Rosa Liberté, texte et mise en scène Filip Forgeau

Rosa Liberté, texte et mise en scène Filip Forgeau

 

couv-RL-1-copieRosa Luxemburg : une figure, presque une allégorie : le « drapeau rouge »  (titre du journal qu’elle a créé à Berlin en 1918) d’une révolution qui devait se faire en Allemagne, position avancée du capitalisme et des ses contradictions, avant la première guerre mondiale. Que cette révolution ait eu lieu en Russie, pays qui n’y était pas prêt selon Karl Marx, a  encore  renforcé l’enthousiasme et la volonté révolutionnaire de cette fervente militante.

  Le poète et dramaturge Filip Forgeau a écrit la grande ode, les stances de cette vie passionnée : apprendre, aimer, lutter, résister. Pour la cause, Rosa, pour être à sa juste place dans le monde du savoir et du combat politique, a quitté sa famille. Exilée à Zurich, elle a ainsi manqué la mort de sa mère, puis de son père, et elle est triste, mais quoi, le monde, les masses prolétariennes ont besoin d’elle…
De son assassinat, le visage fracassé à coups de crosse, une balle dans la tête comme si ça ne suffisait pas, puis son corps jeté dans un canal, Filip Forgeau remonte, avec le récit de sa mort, la boucle d’une vie pleinement vécue, consacrée à la liberté.. Rosa Lux, comme certains la nomment, Rosa Lumière, est de ces femmes qui éclairent. Comme Milena Jesenska, qui a aussi été la correspondante de Franz Kafka,  ou  Anaïs Nin,  l’amie d’ d’Henry Miller. L’auteur les réunit ici en une trilogie des grandes libératrices, insupportables aux pouvoirs machistes et fascistes.

  Une musique très contemporaine (la bande-son de bruitages est, elle, moins réussie) soutient une scénographie simple et décalée : des ballons rouges suspendus. Soizic Gourvil, qu’on a vue dans La Chambre de Milena en février dernier (Voir Le Théâtre du blog), donne sa jeunesse, son énergie, à toutes les Rosa, jeunes, vieilles, amoureuses, travailleuses, combattantes… La comédienne n’est pas Rosa : elle dit Rosa, la raconte, reçoit dans son corps les soubresauts du récit. Avec le regard presque toujours fixé au-dessus du public, dans une sorte d’eden.

 Étrange, pour celle dont la dernière prison fut un hôtel Eden… En tout cas, ce regard renvoie à un idéal, ou même à un idéalisme, celui peut-être celui de la grande révolutionnaire, et l’immortalise ici dans son “illusion lyrique“ , comme aurait dit André Malraux. Avec une scansion du poème, souvent ternaire, et tenue avec une parfaite rigueur. Trop parfaite : pour ce que dit cette Rosa au-dessus des âges, on regrette que, ne fût-ce qu’un instant, la comédienne et le metteur en scène n’aient pas osé la voix nue ni le regard sur nous. Peut-être trop violent? Mais  cela aurait apporté une grande ouverture…
 Serait-ce la métaphore du blocage actuel de l’idée de révolution ?

Christine Friedel

Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes. T : 01 48 08 39 74,  jusqu’au 27 mars.
Rencontre avec l’auteur et Elsa Faucillon, dirigeante du P.C.F., le 19 mars à 17h45.
Rencontre avec Jean-Luc Mélenchon, Jean-Numa Ducange, historien, Daniel Mesguich, metteur en scène, et Nicolas Romeas, fondateur de la revue Cassandre, le 26 mars à 17h 45.

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Archive pour 18 mars, 2016

Don Juan de Molière

Dom Juan de Molière, mise en scène d’Anne Coutureau

 

Visuel 2 © Svend AndersenQuelle histoire que celle de ce «grand seigneur méchant homme» et de son valet Sganarelle (1665)! Molière dresse ici un réquisitoire contre l’orgueil et l’imposture des grands,  la petitesse d’âme et la prétention hypocrite des privilégiés de la naissance et de la fortune.
Face à un Sganarelle éberlué et fasciné, choqué et impuissant, Don Juan le libertin séduit toutes les femmes, paysannes ou bourgeoises, mais ne consent à aucun attachement, même avec sa digne épouse Elvire qu’il ne veut plus entendre. Et il fuira aussi le dangereux salut par l’honneur quand ses beaux-frères, outragés par son défi conjugal, le poursuivront. Essuyer une tempête, braver l’errance dans la forêt, obliger un pauvre à renier sa foi, inviter enfin à dîner la statue du commandeur qu’il avait tué autrefois. Duper aussi son créancier, insulter un père accablé, et feindre finalement de se repentir:  tout participe chez Don Juan d’un bel exercice d’hypocrisie ludique, lui qui ne supporte ni concurrence ni rivalité avec son ennemi d’envergure, le Ciel.
Anne Coutureau, maîtresse d’œuvre d’un très réussi Naples millionnaire! d’ Eduardo de Filippo,  a réalisé ici une mise en scène passionnante qui, malgré des maladresses, a de réelles qualités, et elle tire la pièce vers une tragédie noire, pour laquelle
James Brandily a imaginé un plateau immense perdu dans des nappes de brume qui cachent à peine les beaux combats virils dans une lumière blafarde, bravant les mystères et les ombres, les doutes et les peurs dans la nuit obscure.
On connaît la fin fatale de ce séducteur, victime consentante du Ciel, représentée ici par une scène naturaliste avec génuflexions, tirée de la semaine sainte à Séville, avec un Christ vivant mis en en croix. Les jeunes acteurs, « issus de la diversité » ou dits encore « de banlieue », comme l’excellent et imprévisible Birane Ba (Pierrot), Aurélia Poirier ( Mathurine ) et Alison Valence (Charlotte), qui remplacent à merveille et avec une rare vitalité, les paysans des mises en scène d’antan quelque peu… muséaux.
Sganarelle (Tigran Mekhitarian), lui, se situerait entre bienséance et dérive subversive, quant à  l’accent social. Il joue les valets soumis, et, à la fois velléitaire et contestataire,  il a une gestuelle libre et dégagée mais des intonations parfois un peu attendues. Peggy Martineau, elle,  interprète de façon magistrale, Elvire, la femme digne et bafouée.
Quant à Dom Juan (Florent Guyot), Anne Coutureau en fait un être peu attachant, violent, impulsif, égoïste, calculateur, qui cherche le plaisir et la jouissance dans le mépris affirmé de l’autre. Et nous approuvons, bien entendu, la position de la metteuse en scène sur la condition féminine, quand elle met en exergue le rapport distordu de l’homme à la femme, du maître abuseur à la servante abusée, du consommateur à la consommée, et en général, du puissant au faible… Don Juan, le séducteur suit l’appel instinctif de son corps : un désir à fleur de peau qui lui fait « aimer» toute jeune femme qui passe près de lui. Avec comme méthode arriver à ses fins, la violence physique et mentale.
La pièce prend alors l’allure d’une danse de mort, sombre et oppressante mais le jeu en vaut bien la chandelle: Anne Coutureau dénonce ici avec raison la place réductrice, encore maintenant, assignée à la femme et aux êtres de moindre condition sociale : valets, paysans et bourgeois.
Le spectacle, qui gagnerait à être parfois plus resserré, devrait vite trouver son vrai rythme de croisière.

 Véronique Hotte

 Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 17 avril.

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