Borderline, chorégraphie de Honji Wang et Sébastien Ramirez

Borderline chorégraphie de Honji Wang et Sébastien Ramirez

   4887882_6_8620_borderline-de-sebastien-ramirez-et-honji_77efebb8a373d9f748806d845fab3d9aPour la troisième fois en quatre ans, le Théâtre de la Ville programme cette pièce emblématique de la compagnie Wang Ramirez, créée en 2013 (voir Le Théâtre du Blog). Et l’on comprend pourquoi, devant l’enthousiasme du public au moment des saluts. La générosité, l’énergie et la virtuosité des cinq danseurs dans cette mise en scène articulée autour de la mécanique des corps, de l’équilibre et de la gravité, y contribuent largement, tout  comme le travail de gréage de Kai Gaedtke, magicien des filins.
Tandis qu’oscille un grand cube métallique sans cloisons, suspendu aux cintres, deux danseuses, retenues et soulevées par des longes, se ruent vers lui sans l’atteindre, le célèbre essai d’Heinrich von Kleist Sur le théâtre de marionnettes donne le la : nous parviennent, par bribes, les propos du danseur de l’Opéra rencontré par l’écrivain dans un jardin public : «Il me fit clairement sentir que ces marionnettes pouvaient apprendre toutes sortes de choses à un danseur désireux de se parfaire(…) Je m’enquis du mécanisme de ces poupées (…) Il me répondit que. chaque mouvement avait son centre de gravité ; il suffisait de le diriger (…) Les membres, qui n’étaient que des pendules, suivaient d’eux-mêmes, sans autre intervention, de manière mécanique.(…)»
En liberté, ou manipulés au bout de gréements, les artistes défient les lois de la pesanteur. Mêlant hip hop, break dance, classique, et danse contemporaine, ils franchissent les frontières entre ces styles avec une fluidité naturelle. Ils flottent en l’air dans des envolées poétiques ou se déchaînent jusqu’à s’en déboîter les membres. I
ls savent aussi faire rire, comme avec ce pas-de-deux de Honji Wang et Christine Joy Alpuerto Ritter, perchées sur des talons vertigineux. 

La musique de Jean-Philippe Barrios est au diapason, mixant les sons électroniques, favorisant les échos, et jouant entre harmonies et percussions. Avec, en surimpression, des textes enregistrés et quelques dialogues où il est question de démocratie, de répression policière ou de l’amour nécessaire au développement humain, via une anecdote sur la réceptivité de l’eau aux sentiments, cet eau dont nous sommes faits à quatre-vingt pour cent. 

 Ces texte et dialogues n’illustrent pas la danse ou inversement, mais y apportent une dimension supplémentaire, et parallèlement au hip hop, d’origine populaire,  témoignent d’un engagement citoyen. On peut reprocher au spectacle une dramaturgie approximative, juxtaposant morceaux de bravoure, volontarisme politique, et textes de facture parfois négligée. Mais il possède une cohérence esthétique et métaphorique, avec une recherche de l’équilibre dans l’instable et la suspension,  à la limite d’états bordeline. Il participe aussi d’un métissage des genres. Honji Wang et Sébastien Ramirez constituent un couple et une compagnie multiculturels :  elle, Coréenne ayant grandi à Berlin, s’inspire de la danse classique et des arts martiaux;    lui, de parents espagnols,  a été finaliste au fameux championnat de hip hop, Redbull BC ONE. Créateurs sans frontières, ils vivent entre le Sud-Ouest de la France et l’Allemagne.
Poursuivant la tournée mondiale de leur répertoire, ils peaufinent aussi leur dernière création, Everyness. Comme dans Borderline, on y retrouve des séquences aériennes. Présentée en avant-première en février à l’Archipel de Perpignan où les artistes sont en résidence depuis 2014, elle sera bientôt visible à Paris, Barcelone et Berlin.

 Mireille Davidovici

 Spectacle présenté au Théâtre de la Ville du 22 au 25 mars.

 

www.wangramirez.com

 

 


Archive pour 27 mars, 2016

Holderlin à la folie

Hölderlin à la folie mise en scène de Jacques Albert-Canque

 

