Le Coup droit lifté de Marcel Proust

Le Coup droit lifté de Marcel Proust, d’après Du côté de chez Swann de Marcel Proust, création collective des Possédés dirigée par Rodolphe Dana

   8-prous4Le titre de cette performance est  inspiré de la technique du tennis :tandis que le coup droit est effectué bras ouvert, du côté de la main qui tient la raquette, on imprime un lift à la balle afin que sa rotation suive le sens de sa trajectoire bombée qui prend de la vitesse au moment du rebond.
Ce parcours physique et aérien pourrait être métaphorique de la tension de la phrase proustienne, si bien articulée, ordonnançant, précisant encore et se reprenant sans cesse. D’un côté du balancier, l’œil du spectateur contemple la balle dans le ciel, la beauté du geste, et de l’autre, le regard de l’observateur réfléchit et interprète.
La mise en scène dirigée par Rodolphe Dana éclaire l’image de cette envolée sportive, évoquant la mise en lumière de l’œuvre proustienne, considérée comme une trajectoire faite de rebonds, reprises et corrections, à travers l’ensemble de ses thèmes mais aussi à l’intérieur de sa phrase romanesque.
À la recherche du temps perdu suit l’itinéraire du héros-narrateur, traversée patiente des lieux,  milieux et temps, au hasard de rencontres amicales, amoureuses ou mondaines, et d’ expériences disséminées au fil du récit.

 Du côté de chez Swann évoque l’enfance à Combray, la mer à Balbec, l’amour de Marcel Proust pour sa mère et Gilberte Swan. Cette soirée commence dans la nuit de la mémoire et de l’imaginaire, avec un noir scénique et avec l’écoute simultanée de la voix de la vieille Céleste, gouvernante et confidente de Marcel Proust, qui assista l’écrivain dans ses derniers moments.
  Antoine Kahan contrefait cette voix âgée et l’articulation discursive de l’époque, en un moment émouvant d’amitié dévouée. Suit l’attente dans le soir, du baiser maternel pour l’enfant couché, le futur narrateur , avant qu’il ne s’endorme, leitmotiv fondateur.
  Grand-mère, parents et invités sont à table dans le jardin, et le grelot de la porte d’entrée sonne quand Swan vient faire sa visite. La vue des clochers de Martinville participe de cette quête de la saisie du temps et de son sens : arbres aux  feuillages mouvants soumis aux aléas du vent, musique légère et intime mêlée à des souvenirs de parfums de fleurs et feuilles.
 L’épisode de la petite madeleine fait son petit effet: réminiscence, extase de la mémoire et moment de bonheur qui n’apporte pas encore de résolution au sentiment de la perte du temps.
Un ébranlement préparateur pourtant à la compréhension de l’aventure romanesque, qui n’est comprise qu’à la fin, au Temps retrouvé, au-delà du vieillissement et du passé vécu. Et ici, les instants et les personnages se succèdent : belle dignité de Katja Hunsinger  avec petit col claudine blanc sur haut et pantalons noirs -, convaincante Marie-Hélène Roig au chemisier de soie claire, Antoine Kahan – chemise et gilet blanc, qui joue la suffisance grotesque du bourgeois Legrandin, parvenu en mal de reconnaissance. Le long poème en prose est aussi un roman social.
Mémoire involontaire ou pas du spectateur, rien de ce qui a été déclamé de La Recherche n’est perdu, comme rien n’est perdu, de ce qu’a vécu le narrateur.

Un spectacle restreint certes, mais absolument  juste et sincère dans l’éloge de la musicalité proustienne, de son chant entêtant sur l’art lié au sentiment existentiel.

Véronique Hotte

Théâtre de la Bastille jusqu’au 19 février. T : 01 43 57 42 14.

 

 

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