Performers, chorégraphie d’Auguste Ouédraogo et Bienvenue Bazié

Performers, chorégraphie d’Auguste Ouédraogo et Bienvenue Bazié

 

Dans le cadre des Traversées africaines (voir Le Théâtre du Blog), le Tarmac invite la compagnie Auguste-Bienvenue à partager avec le public une création singulière, mêlant improvisation musicale, chorégraphique et lumineuse pour  « faire vivre au spectateur ces moments de recherche où les matières naissent, se développent et se transforment, dit  Bienvenue Bazié.’ »
 Avec son complice, Auguste Ouédraogo, il installe progressivement une gestuelle commune, d’abord hésitante, puis plus affirmée, et Nyum accompagne ou lance leurs mouvements avec son vibraphone, ses vocalises et des sons enregistrés au synthétiseur qui leur font écho. Avec des bulles « électrOrganiques » en boucles répétitives, parties prenantes de la danse qui s’élabore sous nos yeux.
De même, les éclairages suivent les mouvements des deux interprètes : un projecteur manipulé à bout de bras éclaire un bras, un pied ou le torse de l’un ou de l’autre… Le technicien les poursuit avec un rai de lumière qui les attrape au vol, en composant une sorte de partition-lumière à part entière.
La pièce prend corps lentement et on sent les danseurs tâtonner mais leurs hésitations font partie de la chorégraphie. Puis la musique s’affirme davantage : « Le rôle de Nyum, dit Auguste Ouédraogo, à été de chercher des bruitages, des univers musicaux, et de créer des bases de données qui permettent de  composer en direct avec nous . »
Au fil des cinquante minutes de spectacle, la scène s’éclaire de façon progressive grâce à des projecteurs qu’on accroche à vue, les uns après les autres sur des pieds, à cour et à jardin, seuls ou en batteries. De cette combinatoire de sons, lumières et danse, naît un spectacle composite mais structuré avec des moments de grâce où le quatuor fonctionne à plein, mais aussi avec des creux où les spectateurs peuvent se perdre en cours de route.
On l’aura compris, Performers, spectacle expérimental, participe d’une exploration de la matière mouvante et éphémère de l’être-en-scène, avec ses harmonies et ses dissonances. Avec cette performance, suite d’instantanés, qu’elle a créée à Bordeaux, la compagnie quitte la forme des pièces très écrites et engagées, combinant danse africaine et danse contemporaine d’Europe, qu’elle a coutume de jouer en France et au Burkina-Faso.

 Mireille Davidovici

Le spectacle s’est joué au Tarmac à Paris jusqu’au 18 mars, et sera repris au festival Danse Afrique Danse, à Ouagadougou en octobre prochain.

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Archive pour 20 mars, 2016

Les gens d’Oz de Yana Borrisova

Les Gens d’Oz de Yana Borrisova, traduction du bulgare de Galin Stoev et Sacha Carlson, mise en scène de Galin Stoev 02-23oz267Le sous-titre de la pièce: Plusieurs entretiens dont on peut modifier le goût, le désir ou l’humeur du lecteur donne une idée de ce curieux texte, fondé sur une  conversation sans cesse reprise entre gens d’âge différent.
D
ans un espace nu, avec un mur recourbé comme la toile de fond d’un studio photo, avec au-dessus, un écran qui accueillera ensuite une sorte de paysage vidéo mouvant.
Il y a juste une chaise, deux très gros canapés/boudins/polochons où les plus jeunes des personnages aimeront se jeter. A jardin, une porte avec barre de sécurité comme dans les lieux accueillant du public et, à cour, une autre porte avec, à côté, avec machine  à écrire posée sur une petite table.
Cela commence plutôt bien. Erwin (Tristan Schotte), jeune homme émouvant par son indécision, a été invité à dîner chez Mia qu’il décrit comme très séduisante. Son ami,  Sart (Vincent Minne) voudrait bien l’accompagner, et on sent qu’il aurait peu de scrupule à ne faire qu’une bouchée de la jeune femme.
Il y a aussi une certaine Anna, écrivain, la cinquantaine (Bérangère Bonvoisin), qui vit dans un grand appartement où elle a recueilli Truman, un pianiste désargenté en proie à un certaine tristesse (Yoann Blanc). Anna n’a fait publier en réalité aucun livre depuis une dizaine d’années. Puis apparait cette Mia, en effet très belle et attirante qui travaille dans l’édition (Edwige Bally) et à laquelle Erwin n’est pas insensible.
   Dénominateur commun à ces cinq personnages: l’immeuble où vivent Anna et Truman qui les fascine tous: « Moi, dit Mia, je ne suis jamais passée par cette rue. Elle est comme sortie d’un film. Non plutôt d’un livre ».  Truman  lui répond simplement: “Cette maison a du caractère: si tu ne lui plais pas, elle te chasse… » Erwin finira par y trouver un appartement et Mia y viendra aussi de plus en plus souvent. Dans cette pièce écrite en courtes séquences, presque cinématographiques, les personnages qui  font parfois penser à ceux des  films d’Eric Rohmer, parlent avec finesse de musique, d’arts, mais aussi bien sûr, de sentiments amoureux, et la deuxième partie des Gens d’Oz tournera plutôt autour de Mia. Tout de suite crédibles comme si nous avions affaire à des gens de notre immeuble, ils nous deviennent de plus en plus familiers.
Et cela fait, au début du moins, l’intérêt de cette pièce que Yana Borrisova aurait quand même eu le plus grand intérêt à élaguer. Interprétée avec nuances, et correctement mise en scène par Galin Stoev (on l’a connu quand même plus inspiré), le texte a quelque chose d’authentique mais est trop long! La dramaturge
semble avoir un problème de format: sur une heure quarante, ses dialogues, parfois assez stéréotypés, ont du mal à rester convaincants.  Et le public, sans doute lassé, a mollement applaudi…
L’ennui montre le bout de son nez et mieux vaut donc être attentif si l’on veut continuer à écouter jusqu’au bout “ces enfants-adultes ou d’adultes mal grandis qui jouent devant nous pour produire de la tendresse, comme seule façon de s’opposer à la destruction totale du monde extérieur” comme le dit Galin Stoev.