 DSCF7323C’est la troisième fois que le Groupe 33 dirigé par Jacques Albert-Canque crée un spectacle sur Hölderlin. Ces créations furent ensuite reprises à Munich, Tübingen, Francfort, etc. Cela se passe dans la bibliothèque du Goethe Institut de Bordeaux où sont conservés poèmes et lettres de Friedrich Hölderlin qui y habita une longue année, précepteur de la fille du consul d’Allemagne. Il avait traversé la France par les monts d’Auvergne! depuis Iéna sa ville natale où, comme lui, vécurent notamment Goethe et Schiller.
Avec Friedrich Hölderlin, son vieux compagnon de route et de vie, Jacques Albert-Canque réitère ici et avec bonheur l’aventure qu’il avait tentée et réussie avec  un  spectacle sur Büchner, il y a trois ans dans cette même salle du Goethe Institut (voir Le Théâtre du Blog)
  Le grand poète allemand (1770-1843) eut une vie d’abord marquée par la mort de son père, puis de son beau-père, quand il avait deux puis sept ans, et celle de plusieurs de ses petites sœurs et d’un demi-frère. Il fut ensuite hébergé chez Zimmer, un menuisier, et connut une descente mentale aux enfers pendant trente ans avant de s’éteindre doucement… Descente mentale due aussi sans doute aux relations compliquées avec sa mère qui, dit Jacques  Albert-Canque, n’alla même jamais le voir chez Zimmer…
  Dans  un dispositif comparable à celui qui fut utilisé pour la célébration de  Büchner: a une grande table blanche où sont projetées en permanence des lumières vidéo non figuratives, autour de laquelle sont assis six jeunes garçons et filles: Lucas David, Thomas Buffet, Pauline Rousseau, Anastassia Molina, Auguste Poulon, Caroline Ducros, et plus âgés, un acteur allemand Jürgen Genuit qui dira dans la langue d’ Hölderlin quelques extraits de de ses poèmes, et Colette Sardet. ( Le public, une trentaine de personnes étant disposé autour).
Dirigés avec précision et sensibilité par le metteur en scène, il disent avec une grande vigilance et sans aucune emphase, des poèmes du grand écrivain. D’abord le très beau Andenken (Le Vent du Nord-Est), enregistré en voix off et en allemand  : «Il vente du Nord-Est/ Le plus cher qui d’entre les vents me soit, car il prédit  fougue, enthousiasme, et bon voyage aux mariniers. Mais pars maintenant, et salue la belle Garonne et les jardins de Bourdeaux…
P
uis des extraits d’une lettre de Friedrich Hölderlin quand il arrive à Bordeaux en janvier 1802 et des textes de Waiblinger, Bettina von Arnim, et une lettre de Schelling à Hegel: “Depuis un voyage en France qu’il a entrepris sur les recommandations du professeur Ströhlin avec des idées complètement fausses de ce qu’il aura à faire durant un emploi sur place et dont il est aussitôt revenu, car apparemment on lui a présenté des exigences qu’il était incapable de remplir – en partie par incompétence, en partie dû à son hypersensibilité – depuis ce voyage fatal il est complètement détraqué d’esprit, même étant encore capable jusqu’à un certain point de réaliser certains travaux telle que la traduction du grec, mais par ailleurs dans une complète absence d’esprit. Cette observation a été très bouleversante pour moi : il néglige son apparence extérieure jusqu’à l’écœurement et il a adopté, étant donné que ses paroles n’ont rien de déplacé. »
 DSCF7336Mais aussi un beau texte de Jean Laplanche, médecin, psychanalyste, élève puis ami de Jacques Lacan, et auteur avec Jean-Bertrand Pontalis du fameux Dictionnaire de psychanalyse (1967). Vigneron bourguignon du château de Pommard le matin, et écrivain l’après-midi, décédé il y a quatre ans et que l’on avait vu en 2000 dans Les Glaneurs et la glaneuse d’Agnès Varda puis dans Les Glaneurs et la glaneuse …deux  ans après : « Pauvreté, , plus exactement, impression de solitude, tel est le prix dont Hölderlin, délibérément, accepte de payer ce qu’il appelle plus que jamais de ses souhaits, son indépendance : «Je suis donc retourné en toute paix à Iéna pour vivre dans une indépendance dont je ne jouis maintenant que pour la première fois de ma vie ; j’espère qu’elle ne sera pas stérile » (lettre à Hegel). Ainsi le problème est toujours le même que celui qui se posait déjà à Iéna : la transition entre l’adolescence et l’âge mûr, le passage de l’homme à l’autonomie, au règne de la vérité et de la liberté.
Suivra un extrait d’un texte de Pierre Bertaux sur la maladie de Friedrich Hölderlin : “La théorie psychiatrique du double lien jette une nouvelle lumière sur la relation entre Friedrich et sa mère. Selon cette théorie, ce que l’on nomme schizophrénie résulterait d’une relation perturbée entre deux ou plusieurs personnes, l’une d’elles étant désignée comme la victime. Celle qui inflige généralement  la relation de double lien, c’est la mère, et son enfant est la victime. Les messages qu’elle lui destine sont ambigus et contradictoires : d’une part elle l’assure de son affection, de sa tendresse ; de l’autre elle le menace de punition » si tu fais ceci, si tu ne fais pas cela, je te punira ». Ou bien elle le punit effectivement.
Devant cette contradiction, l’enfant ne sait plus que penser et fabrique un comportement particulier, celui de la schizophrénie. Selon Gregory Bateson, (anti-psychiatre fondateur de l’Ecole de Palo Alto vers 1970) il y a un rapprochement à faire entre les symptômes de la schizophrénie et des syndromes «dont la plupart ne sont pas considérés  comme pathologiques comme «l’humour, l’art, la poésie ».

