Huis Clos de Jean-Paul Sartre

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Huis Clos de Jean-Paul Sartre, mise en scène d’Agathe Alexis et Alain-Alexis Barsacq

 «L’enfer, c’est les autres », la réplique de cette pièce a fait florès… Trois personnages, récemment décédés, sont enfermés ensemble pour l’éternité, et condamnés à se torturer les uns les autres. Pas de flammes, ni  gril, ni  pals dans ce lieu où chacun sera le bourreau des autres.
Selon le philosophe, sa fameuse petite phrase a été mal comprise : «On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’était toujours des rapports infernaux. Or, c’est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors, l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance. »
Jean-Paul Sartre a mis en place une dialectique diabolique, avec des personnages dépravés, lâches et menteurs : Joseph Garcin, directeur d’un journal pacifiste, coureur de jupons vivant à Rio avec sa femme et fusillé pour désertion (Bruno Boulzaguet), Inès Serrano, ancienne employée des Postes, lesbienne perverse responsable du suicide du mari de Florence qu’elle a détournée de lui; Inès sera finalement tuée par cette même Florence (Agathe Alexis), et Estelle Rigault, riche mondaine, nymphomane, qui a tué son bébé sous les yeux du père qui était son amant et qui s’est suicidé (Anne Le Guernec).
Ils vont s’affronter, s’allier en alternance, mais pour mieux se trahir. Aucun ne peut échapper au regard de l’autre qui va le juger. Ce drame, concis, en un acte et cinq mouvements, ménage de constants renversements de situation.
La mise en scène, sans affèterie, privilégie le texte, met en valeur son habileté dramaturgique, et se concentre sur le jeu des acteurs. Précis dans leurs déplacements, justes dans leur phrasé, ils campent des êtres à la fois pugnaces et vulnérables, tels des boxeurs sur un ring. Malgré leurs tentatives pour échapper à cet enfer, ils ne peuvent s’empêcher de revenir à la charge..
La scénographie traduit cet enfermement moral : un lieu vide, abstrait, avec trois fauteuils et, en fond de scène, un escalier qui ne mène nulle part, surplombé par le « bronze de Barbedienne » comme le précise la didascalie mais qui, ici ne ressemble pas à la sculpture attendue. Le dispositif  bi-frontal englobe les spectateurs, confinés eux aussi dans le petit espace de l’Atalante, bas de plafond, étouffant !  Surtout quand la fumée pénètre par la porte donnant sur un long et mystérieux couloir, par où entre et sort le gardien.
Créée par Raymond Rouleau, avec  Michel Vitold, Tania Balachova, Gaby Sylvia,et René-Jean Chaufard au théâtre du Vieux-Colombier, à Paris le 27 mai 1944, sous l’occupation allemande -ce qui avait exposé son auteur aux vindictes des patriotes-, la pièce apparaît ici dépoussiérée et n’a perdu ni de sa force ni de son ambiguïté.
Pourtant, en convoquant ces damnés, Jean-Paul Sartre entendait aborder la notion de liberté : « Ils ont commencé à être lâches, rien ne vient changer le fait qu’ils étaient lâches. C’est pour cela qu’ils sont morts, c’est pour cela, c’est une manière de dire que c’est une mort vivante que d’être entouré par le souci perpétuel de jugements et d’actions que l’on ne veut pas changer. De sorte que, en vérité, comme nous sommes vivants, j’ai voulu montrer par l’absurde, l’importance chez nous de la liberté, c’est à dire l’importance de changer les actes par d’autres actes. Quel que soit le cercle d’enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser (…) »  De quoi méditer… Cette version de Huis clos, simple et forte nous y incite.
Créé à l’Atalante en 2013, le spectacle s’est déjà joué plus de cent fois. Ces nouvelles représentations vont relancer des tournées, en avril à Kiev, puis en Guyane et en Espagne… 

 Mireille Davidovici

 Théâtre de l’Atalante, place Charles Dullin, Paris, jusqu’au 27 mars.

 

 

 


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