Une occasion de découvrir une auteure inconnue en France… Mais attention, danger! N’y emmenez surtout pas votre vieille cousine, ni votre amoureuse …

Philippe du Vignal

Théâtre de la Colline, Paris jusqu’au 2 avril. T: 01 44 62 52 52.    

Trilogie du devoir de Botho Strauss

de-giuseppe-greco-pour-trilogie-du-revoir-reduitTrilogie du devoir de Botho Strauss, traduction de Claude Porcell, mise en scène de Benjamin Porée

 

  Le dramaturge allemand a écrit cette pièce en 1977 pour la troupe de la Schaubühne, après avoir réalisé une adaptation des Estivants de Maxime Gorki que lui avait demandé Peter Stein, alors directeur du fameux théâtre. Et Claude Régy la monta en 80, dans une mise en scène admirable, très épurée, avec la très jeune Christine Boisson et  avant Grand et petit et Le Parc. Il nous révéla, avec  Michel Dubois et Patrice Chéreau qui, eux, mirent en scène Le Temps et la chambre ce théâtre sur la solitude, l’enfermement, l’incommunicabilité entre les êtres de  toute classe sociale. Mais la pièce,  avec des séquences souvent courtes, ou parfois longues avec de nombreux monologues, difficile à monter et qui nécessite une nombreuse distribution,  a donc été peu reprise.
 Ici, une tribu contemporaine d’hommes et de femmes appartenant  au milieu artistique, à l’intelligentzia locale et à la bourgeoisie d’affaires, se pose la question de savoir quel sens elle peut donner à sa vie quand elle consomme sans grand état d’âme.
Comme le dit l’auteur, ses personnages proches des «aimables épaves de Tchekov (…) sont, de malfaisante façon, des gens qui ne rêvent pas, prosaïques, éclairés, totalement dépourvus de sentimentalité. Amortis dans l’âme. Esclaves à problèmes. Ruines d’intelligence. Restes de réalistes. Petits, tout petits fantoches du général dont jamais ne sortiront de beaux indifférents, des pensifs illusionneurs d’eux-mêmes. »

Ils font partie du cercle d’Amis des Arts, et sont venus pour le vernissage de l’exposition Réalisme capitaliste, et dont Moritz, le directeur d’un musée provincial, bon chic bon genre, la cinquantaine, est le commissaire.  Menacée  d’annulation à cause d’un tableau dérangeant, elle deviendra Imaginations de la réalité  après négociations.
Il y a ici Richard, l’éditeur du catalogue en proie à une crise d’allergie devant des céréales peintes sur un tableau! Kiepert, un directeur de banque, un amateur d’art, un écrivain fauché, un acteur et son fils, un pharmacien et un adolescent qui mitraille tout le monde avec son Polaroïd. Et six femmes épouses, et/ou actuelles, anciennes ou futures amantes mais moins visibles, et dont on ne saura pas grand chose… et enfin un gardien

