What if they went to moscow ? (Et si elles y allaient, à Moscou?)

What if they went to moscow ? (Et si elles y allaient, à Moscou?) d’après Les Trois Sœurs d’Anton Tchekhov, un spectacle de Christiane Jatahy

  WHAT-IF-THEY-WENT-TO-MOSCOW--_3126181453919099287__3 En 2014, Christiane Jatahy réalisait une adaptation contemporaine de la célèbre pièce : «J’ai choisi Les Trois Sœurs (…..) parce que me pencher sur la notion de changement  et m’interroger sur la possibilité de penser l’utopie aujourd’hui  m’intéressait». Le spectacle a reçu le prix Premio Shell de Teatro (Rio) pour la meilleure mise en scène 2015,  et Stella Rabello, le prix de la meilleure interprétation.
Le Théâtre de la Colline à Paris propose dans une même soirée, simultanément et dans des salles différentes, une représentation théâtrale et un film. Pastille bleue ou orange sur le billet d’entrée ? Selon la couleur indiquée,  on  commence  par le film ou la pièce.
La transposition d’une œuvre dramatique au cinéma? un procédé guère nouveau, et on  a fait souvent franchir le pas entre les deux espaces artistiques à des textes classiques, ou contemporains (comme  Cuisine et dépendances d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri).

 Ici, la metteuse en scène mais aussi dramaturge, cinéaste et actrice, ouvre une voie singulière à cette relation esthétique. «Ma recherche, dit-elle, est liée à un dispositif qui met en relation théâtre et cinéma. Depuis très longtemps, je suis à la recherche du lien entre ces deux langages, entre l’acteur et le personnage, entre la réalité et la fiction ».
Dans la pièce ainsi transformée, on retrouve les thèmes chers à Anton Tchekhov: le temps, le passage d’un monde ancien au monde nouveau, le rêve, l’illusion, le désir, l’émigration, la liberté, la mort… Mais dans un univers dramatique un peu éloigné du sien, et pas uniquement, à cause de cette adaptation en termes contemporains.

La dramaturge a réduit à quatre le nombre des personnages : Olga, Irina, et Macha devenue Mari et Verchinine qui lui, tient  une des trois caméras «comme une extension de son propre corps ».
Très intéressante ici la façon dont le public (qu’il le veuille ou non) prend part à l’existence organique, charnelle de cette mise en scène et de ce film proposés simultanément à chaque représentation. Loin des formes de théâtre interactives habituelles, devenues bien souvent convenues et  dénuées de toute force dramaturgique.
  Exercice de style certes mais aussi performance. «Il y a, dit Christiane Jatahy, un défi dans ce projet : la pièce doit suffire à raconter cette histoire, et le film, en parallèle, doit la prendre en charge avec son propre langage ».
Deux arts juxtaposés mais ici, grâce au dispositif mis en place, nous assistons à un unique spectacle. Formidable pari lancé par cette metteuse en scène/chef d’orchestre, dont l’obsession poétique participe d’un subtil équilibre entre réel et fiction.
Autre point captivant à découvrir : comment observons-nous le fonctionnement de la boîte de Pandore, ouverte lors de la représentation, et fermée pendant la projection du film. Pour Christiane Jatahy, nous participons à un travail en cours: «Il y a une possibilité de renouvellement de l’œil du spectateur qui est de nouveau actif, collaboratif, plus intéressant et intéressé; je ne veux pas faire du théâtre à voir, mais plutôt établir une communication avec le public ».
Merveilleuses et d’une rare sincérité, Julia Bernat (Irina), Stella Rabelo (Maria) et Isabel Teixeira (Olga) expriment chacune,  dans un jeu très physique, les différents stades du changement. Ainsi Olga, la plus âgée, ne croit plus qu’il soit facile de changer,  et son passé est plus important pour elle que des projets d’avenir. 
Ce thème du changement, dit la metteuse en scène, est «le focus de mon adaptationet intervient dans leur relation entre elles et la manière dont cette relation les mobilise émotionnellement mais aussi les paralyse. »
 A partir de l’intime et de la jeunesse, ce spectacle-performance laisse entendre les bouleversements de la société occidentale contemporaine. Il était déjà question dans Les Trois Sœurs d’une jeunesse en perte d’idéal, sans avenir. Mais précise Stéphane Braunschweig qui mit en scène  la pièce  en 2006, dans un contexte socio-politique différent : «Anton Tchekhov a, en fait, écrit une pièce sur la jeunesse : une jeunesse qui se perçoit sans avenir et échouée dans un monde trop vieux (…).
Les Trois Sœurs ne parlent pas de ce monde-ci, puisque le monde, que les trois Parques d’Anton Tchekhov voyaient obscurément venir, était plutôt celui que nous voyons aujourd’hui s’éloigner, mais leur angoisse et leur sentiment d’impuissance nous parlent beaucoup, et leur dépression d’avant l’ère des antidépresseurs, devrait servir à ce que nous ne nous installions pas dans la nôtre. ».
Cette mise en spectacle à la fois théâtrale et filmique de la pièce se reçoit comme une musique tour à tour violente et mélancolique, sur laquelle Christiane Jatahy invite le public à danser, mais aussi, d’une certaine manière, à diriger.

 A chacun d’apprécier ce spectacle peu ordinaire, tragique et poétique à la fois.

 Elisabeth Naud

La Colline-Théâtre national 15 rue Malte-Brun Paris 20 ème. T: 01 44 62 52 52, jusqu’au 12 mars. Tournée en France et en Europe.

 

 

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