Et aussi et encore un texte du philosophe Guy Karl: “Fou Hölderlin? je demande à voir. Malade, agité, caractériel, hyper-réactif, mélancolique et maniaque, j’y consens. Mais fou? C’est autre chose. En tout cas il n’est nullement dément, là- dessus, le menuisier qui l’a hébergé plus de trente ans est formel, qui l’appelait affectueusement « notre Hölderle », ou « notre cher fritz ». C’était le poète de la maison, leur bien-aimé poète et camarade.
Tout un parcours de vie est ici présenté . Lotte, la fille de Zimmer, quand le maître de maison sera décédé, reprendra les soins avec une attentions touchante et filiale (…)Sa souffrance, son abominable souffrance, il la dissimule derrière ce grimacement pénible, comme pour dire « Mais enfin, laissez moi donc tranquille! J’ai quitté le monde, qui m’a brisé comme un roseau, j’ai tout quitté pour cet asile de sérénité relative et jusques ici, vous venez me persécuter de votre insane curiosité! »

  Jacques Albert-Canque avait prévenu: “Vous verrez, c’est d’une esthétique protestante”. Effectivement, le spectacle/performance est d’une simplicité et d’une rigueur absolue (dramaturgie, diction, lumière, musique (de Jean-Michel Rivet), et pourtant quel bonheur théâtral, à la fois juste et efficace même dans  des conditions rustiques! En quelque soixante minutes, (à l’heure des spectacles-fleuves, cela fait du bien!), Jacques Albert-Canque a monté cet Hölderlin à la folie avec une grande acuité, et on sort de là, avide de connaître davantage ce grand poète dont l’univers a souvent fasciné les metteurs en scène (voir Le Théâtre du Blog), comme entre autres Klaus Michael Grüber, il y a déjà quarante ans, avec son mythique Empédocle
  Ce serait vraiment dommage que cette création jouée seulement quatre fois au Goethe Institut ne soit pas reprise ailleurs, y compris et surtout au Centre Dramatique National de Bordeaux…Il nous semblerait juste que Catherine Marnas puisse accueillir dans de bonnes conditions techniques cette « petite forme », comme disait Antoine Vitez,  mais de grande qualité.

 Philippe du Vignal


Cette performance/spectacle s’est jouée  du 22 au 25 mars au Goethe Institut de Bordeaux

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On écrit sur tout ce qui bouge, sessions d’écriture dans l’espace public

 

On écrit sur tout ce qui bouge, session d’écriture dans l’espace public autour de la future gare Châtillon-Montrouge du Grand Paris Express, conception d’Emma Drouin,  avec le 2ème Groupe d’Intervention

invitations-M-1Amateurs, professionnels, nouveaux arrivants ou habitants de longue date, qui  avons envie de nous frotter à l’espace public, sommes convoqués à la boutique du 2e Groupe d’Intervention, près de la Fabrique des Arts de Malakoff. Emma Drouin, la directrice artistique nous donne les règles du jeu de cette visite, trois heures durant, dans les rues de Malakoff et de Châtillon, dont le paysage va donc  subir une transformation profonde d’ici 2020.
Elle propose des missions ludiques et méthodes d’approche qui aiguisent les regards, précisent l’écoute, stimulent les associations d’idées, réveillent le toucher, et impliquent le corps pour entrer en contact avec les espaces extérieurs.

Emma Drouin nous donne un tablette pour photographier, un calepin et un stylo pour prendre des notes là où elle nous le demandera, et un sac en plastique et des gants pour ramasser les détritus qui révèlent l’insouciance des passants qui les y abandonnent sans scrupule.
Nous la suivons dans le dédale des rues, pour arriver à Châtillon, à proximité de la station de métro. Le café du coin et plusieurs pavillons sont déjà en cours de démolition, nous en  prenons des photos puis Emma Drouin nous emmène à Pôle-Emploi jouxtant un site de la préfecture où les migrants font des queues interminables pour obtenir  leur précieux sésame.
Nous traversons la rue Pierre Brossolette pour suivre le chemin qui longe le métro jusqu’à à une petite rue aux vilains pavillons, et à  une cité voisine en travaux. Il y a un joli Bar de l’Amitié avec une cinquantaine de photos de Johnny Halliday dont le patron à queue de cheval grisonnante est un fan irréductible. Et là, nous devons écrire ce que nous pensons des gens qui remplissent le bar.
Une fois les collectes réalisées (photos, courtes vidéo, écrits, enregistrements, dessins..), Emma Drouin rassemblera l’ensemble pour en composer une cartographie sensible avec exposition, lectures et représentations à la Fabrique des Arts, les 15, 16 et 17 avril.

Edith Rappoport

Prochaines visites  le mercredi 30 mars, les samedi 2 et mercredi 6 avril à 10 h, 13 h, 14 h 30 et 17 h 30.21 bd de Stalingrad 92240 Malakoff
www.deuxiemegroupe.org

 

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