Tempête sous un crâne, d’après Les Misérables

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Tempête sous un crâne, d’après Les Misérables de Victor Hugo, adaptation de Jean Bellorini et Camille de La Guillonnière, mise en scène de Jean Bellorini

 

Inutile de résumer la pièce : l’épopée de Jean Valjean, ex-forçat, converti par la désarmante charité d’un évêque, incarne la victoire des forces du bien sur celles du mal.  À mesure que le spectacle avance, nous voyons combien nous sommes imprégnés de ce grand roman populaire, tant de fois porté à l’écran et à la scène.
Tous les épisodes présentés pendant ces trois heures quarante-cinq opèrent comme des morceaux choisis familiers et nous guident au fil de cette adaptation qui prend ici une forme particulière, en épousant à la lettre le récit hugolien, sa profusion lyrique, son épaisseur humaniste.
Et, bien sûr, elle fait revivre ses personnages, les bons et les méchants, petites gens ordinaires devenus des êtres légendaires et  des types : autour de Jean Valjean, Fantine, Javert, Cosette, Marius, les Thénardier…
Pour tout décor, à cour, un arbre mort, et un lit en fer au centre, un plafond qui devient plate-forme praticable  grâce à un treuil; des points lumineux donnent quelques repères dans l’espace libre du grand plateau. Deux musiciens (accordéon, piano, batterie, guitares) apportent un univers sonore poétique et participent activement à l’action. Mais certaines chansons qui servent d’intermèdes ne sont pas à la hauteur des autres propositions musicales…

La narration, parsemée de quelques dialogues, est prise en charge  dans la première époque, par Clara Mayer et Camille de La Guillonnière qui assument toutes les actions et tous les personnages, changeant de rôle pour les besoins de l’intrigue, et jouant l’un avec l’autre, alternativement ou simultanément, en complicité permanente. Sorte de chœur réduit à un duo, il sont rejoints après l’entracte par Mathieu Coblenz, Karyll Elgrichi et Marc Plas. Tous remarquables de justesse et de sobriété, dans les partitions chorales comme dans les solos.
La deuxième époque fait une grande part aux journées de juin 1834 qui embrasèrent Paris,  aux barricades et à la répression sauvage des révolutionnaires. On découvre des épisodes oubliés, et d’autres inoubliables : les amours de Marius et Cosette, le sacrifice de Fantine, la fougue guerrière de Gavroche, la fuite de Jean Valjean et Marius dans les égouts, et le suicide de Javert qui clôt le spectacle.

L’action se développe selon le même principe choral, mais prend, avec sept acteurs et musiciens sur scène, une ampleur à la mesure de cette prose magnifique. La première partie avait tendance à s’étioler à cause d’une diction monocorde, et peinait à créer des images mais, ici, tout prend vie. Des mouvements de groupe, émergent des scènes isolées, avec gros plans sur tel ou tel épisode du roman, comme la mort de Fantine et celle de Gavroche, grands moments d’émotion. Avec aussi des discours politiques où l’on entend le credo progressiste de l’auteur, morceaux de bravoure rhétorique qui emportent l’adhésion.
   Jean Bellorini a su créer des images avec des moyens très simples, lumières, effets sonores, projections de papiers rouges… Le public est emballé.  A la tête du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis depuis 2014, le metteur en scène reprend ce spectacle qu’il avait créé avec succès en 2010 au Théâtre du Soleil, et qui tourne toujours…Il a su, avec une distribution réduite, et une forme dramatique modeste mais ambitieuse, raconter, comme à livre ouvert, cette belle histoire, en respectant la langue brillante et le verbe porteur d’espoir du poète.
  Il faut aller voir ce spectacle et écouter ces paroles exprimées avec énergie et conviction par les jeunes comédiens : «Limiter la pauvreté sans limiter la richesse, créer de vastes champs d’activité publique et populaire, employer la puissance collective à ce grand devoir d’ouvrir les ateliers à tous les bras, des écoles à toutes les aptitudes et des laboratoires à toutes les intelligences, augmenter le salaire, diminuer la peine, balancer le doit et l’avoir, (…) en un mot, faire dégager à l’appareil social, au profit de ceux qui souffrent et de ceux qui ignorent, plus de clarté et plus de bien-être, c’est, que les âmes sympathiques ne l’oublient pas, la première des obligations fraternelles, c’est, que les cœurs égoïstes le sachent, la première des nécessités politiques. »

 Mireille Davidovici

 Théâtre Gérard Philipe de  Saint-Denis jusqu’au 10 avril.

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