbre écrivain russe ; donnez-moi  tout, c’est encore trop peu. »
Ce troisième volet possède tous les critères du romantisme… Aux saluts, le public a longuement ovationné tous les artistes, et à juste raison.  

Jean Couturier  

 Spectacle au répertoire du Bolshoi et repris en mars.
www.bolshoi.ru

 


Archive pour 14 février, 2016

Un héros de notre temps, d’après Mikhail Lermontov

Un héros de notre temps, d’après l’œuvre de Mikhail Lermontov, chorégraphie de Yuri Possokhov, scénographie, costumes, adaptation et mise en scène de Kirill Serebrennikov.

FullSizeRender«Le héros de notre temps, mes très chers lecteurs, est réellement un portrait, mais non celui d’un seul individu. Ce portrait a été composé avec tous les vices de notre génération, vices en pleine éclosion. À cela, vous me répondrez qu’un homme ne peut être aussi méchant : mon Dieu ! Si vous croyez à la possibilité de l’existence de tous les scélérats de tragédie et de romans, pourquoi ne croiriez-vous pas que Pechorin ait pu être ce qu’il est dans ce livre ? Si vous avez aimé des fictions beaucoup plus effrayantes et plus difformes, pourquoi ce caractère ne trouverait-il pas grâce auprès de vous, comme toute autre fiction ? Peut-être se rapproche-t-il plus de la vérité que vous ne le désirez, disait Mikhail Lermontov  à propos de son personnage.
 Kirill Serebrennikov a adapté pour les danseurs du Bolshoi, Bela, Taman, et La Princesse Mary, trois nouvelles de cette œuvre dont l’action se situe entre 1827 et 1833, pour ce spectacle créé l’été dernier avec succès, et maintenant au répertoire de cette grande institution.
L’adaptation chorégraphique suit strictement l’œuvre de Mikhail Lermontov; les aventures de Pechorin, sont ici contées par un narrateur dans Bela, et par le héros lui-même dans les deux autres parties. Le projet initial avait été conçu par Sergey Filin, ex-directeur artistique du Ballet du Bolshoi, victime d’une agression en 2013 qui voulait créer cette œuvre. Il en avait confié la scénographie à Kirill Serebrennikov, et la chorégraphie à Yuri Possokhov.
  L’orchestre joue avec fougue la belle partition aux tonalités classiques d’Ilya Demutsky, jeune compositeur célèbre pour sa musique d’ouverture  des J.O. d’hiver 2014, à Sotchi. Chaque volet du triptyque débute par un solo instrumental, comme celui, remarquable, au saxophone, accompagnant le monologue de Pechorin dans La Princesse Mary.
 Yuri Possokhov met en valeur les mouvements du corps de ballet plutôt masculin et les pas-de-deux, d’une grande sensualité, et très appréciés du public russe.

  Scénographie, dramaturgie, et didascalies du roman dites en voix off, rendent très lisibles ces trois histoires. Le thème de Bela est tristement actuel :  Pechorin, un officier, interprété par  Michail Lobukhin a été envoyé dans le Caucase. «Alors l’ennui me vient, raconte le jeune homme. (…) Bientôt, on m’envoya dans le Caucase : ce fut la période la plus heureuse de ma vie. J’espérais que l’ennui ne survivrait pas sous les balles tchétchènes…».
Une forteresse domine la scène. Là, il séduit Bela, une belle musulmane voilée (interprétée avec grâce par Ana Turazashvili) qui sera lapidée par des montagnards de sa communauté  voyant cette union comme un déshonneur !
 La scénographie réaliste de Taman nous transporte dans un port de la Mer noire, où Pechorin, dansé par  Artem Ovcharenko,  tombe amoureux d’une étrange beauté, Udine, la sculpturale danseuse-étoile Ekaterina Shipulina, rayonnante dans une robe rouge. Au cours d’un rêve, les amoureux s’engagent dans un beau duo tendre et violent, mais la réalité est toute autre : Udine est en fait la compagne de Yanko, chef des contrebandiers. Pechorin, rejeté, se retrouvera à nouveau seul.
Certains tableaux font penser à une comédie musicale de Broadway. La princesse Mary clôt ce triptyque en beauté. Pechorin, Ruslan Skvortsov, tombe amoureux de Mary  mais en même temps que Grushnitski, un sous-officier claudicant interprété par le touchant Denis Savin.
Mikhail Lermontov dévoile le caractère ironique de son héros : «Il parle vite et abondamment, dit Pechorin de son rival Grushnitski, et il est de ces hommes qui ont pour toutes les situations de la vie quelques phrases prêtes à temps ; de ces hommes que la beauté simple n’émeut pas et qui se drapent dans des passions extraordinaires et des souffrances exclusives.»
  Nous sommes dans un beau et  grand gymnase en bois blanc, où se côtoient princesses, ballerines et officiers. Les hommes font du sport et les femmes dansent. Trois de ces officiers, interprétés par des handicapés en chaise roulante de la Fédération russe de danse et sport, participent brillamment à l’ensemble du spectacle.
Svetlana Zakharova, prima ballerina de la Scala de Milan et étoile du Bolshoi,  en  robe blanche, impressionnante, joue Mary saluée de bravos à chacune de ses apparitions. Vera, dansée par Kristina Kretova que nous avions appréciée dans L’Appartement de Mats Ek, (voir Le Théâtre du Blog), entre en concurrence avec Mary dans le cœur de Pechorin, et un duel au pistolet opposant les deux soupirants, se conclura par la mort de Grushnitski, montré ici comme le véritable «héros de notre temps », un homme au destin fragile,  à l’image de Mikhail Lermontov mort dans un duel à vingt-sept ans.
« L’âme est en moi corrompue par le monde, mon imagination est inquiète, mon cœur est insatiable, écrivait le célèbre écrivain russe ; donnez-moi  tout, c’est encore trop peu. »
Ce troisième volet possède tous les critères du romantisme… Aux saluts, le public a longuement ovationné tous les artistes, et à juste raison.  

Jean Couturier  

 Spectacle au répertoire du Bolshoi et repris en mars.
www.bolshoi.ru

 

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