Le Système pour devenir invisible

Le Système pour devenir invisible, texte et mise en scène de Guillermo Pisani

 

2801445335150En fouillant à peine, on découvre sur Internet que des militaires (toujours à la pointe, on doit leur reconnaître cette vertu) font des recherches sur des peintures qui rendraient les avions indétectables aux radars : une histoire de nanotubes de carbone…
Heiner, le Berlinois «alternatif» imaginé par Guillermo Pisani n’a, lui, rien d’un militaire : juste un fou d’informatique et de systèmes de surveillance qui ne surveille que son modeste appartement et renvoie à l’impasse d’un logiciel. À moins que… Ce soir-là, après une nuit dans un squat devenu boîte branchée, il ramène chez lui Mia, une jeune Française.
Rencontre, malaise. Se mêlent à l’affaire : le mari de Mia, ses voisins Inge et  Ralfy qui lui-même se prend alternativement pour Wolf Bierman, chanteur de R.D.A. déchu de sa nationalité (tiens, tiens…), pour Nina Hagen (dernière période, mais toujours avec des pompons sur ses couettes), et Trudy, performeuse à la mini-caméra très, très exploratrice.
Qui est qui ? Ça vacille, dans un Berlin mouvant tel qu’on l’imagine chez nous. Oui, mais…L’auteur fait, logiquement, parler les Allemands en allemand, et les Français, en français, avec un sous-titrage mis au point par Heiner lui-même qui rend le déroulement des choses très clair, et tout aussi hallucinatoire.
  Ce tricotage de fiction et de réalité est ici un régal d’intelligence et d’humour pince sans rire. Une ironie douce et une légère angoisse comme philosophie de l’existence… Au-delà d’une réflexion sur le vrai qui serait fugitif, glissant, s’échappant à chaque instant, éminemment remplaçable, la pièce s’interroge, et nous interroge, sur notre rapport avec l’histoire.
Pour l’auteur et pour son personnage, Wolf Birmann est une pure figure historique. Pour ceux qui ont connu cette époque, la nuance, de taille, fait partie du jeu, mais cette fiction drôle et inquiétante, « no future », n’est pas qu’un jeu. La grande histoire y fait un retour fracassant : on apprendra qu’il existe aussi de l’irréversible, du côté d’un terrorisme resurgissant. Quant au système pour devenir invisible : adressez vous à Liu Bolin, le jeune artiste chinois reconnu qui se peint caché dans ses toiles.
  Les comédiens sont épatants, pour employer un adjectif  non contemporain, et ce qui se passe sur cette petite scène fonctionne bien, dans une chambre-loft-atelier d‘un très vraisemblable bidouilleur d’objets électroniques, amateur de rock-métal et peut-être espion d’on ne sait (lui non plus) quelle puissance étrangère.
Ça ressemble à un scénario de bande dessinée pour jeunes adultes: vertigineuse, vraiment intelligente, désabusée, drôle, et même tendre. À saisir si le spectacle passe à votre portée…

 Christine Friedel

Théâtre de Belleville, Paris jusqu’au  dimanche 28 février. T : 01 48 06 72 34.
Théâtre de la Tête Noire à Saran (45) le 22 avril. T : 02 38 73 02 00, et en tournée …


Archive pour 27 février, 2016

Le Système pour devenir invisible

Le Système pour devenir invisible, texte et mise en scène de Guillermo Pisani

 

2801445335150En fouillant à peine, on découvre sur Internet que des militaires (toujours à la pointe, on doit leur reconnaître cette vertu) font des recherches sur des peintures qui rendraient les avions indétectables aux radars : une histoire de nanotubes de carbone…
Heiner, le Berlinois «alternatif» imaginé par Guillermo Pisani n’a, lui, rien d’un militaire : juste un fou d’informatique et de systèmes de surveillance qui ne surveille que son modeste appartement et renvoie à l’impasse d’un logiciel. À moins que… Ce soir-là, après une nuit dans un squat devenu boîte branchée, il ramène chez lui Mia, une jeune Française.
Rencontre, malaise. Se mêlent à l’affaire : le mari de Mia, ses voisins Inge et  Ralfy qui lui-même se prend alternativement pour Wolf Bierman, chanteur de R.D.A. déchu de sa nationalité (tiens, tiens…), pour Nina Hagen (dernière période, mais toujours avec des pompons sur ses couettes), et Trudy, performeuse à la mini-caméra très, très exploratrice.
Qui est qui ? Ça vacille, dans un Berlin mouvant tel qu’on l’imagine chez nous. Oui, mais…L’auteur fait, logiquement, parler les Allemands en allemand, et les Français, en français, avec un sous-titrage mis au point par Heiner lui-même qui rend le déroulement des choses très clair, et tout aussi hallucinatoire.
  Ce tricotage de fiction et de réalité est ici un régal d’intelligence et d’humour pince sans rire. Une ironie douce et une légère angoisse comme philosophie de l’existence… Au-delà d’une réflexion sur le vrai qui serait fugitif, glissant, s’échappant à chaque instant, éminemment remplaçable, la pièce s’interroge, et nous interroge, sur notre rapport avec l’histoire.
Pour l’auteur et pour son personnage, Wolf Birmann est une pure figure historique. Pour ceux qui ont connu cette époque, la nuance, de taille, fait partie du jeu, mais cette fiction drôle et inquiétante, « no future », n’est pas qu’un jeu. La grande histoire y fait un retour fracassant : on apprendra qu’il existe aussi de l’irréversible, du côté d’un terrorisme resurgissant. Quant au système pour devenir invisible : adressez vous à Liu Bolin, le jeune artiste chinois reconnu qui se peint caché dans ses toiles.
  Les comédiens sont épatants, pour employer un adjectif  non contemporain, et ce qui se passe sur cette petite scène fonctionne bien, dans une chambre-loft-atelier d‘un très vraisemblable bidouilleur d’objets électroniques, amateur de rock-métal et peut-être espion d’on ne sait (lui non plus) quelle puissance étrangère.
Ça ressemble à un scénario de bande dessinée pour jeunes adultes: vertigineuse, vraiment intelligente, désabusée, drôle, et même tendre. À saisir si le spectacle passe à votre portée…

 Christine Friedel

Théâtre de Belleville, Paris jusqu’au  dimanche 28 février. T : 01 48 06 72 34.
Théâtre de la Tête Noire à Saran (45) le 22 avril. T : 02 38 73 02 00, et en tournée …

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