Navire Night

Navire Night de Marguerite Duras, mise en scène d’Armel Veilhan

Le Navire Night_16Étrange actualité de ce texte, monté par Claude Régy avec Bulle Ogier et Michael Lonsdale en 1979, au théâtre Edouard VII,  qui venait d’être inscrit aux monuments historiques…
Le metteur en scène, sans doute l’un des premiers, avait  fait jouer ses comédiens sur le plateau nu…
Navire Night, c’est l’histoire d’un amour impossible, très actuel puisque la relation entre l’homme et la femme se fait au téléphone, à l’époque (le Moyen-Age!) dans l’anonymat de lignes non attribuées à Paris. Maintenant bien sûr, et c’est dans l’air du temps, avec des portables qui dominent notre monde.
Marguerite Duras invente ici un amour, brûlant et jamais consommé, entre un homme et une femme  qui l’appelle sans cesse, pour lui prodiguer des caresses insensées. Il n’a ni son nom, ni son numéro, mais est saisi d’une ivresse sensuelle dont il devient peu à peu prisonnier.
Les partenaires, loin l’un de l’autre, pris d’une impatience irrésistible, ne se touchent qu’en paroles, et ne se verront jamais. Les amours les plus sensuelles seraient-elles celles qu’on n’a jamais jamais consommées? Et celles que l’on n’oubliera pas… Ici, la femme mène cette danse érotique imaginaire.
Armel Veilhan a répété trois semaines dans cet accueillant centre de création, attenant à l’atelier de décors, de Lilas en scène. Encore fragile, ce Navire Night avec Marie Fortuit et Antoine Formica, se révèle prometteur. Avec des dialogues toujours aussi brillants.  » Et soudain jaillit en eux ce désir primitif, disait Marguerite Duras. Ce gouffre primitif du désir qui nous relie, aux hommes du Moyen âge. Parce que ce cri réside toujours en nous.  »

Edith Rappoport

Spectacle vu le 5 février au Théâtre Le Garde-Chasse, 181 rue de Paris 93260 Les Lilas, (à deux minutes à pied du métro Mairie des Lilas.)


Archive pour février, 2016

4.48 Psychose

4.48 Psychose de Sarah Kane, traduction d’Evelyne Pieiller, mise en scène de Sara Llorca et Charles Vitez, chorégraphie DeLaVallet Bidiefono, musique de Benoît Lugué et Mathieu Blardone

 

424fdf57ed391ace7bdb68dbfa5fdfd1Née en 71, après des études de théâtre, Sarah  Kane avait écrit une première pièce Blasted (Anéantis) jouée au Royal Court (elle avait 24 ans), une histoire de viol dans une chambre d’hôtel en relation avec la violence de la guerre de Bosnie. Accablée par les critiques anglais mais soutenue par Edward Bond et Harold Pinter!
Elle écrira deux ans plus tard L’Amour de Phèdre, librement adapté de Phèdre de Sénèque, puis Purifiés et Manque. Après 4.48 Psychose, qu’elle venait d’écrire en 1999, elle se pend dans les toilettes de l’hôpital King’s College de Londres. Elle avait vingt-huit ans…. Depuis, elle a été reconnue comme une dramaturge importante de cette fin de XXème siècle, et ses pièces ont été depuis souvent jouées en Angleterre mais aussi en France comme entre autres, 4.48 Psychose avec Isabelle Huppert, mise en scène de Claude Régy.
«La pièce parle d’une dépression psychotique. Et de ce qui arrive à l’esprit d’une personne quand disparaissent complètement les barrières distinguant la réalité des diverses formes de l’imagination. Si bien que vous ne faites plus la différence entre votre vie éveillée et votre vie rêvée, dit Sarah Kane. »
Du personnage féminin que l’on suppose jeune mais, comme ceux du théâtre antique grec, on ne saura pas grand chose, pas même un prénom. Elle a un besoin évident d’être entendue: Et à la question  du début: « Un très long silence – Mais vous avez des amis. Un long silence – Vous avez beaucoup d’amis. Qu’offrez-vous à vos amis pour qu’ils soient un tel appui” , il n’y aura jamais de réponse.

  La jeune femme veut en finir avec la vie, et accepte sans trop d’illusions mais avec amertume, les médicaments que le psychiatre lui prescrit: “Fermons les fonctions de mon cerveau et peut-être que je serai un plus foutue de vivre”.  Elle s’adresse  à tout le monde à la fois mais aussi à ce médecin qui, comme les autres, fait ce qu’il peut mais semble désemparé devant cette conduite suicidaire; la place de cette jeune femme est-elle bien dans un hôpital?
Mais qui peut arriver à soutenir une telle malade mentale qui n’arrive plus, avec ses mots à elle, à communiquer sa vérité personnelle aux autres, quelle que soit son intelligence et  sa lucidité? “J’écris pour les morts, dit-elle, pour ceux qui ne sont pas nés.”(…)  » Validez-moi  Observez-moi  Voyez-moi  Aimez-moi. ”En fait, tout le texte a pour thème l’intime déchirure entre âme et corps, que Sarah Kane devait porter en elle depuis l’enfance et ce  questionnement existentiel qui n’a cessé de la tourmenter, jusqu’au délire, puis au suicide .
« Après 4h 48, je ne parlerai plus Je suis arrivée à la fin de cette  effrayante, de cette répugnante conscience interne dans une carcasse étrangère et crétinisée par l’esprit malveillant de la majorité morale. Il y a longtemps que je suis morte, Retour à mes racines, Je chante sans espoir sur la frontière”.  Avec au bout du tunnel, la mort assumée comme conclusion logique d’une vérité intime qu’elle n’a jamais pu trouver.

