Phèdre(s), mise en scène de Krzysztof Warlikowski

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Phèdre(s) de Wajdi Mouawad, Sarah Kane, J. M. Coetzee, création, adaptation et mise en scène de Krzysztof Warlikowski

 Phèdres-Isabelle-Huppert-dans-Un-Tramway-mis-en-scène-par-Warlikowski-e1441883754373Le metteur en scène polonais, maintenant bien connu du public français, a axé son nouveau spectacle sur le personnage mythique de Phèdre, à partir de quatre pièces ou extraits de pièces que joue Isabelle Huppert omni-présente sur le plateau.
Małgorzata Szczęśniak, sa scénographe a imaginé de hauts murs sinistres qui dépassent le cadre de scène et qui évoquent un lieu très fermé: hôpital, prison vieux palais déserté… Côté cour, un mur de miroirs avec un lavabo des années 30. Au fond, un carré de douche, et côté cour, un praticable sur rails, sorte d’aquarium géant rétractable  (le joujou favori du metteur en scène polonais !) où se passent certaines scènes.
Des cintres, pendent deux ventilateurs qui tournent par moments,  comme pour dissiper un air tragique trop lourd mais éclairés par un pinceau de lumière très esthétisant.
La  scénographie que le metteur en scène a demandé à sa collaboratrice habituelle, est plastiquement remarquable et… sans doute coûteuse, mais ne se justifie pas vraiment. Et à quoi sert cette retransmission vidéo,  immédiate et en très gros plan de visages, fastidieuse et répétitive, assez obscène (au sens étymologique du mot)? Procédé usé jusqu’à la corde, dont on s’étonne qu’un metteur en scène aussi averti que Krysztof Warlikowski fasse encore ses délices. D’autant plus qu’on voit aussi en gros plan-et c’est très laid! -le micro H.F. collé sur la joue des acteurs comme une verrue ? A quoi servent aussi, ces images pléonastiques d’un extrait présenté en boucle de Psychose d’Alfred Hitchcock où le sang et l’eau coule dans le récepteur de douche!
La  première de ces pièces est de Wajdi Mouawad qui avait déjà «adapté» (mais pas bien du tout) Un Tramway nommé désir de Tennessee Williams que Krzysztof Warlikowski avait monté au Théâtre de l’Odéon avec déjà Isabelle Huppert (voir Le Théâtre du Blog), dans une mise en scène peu convaincante.
L’actrice débite ce texte, inspiré à la fois d’Euripide et Sénèque, assez vite et sans  trop de nuances, de façon un peu mécanique, et cela n’augure pas bien de la suite ! On y voit d’abord la figure d’Aphrodite et ensuite Nora Krief chante merveilleusement une chanson écrite pour la célèbre Oum Kalsoum. Puis il y a un numéro de danse  orientale-très réussie et bien éclairée-de Rosalba Torres Guerrero…
Suit L’Amour de  Phèdre de  Sarah Kane plus intéressant, et il y a même un-court!-moment  où on sent la passion de Phèdre pour un Hippolyte au langage très cru, qui reste distant et odieux. On la voit lui imposer une fellation mais il faut se pincer pour y croire vraiment.
Krystof Warlikowski nous offre ici un travail appliqué et où l’usage permanent de micros HF, la retransmission systématique de la plupart des scènes sur très grand écran vidéo, et la rétractation d’un praticable participent d’un auto-académisme. Malgré son savoir-faire, l’ensemble du spectacle reste sec et Isabelle Huppert est souvent peu crédible, même et surtout dans les scènes d’amour et d’orgasme avec Andrzej Chira et Gaël Kamilindi qui jouent chacun un Hippolyte.