Ils se connaissent souvent mais semblent dépourvus de repères, regardent les tableaux, ou du moins font semblant, et bavardent comme dans tout vernissage. Vacuité, vanité et volonté de faire illusion… Ils parlent d’eux, d’art, de littérature, longtemps et beaucoup, un verre à la main mais incapables de la moindre empathie envers l’autre, sinon le temps d’un flirt poussé; bref, in vino veritas: ces conversations mondaines ne donnent pas une haute idée de ces gens auxquels on a parfois du mal à s’intéresser.
C’est un peu la limite de cette
pièce intéressante mais longue, et à la dramaturgie difficile, où Botho Strauss voit surtout l’occasion d’une réflexion personnelle sur la représentation du réel dans la peinture mais aussi sur l’image et l’expression de l’imaginaire dans le théâtre, la photo, la littérature… L’œuvre dramatique et romanesque de Botho Strauss agissaient il y a quarante ans, avec un sens aigu de la narration, du temps et de l’espace mais  loin des codes dramatiques de l’époque, et comme une sorte de miroir de la société. Cela dit,  le dramaturge se gardait bien dans Trilogie du revoir comme dans ses autres pièces, de donner clés et explications.
Après 68, nous étions fascinés par cette élégante réflexion sur ce désespoir existentiel et sur la solitude des habitants d’un pays comme l’Allemagne, l’Italie ou la France. Une époque où on découvrait encore le théâtre de Tchekhov, pas aussi joué que maintenant, et qui a sans doute influencé Botho Strauss, via Maxime Gorki.
  Benjamin Porrée, et on le comprend, a voulu se mesurer à cette pièce qui semble aujourd’hui peut-être un peu datée, dont la construction est faite d’allers et retours, avec un grand nombre de personnages comme dans le remarquable Platonov de Tchekhov justement, qu’il avait monté il y a trois ans (voir Le Théâtre du Blog).
« Nous sommes donc comme les personnages de la pièce nous aussi encore dans cette même crise. Nous en sommes les enfants, les observateurs par naissance et nous devons continuer d’en témoigner, (…) Nous avons voulu penser les images  Notre travail trouve ici son moteur dramaturgique dans le visuel, dit Benjamin Porrée. Les corps au plateau ainsi que les projections de vidéo composent des tableaux vivants. » 
Oui, mais une fois sur le plateau, cela donne quoi ? Malheureusement, pas grand chose d’intéressant. D’abord la scénographie, assez prétentieuse ne peut pas  servir une pièce comme Trilogie du revoir. Imaginez un grand espace vide avec un canapé de six places au moins que l’on verra sur tous les angles,  grâce à un plateau tournant à deux pistes, avec au fond,  une grande paroi vitrée qui servira, comme les deux côtés de la scène, d’écran vidéo.  Avant même que la représentation commence, l’adolescent qui, dans la pièce prend en photo les visages des spectateurs avec un Polaroïd, tient ici une petite caméra dont les images sont retransmises en très gros plan, et cela de façon presque permanente. Bref, cela commence mal, avec ce procédé que l’on voit partout depuis quelques années, devenu d’une banalité affligeante et qui n’apporte rien même pas un confort visuel.
 Benjamin Porrée dit vouloir: «mettre en lumière la coexistence entre le films, le théâtre, le off, le Hors-champs (sic). Mon but est de donner au spectateur la sensation qu’il est un visiteur privilégié de l’exposition. Les images projetées s’approchent,comme s’il faisait lui-même un pas pour examiner le détail d’un tableau.»
Quelle naïveté! 
Le jeune metteur en scène semble ici découvrir avec émerveillement, de nouveaux joujous avec la vidéo et un plateau tournant qui ici ne sert strictement à rien (tout le monde n’est pas Thomas Ostermeier !)
A cause d’un manque de véritable réflexion dramaturgique et scénographique, il n’y a donc aucune évolution dans la mise en scène du réel, et ce qui aurait pu être, de nos jours, assez provocateur et dénonciateur d’un monde urbain et d’un mode de vie capitaliste) distille un rare ennui…
Comme le disait hier sur France-Inter l’écrivain et metteur en scène Wouajdi Mouawad, le théâtre se doit de proposer une parole pour recréer une communauté, mais à la condition que cela soit bien fait. En confondant impunément image et texte,  Benjamin Porrée s’est vite pris les pieds dans le tapis!
Bref,il ne réussit jamais à réaliser la forme de narration dramatique imaginée par Botho Strauss, et le spectacle ne fonctionne pas. Surtout avec des acteurs qui, pas ou peu dirigés et à la diction souvent approximative comme Sylvain Diueuaide, (le directeur du musée) qu’au début surtout on a du mal à comprendre…
Même de bonnes comédiennes comme Mireille Perrier ou Hélène Rencurel ont du mal à s’imposer.
Et avec une unité de jeu aux abonnés absents, le résultat ne se fait pas attendre : dans cette belle et grande  salle à moitié vide, (bonjour l’ambiance !) le public où il n’y a presque aucun jeune, somnole, et une bonne vingtaine de spectateurs s’enfuit discrètement au bout d’une heure. On les comprend !
Le spectacle, déjà assez mal accueilli cet été en Avignon,  durait trois heures; même réduit à deux heures et demi, il n’arrive jamais à prendre son envol et devient vite interminable. Public de Meaux, Beauvais, Tarbes, Mulhouse, Saint-Quentin et Montluçon, vous pourrez vous épargner ce naufrage théâtral. Qu’en sauver ? Juste quelques belles images-soignées,peut-être même trop-d’ombres d’invités en fond de scène! Un peu juste pour une soirée !
«Quand il réussit, dit Botho Strauss, quand il utilise les comédiens pour ramener le plus lointain à une inconcevable proximité, le théâtre acquiert une beauté déconcertante, et le présent gagne des instants qui le complètent d’une manière insoupçonnée. »
Avec cette revisitation de Trilogie du revoir, on en est vraiment loin! Dommage…

Philippe du Vignal

Le spectacle s’est joué du 9 au 20 mars aux Gémeaux/Scène nationale 49 avenue Georges Clémenceau (92)Sceaux.

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