  La jeune femme prévoit de se suicider. Volonté de se tuer? Non pas vraiment. Chez Sarah Kane, il s’agit d’autre chose, même si elle a du mal à le définir : «Je n’ai aucun désir de mort. Aucun suicidé n’en a. »Cette mort « hypo-volontaire » comme elle le  dit, s’apparente à un profond désir d’en finir avec la terrible souffrance psychique qui la torture.
Tout se passe comme si cette mal-aimée voudrait l’être mieux, totalement, grâce à sa disparition physique, ( incompatible mais tout à fait logique pour elle!) grâce aussi au medium théâtre où elle peut enfin rencontrer les autres. Même si cela se situe dans l’au-delà. “«Regardez-moi disparaître regardez-moi disparaître regardez-moi, regardez-moi,  regardez…s’il vous plaît levez le rideau. »
4.48 Psychose se présente comme le  récit  de la vie de cette jeune femme en colère, parfois accablée mais très lucide, enfermée dans un univers auquel le psychiatre ne peut avoir accès. Monologues intérieurs, bribes de dialogue se succèdent. Intelligence, lucidité du personnage sur elle-même et sur les autres mais aussi animalité et surgissement de l’inconscient qu’il faut ici faire passer de l’interprète au public, sans accentuer ce délire aux confins de la spiritualité de cette jeune femme, catholique jusqu’à dix-sept ans…
 Pari donc pas facile à gagner! D’autant plus que le texte n’a pas de personnage. «Nous traçons une ligne ininterrompue, dit Sara Llorca, recréant ainsi une cohérence, une logique entre les prises de paroles. » Mais comment trouver le fil rouge de cette jeune femme réputée psychotique  rongée par l’angoisse dont l’existence est ponctuée de rendez-vous avec son médecin? Elle se raccroche comme elle peut à la vie, tout en n’ayant plus vraiment le goût de vivre.
 Sur scène, une jeune femme (Sara Llorca), un danseur (DeLavallet Bidiefono), et un médecin (Antonin Meyer Esquerré). Une trentaine de chaises pliantes en alu brillant d’abord disposées en rond, un micro, et dans le fond des machines à faire de la musique électronique avec Benoît Lugué et Matthieu Blardone, l’un aux commandes et l’autre à la guitare. Soit cinq personnes pour nous conter cette introspection chargée d’une certaine spiritualité, voire d’un certain mysticisme.
  Et cela fonctionne ? Oui, mais à quelques moments seulement. Ce n’était sans doute pas le bon soir (d’abord un retard de de vingt-cinq minutes à cause d’ennuis techniques !)  et la mise en scène n’avait rien d’exemplaire. Ce projet d’associer ici texte, danse et musique se justifie mal et est sans doute à mettre au rayon des fausses bonnes idées…
Sarah Llorca semblait tendue, boulait son texte qu’on entendait souvent mal à cause d’une diction  et d’une balance approximatives avec la musique. Et semblait un peu perdue dans un espace trop grand (c’est la mode actuelle mais ne s’improvise pas scénographe qui veut!). Antonin Meyer Esquerré, lui, ne semblait pas à l’aise dans ce rôle de médecin un peu caricatural.

 Bref, cette heure vingt avec de sacrées longueurs, quelques fausses fins redoutables, n’en finissait pas de finir! Mais, miracle des miracles, il y a la formidable présence de DeLavallet Bidiefono, chorégraphe et danseur congolais qu’on a déjà vu dans Sujets à vif au festival d’Avignon.
Quand il danse, le texte prend alors  un envol inespéré ; il forme avec Sara Llorca une sorte de couple pour dire «l’hermaphrodite brisé qui ne se fiait qu’à elle même», comme l’écrivait Sarah Kane. Et l’extrême fin, quand DeLavallet Bidiefono, exemplaire de sobriété et de force, dit quelques phrases en kituba, est lumineuse…
Voilà, mais exceptés ces moments privilégiés, nous sommes resté sur notre faim.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 21 février. T : 01 43 74 99 61

Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal

Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal, mise en scène et adaptation de Laurent Fréchuret

 2771454499267Un vrombissement inquiétant, un claquement de câbles et l’écho d’une mécanique féroce qui annonce la vie urbaine et le réveil d’un nouveau Métropolis, quelque part dans l’obscurité.  Soudain, une ampoule se balance au bout d’un fil et éclaire à peine le visage d’un homme dégoulinant de sueur et taché d’encre. Puis le corps entier de l’acteur se dégage d’un nuage de poussière épaisse et révèle une créature soumise, prise comme un rat dans la saleté d’un trou noir. On en a presque la nausée!
Hanta a ainsi passé trente-cinq années dans cet endroit sans fenêtre, avec cette presse mécanique vrombissante, un monstre conçu pour broyer des tonnes de papier destiné à être recyclé. Dans cette masse de feuilles imprimées, des œuvres fondatrices des grandes civilisations!
Hanta et cette presse participent à la solution finale de la culture du monde mais il possède une âme de poète, et, curieux, aime lire. La propagande des pouvoirs en place n’a pas réussi à éradiquer sa soif d’apprendre. Toute la différence est là. Les yeux de Thierry Gibault brillent d’une lueur étrange, et son soliloque  ressemble alors d’un délire total.
Hanta accumule en effet toute la poésie et la philosophie, les œuvres de Schiller, Nietzsche, Shakespeare, mais aussi le Talmud, le Coran et la Bible. Cette lecture l’étourdit et l’exalte à la fois. Il sortira de l’ombre et de la solitude de ce lieu souterrain mais  les bruits du monde l’assourdiront.
Hallucinations, fantasmes et véritables perversions de la mémoire familiale surgissent du discours de cet homme solitaire et pitoyable qui tient à peine debout. Hanta devient une figure emblématique de l’abjection  et évoque une victime de la torture, ou le personnage de K poursuivi par les ombres du pouvoir, ou encore l’immigrant de Bernard-Marie Koltès hurlant sa frustration.   

Thierry Gibault assume magnifiquement ce soliloque et incarne un personnage illuminé par sa mission: sauvegarder l’humanité au bord de la destruction et refaire le monde à sa manière. Avec l’expression du comique, du grotesque, et avec la tristesse d’une vision profondément tragique face au totalitarisme de gens  pour qui la modernité possède les clefs de sa propre destruction. Principe de base effrayant mais Thierry Gibault  apporte une grande dignité au personnage et nous emmène très loin.
Laurent Fréchuret a conçu une version scénique de ce roman publié à Prague en 1976 mais aussitôt interdit; le spectacle a quelque chose de fascinant, bien servi par Thierry Gibault qui alterne moments comiques et récits d’un réalisme fulgurant, en passant par le grotesque le plus pur. Il dessine ainsi l’histoire du monde contemporain dans une perspective actuelle et passe d’un monde totalitaire taché de matière fécale, vers une modernité aseptisée, quand on met fin à la contestation ouvrière en transformant les êtres humains en robots obéissants.
Les paradoxes abondent, puisque le metteur en scène a su garder la forme poétique du roman de Bohumil Hrabal. Thierry Gibault, avec envolées mystiques, hallucinations dignes d’un film expressionniste et glissements vers un hyper-réalisme bouleversant, a su capter l’envolée spirituelle de ce Hanta, à la fois poète et esprit délirant, que des tonnes de papier qui n’ont jamais arrêté de l’attirer, finiront par l’engloutir.

 Malgré la présence majestueuse de Thierry Gibault,  la magie de ce monde grotesque perd par moments de son intensité. A cause d’insuffisances provisoires de la mise en scène ? Mais l’ensemble reste envoûtant : un  moment de grand théâtre…

 Alvina Ruprecht 

Théâtre de Belleville, 75011 Paris jusqu’au 29 mars. T : 01-48-06-72-34. 
Théâtre des Halles à Avignon du 7 au 30 juillet. T: 04 32 76 24 51.

 

Adieu Michel Nowak

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Adieu Michel Nowak 

   De nombreux artistes qu’il avait formés aux Noctambules des Arènes de Nanterre, ont rendu un dernier hommage à cet homme ouvert et généreux qui créa un lieu de liberté artistique avec trois  chapiteaux, environnés de nouvelles constructions menaçantes…
 Il reposait dans son cercueil environné de fleurs dans le premier chapiteau, et une session de numéros lui furent dédiés. D’abord Leïla qui manipule une petite marionnette, puis un chanteur tzigane, Chloé et Rémi acrobates, les Frères Kazamaroff, Michel et Antoinette, et Archaos.
Le premier gardien du chapiteau a rappelé que, comme en Afrique, «lorsqu’un ancien meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. Il nous a laissé les portes grandes ouvertes». Depuis 1985, a dit Carine, nous avons eu carte blanche pendant sept ans. «Qu’est-ce qu’on a ri ensemble ! dit-elle. Il faut faire pousser de nouvelles fleurs dans le bitume. C’était un accoucheur d’artistes que nous devons ressusciter chaque jour ! ».
Un entracte pour se restaurer, puis on se retrouve sous un autre chapiteau avec la cabriole pour une chanson de Claude Reboul, Marijka dans les fils d’araignée, Marcel,  un guitariste-clown. Tous élèves de Michel Nowak, qui ont évoqué ce qu’était une semaine de vie pour lui. La soirée s’est prolongé tard dans la nuit.
Notre dernière rencontre, c’était La Belle Rouge de Saint-Amant-Roche-Savine, le festival de la compagnie Jolie Môme en 2014, où il était venu installer ses chapiteaux. Il se savait déjà malade…

Edith Rappoport

Les Noctambules  aux Arènes de Nanterre le 4 février.

Réparer les vivants

Réparer les vivants de Maylis de Kerangal, adaptation et mise en scène de Sylvain Maurice

 

reparerlesviavnts1©E.CarecchioLa mort est ce par quoi se termine la vie; autrement dit, est mort celui qui a cessé de vivre. Le défunt, existe pourtant dans l’au-delà ou dans la mémoire des hommes.
La partie durable du cadavre, le squelette, et surtout le crâne, abri de la pensée, signifient dans la plupart des civilisations le danger mortel.
Plus qu’un muscle anatomique, le cœur, en échange, livre ses battements perceptibles en divers points du corps; signe essentiel de la vie qui capte la source des émotions ou des décisions, il est le siège de la sensibilité affective, des passions et de la volonté, où le mystère de la personne survit en secret.
Le roman de Maylis de Kerangal sur la mort brutale d’un jeune homme et l’urgence d’une transplantation cardiaque, a été adapté et mis en scène avec tact par Sylvain Maurice.
Thomas Rémige,
infirmier-coordonnateur des prélèvements, procède au rituel funéraire sur  Simon Limbres, tué accidentellement à dix-neuf ans.
Après les prélèvements d’organes effectués au bloc opératoire de l’hôpital, l’ange accompagnateur lave le défunt, le recoiffe, l’enveloppe dans un drap immaculé. Son corps devient alors objet de contemplation et déploration pour les proches, en vue d’un dernier hommage.

L’ange chante pour le combattant héroïque des flots marins, familier de surfs guerriers dans la splendeur de sa jeunesse. Vincent Dissez fait don absolu au théâtre de son corps et de sa parole.
Avec une forte présence, il s’empare de tous les rôles: père et mère du jeune homme, médecin, infirmier, chirurgien, et sur un tapis roulant danse comme un elfe, et fait parfois une  pause bienfaisantes quand le tapis s’arrête. Avec des flashs sonores surgissant sous les pleins feux, (scénographie et lumières d’Éric Soyer), la musique de Joachim Latarjet donne le tempo avec des accents jazz et pop.
Avec un récit ponctué par les interventions de tous les protagonistes, la randonnée théâtrale suit ses pics et ses gouffres, jusqu’aux haltes forcées où reprendre enfin son souffle fait du bien. La danse, à la fois improvisée et contrôlée du comédien sportif, raconte l’éphémère entre-deux des vivants et des morts, passage si douloureux pour ceux qui restent.

   Entre ambivalences et oppositions, le cœur est associé à la fois à la vulnérabilité mais aussi à la résistance et au courage, sanctuaire des intentions secrètes : ce dont fait preuve l’acteur, avec la belle performance d’un corps retrouvé. A côté de l’angoisse devant la perte d’un être cher et de sa présence affective que rien ne pourra jamais remplacer, se déploie la force revigorante des réparés.
Un bel éloge des solidarités humaines associées aux techniques médicales très pointues.

 Véronique Hotte

 Théâtre de Sartrouville Yvelines/Centre dramatique national, du 4 au 19 février. Tél : 01 30 86 77 99.

La Chambre de Milena

La chambre de Milena, texte et mise en scène de Filip Forgeau

 

hva5ndbeszeq6wtyf5bk « On dit d’elle qu’elle est née le 10 août 1896 à Prague. On dit d’elle que ses excentricités choquaient la mentalité provinciale des Praguois. (…) On dit d’elle qu’elle a eu à faire plusieurs fois à la police, la première fois pour avoir cueilli des magnolias dans un jardin public.(…) On dit d’elle que son premier article, intitulé Noël dans la ville affamée, est paru dans le journal Tribuna le 20 décembre 1919. (…) On dit d’elle qu’elle a été membre du parti communiste (…)  On dit d’elle qu’elle a été une figure essentielle de l’émancipation de la femme. (…) On dit d’elle, à qui Franz Kafka avait écrit : «Toi, si vivante, et qui vit à de telles profondeurs… », qu’elle meurt, déportée, le 17 mai 1944, à Ravensbrück (…). »
Une voix off, égrène ces phrases en guise d’épilogue et d’épitaphe à Milena Jesenskà, traductrice en langue tchèque et muse de Franz Kafka. Filip Forgeau, fasciné par les chambres d’écrivains, «lieu d’observation et d’introspection, lieu à la frontière du dedans et du dehors», propose, avec Les Chambres, une série de portraits fictionnels dont Rosa Liberté (Rosa Luxemburg), ou La Chambre d’Anaïs (Anais Nin)…
Ici, il nous invite chez Milena, la vraie, qu’il présente en pleine lumière, et non plus dans l’ombre de l’auteur praguois.
A partir des articles, correspondances et d’un récit autobiographique Vivre, il compose un portrait contrasté de cette jeune femme, tantôt juvénile et facétieuse, tantôt inquiète, minée par d’étranges prémonitions, et enflammée par des convictions politiques radicales, souvent plongée dans des rêves douloureux, que souligne le son d’un micro aux fortes réverbérations.
Parfois, elle regarde le monde par sa fenêtre. Lui parviennent rumeurs du fascisme naissant, grondements de la guerre, et roulement des longs et lourds convois vers la mort. Elle s’indigne. Et, de séquence en séquence, elle dialogue avec son étrange amoureux errant au royaume des ombres, par le biais de la voix enregistrée de Daniel Mesguish, parfait en fantôme de Franz Kafka.
Le metteur en scène maîtrise les artifices du théâtre: miroirs, velours rouges, livres, objets du quotidien créent un univers féminin sur le plateau exigu; lumières et bande-son accompagnent l’actrice dans son solo. A l’avant-scène, une servante éclaire des bribes de confidences adressées au public.
Soizic Gourvil incarne une Milena douce et vive. Plus à l’aise dans le côté  enfantin et lumineux que dans le versant sombre du personnage. «T’aimer, lui écrivait Franz Kafka, c’est comme entrer avec une barque dans une petite baie naturelle.» Elle interprète la rêveuse, plutôt que la pasionaria, qui, dès l’occupation de la Tchécoslovaquie par l’armée nazie, entra dans la Résistance et fut arrêtée par la Gestapo en novembre 1939.
En contrepoint de ce monologue, s’esquisse la présence en creux de Franz. Le timbre sensuel et feutré de Daniel Mesguich donne toute sa dimension au poème dramatique, au risque de reléguer l’héroïne à la figure d’égérie que la postérité lui a réservée et qui a éclipsé les aspects de sa personnalité complexe. Mais l’écriture fluide et rythmée, le sens de la mise en scène de Filip Forgeau confirment son talent d’homme de théâtre.

 Mireille Davidovici

Théâtre de l’Atalante, jusqu’au 22 février.  T.: 01 46 06 11 90.
Le texte est publié aux éditions Le bruit des autres.
Rosa Liberté sera présentée au Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes, du 10 au 27 mars.

 

Richard II de William Shakespeare

Richard II de William Skakespeare, traduction et adaptation de Clément Camar-Mercier, conception de Guillaume Séverac-Schmitz/collectif Eudaimonia

 

   Richard IIC’est l’histoire tragique du roi Richard II qui, au terme d’un règne de vingt-deux ans, abdiqua. Son oncle, le duc de Gloucester est assassiné par des gens de Richard II ; à la suite d’accusations réciproques de ce meurtre, Bolingbroke, fils aîné de Jean de Gand, cousin du roi, et le duc de Norfolk règlent leur contentieux devant un tribunal présidé par Richard II qui les condamnera à l’exil, Bolingbroke à six ans et Norfolk, à vie.
 Jean de Gand meurt et  le roi s’empare alors de sa fortune pour aller faire la guerre en Irlande, déshéritant ainsi Bolingbroke qui va quitter sa terre d’exil, la France, et au Nord de l’Angleterre, rassemblera des troupes et marchera vers le Sud. Il fait aussi exécuter les opposants, restés fidèles à Richard II qui, abandonné par ses derniers partisans et trahi par les amis de Bolingbroke, est capturé par ses troupes.
 Bolingbroke réclame l’héritage de son père, ce qui lui est accordé, mais, peu de temps après, il ravira, sans aucun droit, la couronne d’Angleterre.
 Richard II abandonnera sans lutter son titre royal, comme s’il était fatigué du pouvoir et de ses pourritures, et Bolingbroke sera couronné sous le nom d’Henri IV. Mais en prison, Richard II meurt assassiné…sans doute par un proche du nouveau roi.
  La pièce moins souvent jouée que Richard III, fascine souvent les jeunes metteurs en scène comme Jean Vilar; ce fut la première pièce de cette semaine d’art en Avignon en septembre 1947 qui devait devenir… le très fameux festival. Comme aussi Patrice Chéreau qui la monta avec succès vingt-trois ans plus tard. Et Ariane Mnouchkine, vingt-deux ans  après, et Jean-Baptiste Sastre, dix-huit ans après. Cette presque régularité temporelle est peut-être aussi une indication de la difficulté qu’il y a à monter la pièce.
D’une intense force dramatique par moments mais souvent longuette, elle se révèle aussi complexe pour un public du XXI ème siècle, peu au fait des méandres de l’histoire d’Angleterre et demande à être adaptée. Et elle comprend une trentaine de personnages, dont la reine, Isabelle de Valois, épouse de Richard II, le duc d’ York, Bolingbroke, Norfolk, la duchesse d’ York, la duchesse de Gloucester, et de nombreux officiers, serviteurs, gens du peuple.

  Le collectif Eudaimonia a donc entrepris de redécouvrir la pièce et d’en faire une adaptation, à partir d’une nouvelle traduction. Non sans “un travail dramaturgique nécessaire pour appréhender les lignes de tensions, les enjeux, les situations, les objectifs, l’espace de jeu. Et aux acteurs de s’emparer de ce matériau pour le rendre vivant.”
 Et cela donne quoi? Du du pas très intéressant comme dans une première mise en scène, et du très bon, voire de l’excellent. Ce travail fait justement, parfois penser à celui du jeune Patrice Chéreau qui avait presque le même âge que Jean Vilar et Guillaume Séverac-Schmitz quand ils montent la pièce, et que William Shakespeare, l’écrivaant à 31 ans…. Curieux, non pas vraiment: il faut l’énergie de la jeunesse pour écrire et monter cette longue histoire sanglante de famille, de filiation et de trahisons!
C’est une mise en scène qui comporte des erreurs mais aussi de grandes qualités: la direction d’acteurs très inégale correspond à une note d’intention prétentieuse: “cette dualité (de changement de rôle) oblige les acteurs à troquer la globalité d’un jeu linéaire pour la versatilité d’un jeu protéiforme. Ainsi, la vie peut arriver sur scène”.

Et la vie arrive, heureusement! quand un Thibaut Perrenoud, très crédible et souvent sublime, s’empare du rôle de Richard II, et abandonne la couronne royale avec ces vers célèbres: “ J’échange mon sceptre contre une canne de marche (…) et mon très grand royaume contre une petite tombe, une toute petite, petite tombe, très sombre. Cela ne changera pas grand-chose, car mon cœur, aujourd’hui, est lui-même piétiné”.
Le reste de la distribution est beaucoup moins convaincant; fréquentes criailleries, manque d’unité dans le jeu et on comprend très mal Olivia Corsini, ce qui plombe les scènes où elle apparait… A qui la responsabilité? On ne saura pas, puisque c’est, revendiquée, l’œuvre d’un collectif…
  La traduction a le mérite de reprendre des mots crus contemporains quand il s’agit d’injures: Clément Camar-Mercier a eu raison de faire figurer : connard, mec, etc. : exact reflet de la violence verbale et des différents niveaux de langage que l’on trouve chez Shakespeare mais semble aussi parfois approximative: des habits de pauvre deviennent “torchon”; “obscure grave” est bizarrement traduit par tombe “très sombre”, alors qu’il s’agit plus, comme le contexte le montre, sans doute de “tombe humble, anonyme”, et affublée de quatre fois “petite”, au lieu de trois dans le texte original.
 L’adaptation, pas toujours très claire, aurait mérité l’affichage d’un résumé des événements comme l’avait fait Ivo van Hove pour Kings of war. Guillaume Séverac-Schmitz nous dira sans doute que l’on n’a pas besoin de tout comprendre mais cela aurait facilité la saisie de la pièce ici largement  adaptée; un couple d’étudiants, assis près de nous, avait du mal à se retrouver dans cette série de personnages interprétés par sept acteurs seulement qui donc jouent plusieurs rôles.
Le metteur en scène aurait pu aussi nous épargner ces stéréotypes très en vogue comme cette mise en abyme et ce théâtre dans le théâtre.  (Avec plateau nu, sans pendrillons donc pas de réverbération et les voix se perdent souvent), tubes de faux sang que l’on fait gicler à vue comme chez Philippe Macaigne, fumigènes déversés à gogo et soufflés par de gros ventilos, jeu dans la salle qui reste parfois éclairée, (c’est revendiqué mais ce “ rapport actif entre scène et salle » fait ici pschitt!) et, à la fin, pétales rouges tombant des cintres, grognements de basses et musique sans grande unité, à la fois baroque avec Les Vêpres de la vierge de Monteverdi, John Dowland et Thomas Tallis mais aussi Nirvana, Pink Floyd et Le Sacre du Printemps de Stravinki.
Bref, le Conservatoire national n’a pas bien joué son rôle; enseigner, c’est aussi mettre en garde contre la mode et le snobisme. Mais bon, pas très grave et cela peut être revu. Enfin, pour une fois, on aura échappé à la vidéo, autre fléau des temps actuels.

  Mais le spectacle a aussi des vertus et non des moindres: par exemple, ce prologue avec le meurtre de Gloucester dans une baignoire, belle image picturale, très soignée; même s’il vaut mieux avoir lu la pièce pour comprendre que l’auteur de cet assassinat est bien Richard II. Il y a aussi cette violente dispute, arbitrée par le roi, entre Bolingbroke et Mowbray, duc de Norfolk, ces quelques  drapeaux qui flottent dans le vent pour figurer la grande armée de Bolingbroke, la pluie fine qui tombe sans fin sur ces combattants, cet impressionnant drap taché de sang, ou cette vison d’enfer quand Richard, à la fin, emprisonné, est allongé nu devant une fenêtre qui dispense une lumière des plus glauques…
Autant de moments  forts mis en scène  avec une belle maîtrise de l’espace, chose pas si fréquente chez les jeunes metteurs en scène, et loin des approximations du Richard III de Thomas Jolly. Surtout avec une pièce aussi difficile que Richard II. C’est, redisons-le, une première mise en scène dont on oubliera les erreurs et il faut faire confiance au temps. En tout cas, Dominique Bluzet a eu raison de l’inviter à Marseille.

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre du Gymnase 4 rue du Théâtre français, Marseille le 5 février.  les 12 et 13 février, Scène Nationale Le Cratère d’Alès ; 
16 février, Théâtre Roger Barat à Herblay (78); le
19 février, Espace Lino Ventura  de Garges ; les 
13 et 14 mars au Figuier Blanc d’Argenteuil.

 
 

 

Aurélie Dupont, Benjamin Millepied, Stéphane Lissner: conférence de presse

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Conférence de presse à l’Opéra de Paris, avec Aurélie Dupont, Benjamin Millepied, Stéphane Lissner

Certains s’étaient munis de carnet et stylo, d’autres, d’un smartphone, et les plus nombreux, d’un appareil photo ou d’une caméra. Jamais autant de monde ne s’était intéressé à la direction de la danse à l’Opéra ! Le côté people et médiatique de Benjamin Millepied et sa démission surprise y sont pour quelque chose. Mais point de révélations fracassantes, ni d’anecdotes surprenantes. Avec son départ, la danse à l’Opéra de Paris n’intéressera sans doute plus autant Le Figaro-Madame et Paris-Match, alors que l’ancien directeur s’y exprimait volontiers.
«Il part trop tôt, trop vite, certains restent trop longtemps, regrette Stéphane Lissner.» Tout en reconnaissant avec Benjamin Millepied que la charge de directeur est trop lourde pour l’artiste et le chorégraphe. 
«Ce qui m’a motivé pour faire évoluer l’institution, dit Benjamin Millepied, c’est le danseur. Le plus important, pour moi: être en studio avec eux, c’est comme cela que j’aime vivre mon métier. La position de directeur de la danse n’est pas pour moi, elle ne me convient pas.»
Il parle avec chaleur d’Aurélie Dupont qui va lui succéder : «Ce qui va se passer maintenant est une continuité, je serai là de tout cœur avec elle, et avec eux, pour la suite. Je veux que cette compagnie fasse avancer notre art, il faut qu’elle apporte quelque chose à l’histoire de la danse.»  À cela, Aurélie Dupont répond : «Je vais continuer ce qu’a fait Benjamin (…) Je suis pleine de passion, d’amour pour cette maison, précise-t-elle. Je veux aborder la direction de cette compagnie avec la passion du travail, de l’ambition, de l’exigence, et de l’ouverture d’esprit. (…)
Pour moi, la troupe de l’Opéra de Paris reste une compagnie de danse classique avec une ouverture sur le contemporain, dit-elle, soulignant qu’elle n’a aucun talent de chorégraphe.» Aurélie Dupont, une belle personne : mère de deux enfants, danseuse-étoile, est maintenant directrice de la danse,  à la tête des cent cinquante-quatre  artistes. Sa prise de fonction se fera officiellement en septembre prochain. «Je suis intelligente, je réfléchis et je change d’avis parfois, pas vous? »
Ainsi a-t-elle répondu à une question, et elle a aussi précisé qu’à un moment donné de sa vie, elle n’avait pas voulu de ce poste. «Je vais faire de mon mieux, je vous le promets, ajoute-t-elle, avec un large sourire.»
 Benjamin Millepied, lui, était déjà parti pour la générale de son spectacle qui avait lieu trois heures plus tard. La saison prochaine, il présentera deux créations avec les danseurs de l’Opéra…  

Jean Couturier

À l’Opéra-Garnier, ce 4 février.          

Dans la Solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès

160202_RdL_0093Dans la Solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, musique et mise en scène de Roland Auzet

  Ce poème, en prose oratoire très ciselée, nous est livré ici comme une longue apostrophe qui engage intimement les deux partenaires en lice, entre éthique et pathétique… Un dialogue existentiel qui interpelle l’autre, être bien réel mais aussi un monologue que l’on s’adresse. On voudrait que cet échange verbal, entre provocation, prière incantatoire  et invocation désespérées, ne s’arrête pas. 
Selon la définition classique, l’apostrophe vient d’un être très ému qui s’adresse au Ciel et à la terre, aux rochers, forêts, et choses insensibles aussi bien qu’aux sensibles. Dans la mise en scène de Roland Auzet, la nature romantique et les champs de coton, métaphores de tous les décors possibles et inégalitaires de notre présence au monde, deviennent ici un quartier fébrile de Paris vers 21h, « à cette heure du jour et de la nuit », celui du Théâtre des Bouffes du Nord à Paris, au métro La Chapelle, avec ses territoires indien et autres …
Les adversaires surgissent d’une rue bruyante et commerçante où les voitures défilent, venant de trajectoires opposées, et arrêtées au feu rouge. Des groupes de gens en désordre  vont pénétrer dans le théâtre.  Au début, le public muni d’un casque,  saisit ainsi les moindres signes sonores: intonations, exaspérations et adoucissements  des actrices sur la musique  de Roland Auzet.
Anne Alvaro (le dealer) et Audrey Bonnet (le client), s’apostrophent et s’invectivent, répondant à l’expression d’une émotion vive ou profonde, et affectées  par une question : la valeur marchande du désir pour une drogue, drague, arme, objet illicite, voire un regard trop appuyé sur l’autre : «Je ne voudrais jamais de cette familiarité que vous tâchez, en cachette, d’instaurer entre nous. Je n’ai pas voulu de votre main sur mon bras. »
Le poids de cette main fait tout le contentieux de l’affaire, appréhension physique et symbolique, comme celle d’un bandit sur sa victime. Le client ne le supporte pas, et souffre de ne pas savoir de quelle blessure il est meurtri.
Dealer ou client, brute ou demoiselle, selon la terminologie de l’auteur, chacun est à la fois l’un et l’autre, et ne craint pas ce qu’il est capable d’infliger mais bien ce dont il est incapable : les douleurs distribuées au hasard de rencontres aléatoires. Sur le fil coupant d’une existence ressentie à fleur de peau : « Alors, ne refusez pas de me dire l’objet, je vous en prie, de votre fièvre, de votre regard sur moi, la raison, de me la dire. »
 Si l’on voulait enfin couper la boucle infernale de la parole, il  faudrait se raconter un peu, en ne livrant pas tout, en gardant en réserve pour soi, contre les mensonges et les apparences ludiques: respect, douceur, humilité, amour… Anne Alvaro fait entendre ruptures et déchirements, avec sa voix grave, sous l’apparence de l’amour ; Audrey Bonnet, elle, se rebelle, contourne sa complice, telle une gazelle qui se cabre, se lance, disparaît puis revient à l’attaque.
Un match sublime.

 Véronique Hotte

 Théâtre des Bouffes du Nord, Paris du 3 au 20 février. T : 01 46 07 34 50

Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras

 Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras, mise en scène et chorégraphie de Lucie Lataste

 

« Lui : Tu n’as rien vu à Hiroshima, rien. Elle : J’ai tout vu à Hiroshima, tout (…)  ».  Sur scène, les comédiens, silencieux, dansent et interprètent, en langue des signes, les célèbres répliques du film d’Alain Resnais où deux amants d’un soir se retrouvent dans une chambre d’hôtel. Leur dialogue, leurs étreintes et les souvenirs traumatisants de la guerre à Hiroshima pour lui, à Nevers pour elle… La mémoire et l’oubli… « L’oubli de l’amour-même. L’horreur de l’oubli, dit la femme.»
Le texte de Marguerite Duras, avec ses rythmes ressassants et sa langue simple est ici transposé en gestes et mouvements. À cour et jardin, deux comédiens traduisent les signes en direct. Une musique répétitive, composée de basses, permet aux artistes, par ses vibrations, de suivre le rythme de la chorégraphie.
La scénographie épurée et délicate se limite à un paravent de style japonais ; sur ses cinq panneaux sont projetés, selon les séquences, des images stylisées, des ombres, des  formes …  Et le jeu d’Émilie Rigaud et de Vivien Fontvieille en parait d’autant plus expressif.  Leurs mains, corps et visages créent une poétique visuelle en résonance avec la prose durassienne.

 Pendant une heure, on retrouve la chair même, la sensualité de cette écriture, quelquefois poussées vers une calligraphie un peu abstraite. Mais n’est-ce pas le propre de ce langage des signes ? «Au carrefour du théâtre et de la danse, écrit la metteuse en scène, cette langue visuelle, porte sens et geste dans une seule et même intention. Les interprètes sourds possèdent ce génie du mouvement (…) »
Si la Langue des Signes Française a été reconnue comme langue à part entière en 2005, la communauté sourde n’a toujours pas accès à l’ensemble de la culture française contemporaine. 
Lucie Lataste, avec la compagnie toulousaine Danse des Signes, développe un travail en lien avec les mouvements des artistes sourds, impulsé par l’International Visual Theatre et Emmanuelle Laborit « Nous créons une nouvelle danse qui s’appuie sur des états, sur le dire, et sur le texte, explique-t-elle. Continuer le chemin avec des artistes sourds, c’est leur donner les outils dont je dispose pour comprendre le monde d’aujourd’hui, dans leur langue. »

 Mireille Davidovici

 International Visual Theatre , jusqu’au 21 janvier. 7 rue Chaptal 75009. T.01 53 16 18 18

 

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