Puis après un entracte bienvenu, le spectacle se poursuit avec une adaptation d’un dialogue extrait d’Elizabeth Costello (2003) roman de J. M. Coetzee, auteur australien et prix Nobel.  On apprend, au cours d’une interview avec un journaliste que cette romancière de La Maison de la rue Eccles donna voix à Molly Bloom, le personnage de l’Ulysse de James Joyce…. Elle « a soixante-six ans, a écrit neuf romans, deux recueils de poèmes, un livre sur la vie des oiseaux et des articles de journaux, a été mariée deux fois, et a deux enfants, un de chaque mariage. A
u cours de l’interview, elle repense à Frances de Graeme Clifford où Jessica Lange joue le rôle d’un sexe-symbole hollywoodien, qui, après une dépression nerveuse, se retrouve dans un asile d’aliénés, droguée, lobotomisée, attachée sur son lit, pendant que des employés de l’établissement vendent des billets pour tirer un coup vite fait avec elle ». Et hop ! on a droit à la projection de la séquence du film !
Et ensuite à propos d’une histoire de rapports entre les humains et les dieux, rehop! On a a encore aussi droit à un extrait de Théorème de Pier Paolo Pasolini.
En fait, tout se passe comme si le metteur en scène avait constamment besoin d’images-béquilles et d’un arsenal technologique pour faire évoluer son spectacle…
 Mais enfin,  Isabelle Huppert, qui n’est plus figée face public, en tailleur pantalon noir orné d’une grand collier doré, est très l’aise, drôle et juste dans  cette caricature d’écrivaine interviewée, proche aussi des personnages qu’elle a incarnés au cinéma. Sans doute, le seul moment (certes un peu facile mais réjouissant) dans un océan d’ennui…  Suivent ensuite et pour en finir, quelque cinquante vers de la Phèdre de Racine où l’actrice massacre allègrement-sans doute de par la volonté du metteur en scène-la scansion des alexandrins de Racine pour en faire une conversation banale. Pathétique…
Cette suite de textes, munie de titres projetés comme: BEAUTÉ, CRUAUTÉ, PURETÉ, INNOCENCE, RÉALITÉ construite sur une dramaturgie assez faible, ne fonctionne pas bien.  Il y a même (comme dans le théâtre de boulevard !) un interlude avec, de nouveau, une danse de Rosalba Torres Guerrero, pour qu’Isabelle Huppert ait le temps de changer de costume!
Bref, on a affaire à un numéro d’actrice (revendiqué:  « Aucun rôle ne m’a marquée, dit Isabelle Huppert, c’est moi qui les marque ») inscrit dans un patchwork assez prétentieux, qui se voudrait tragique mais qui, mis en scène de façon hypertrophiée, reste bcbg  et qui, malgré de belles images sur papier glacé, n’offre donc guère d’émotion!
Quand on lit le texte de Daniel Loyaza qui, dans le programme, commente avec beaucoup d’acuité les intentions de Krzysztof Warlikowski, on a vraiment envie d’y aller voir de plus près. Mais ensuite quelle déception devant le résultat sur le plateau!
Isabelle Huppert mérite mieux que cette chose approximative. Ses admirateurs applaudissent, les autres spectateurs beaucoup moins…
Cela pose une fois de plus la question : que va-t-on voir au théâtre ? Une vraie troupe avec des acteurs solidaires, dirigés avec efficacité et au service d’un texte solide qu’il soit contemporain ou non, ou bien une actrice, certes des plus expérimentées et vedette de cinéma, où on ne voit qu’elle, dans un spectacle tricoté pour elle,  sans unité de jeu et où les autres comédiens, un peu seuls, lui servent de faire-valoir à elle…
 De bonnes raisons d’y aller ? On aurait bien du mal à vous les indiquer ! Sinon pour voir Isabelle Huppert faire un show (et il y faut de l’énergie) mais vous êtes prévenus : il ne s’agit en aucun cas de véritable théâtre.
Krystof Warlikowski n’a pas beaucoup apprécié le jugement de certains critiques et non des moindres sur son spectacle…Mais franchement, de quoi se plaint-il? Il s’est planté, et on l’aura connu mieux inspiré. Notamment, avec ce remarquable Les Français, qu’il a adapté d’À la Recherche du temps perdu de Marcel Proust, vraiment d’une autre qualité théâtrale, que nous avons vu à Tarbes et dont nous vous reparlerons.
Le célèbre metteur en scène est plus à l’aise quand il travaille avec ses acteurs polonais, tous sublimes, comme dans cette dernière réalisation d’une grande exigence,  sans vedette mais où, malgré le sur-titrage, on ne s’ennuie jamais, même si le spectacle dure plus de quatre heures…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon, Paris VIème,  du mardi au samedi à 20h, et le dimanche à 15h, jusqu’au 13 mai.
Comédie de Clermont-Ferrand, du 27 au 29 mai.
Barbican center, Londres du 9 au 18 juin. Grand théâtre du Luxembourg, les 26 et 27 novembre et Théâtre de Liège du 9 au 11 décembre.

   

 


Archive pour 28 mars, 2016

Phèdre(s), mise en scène de Krzysztof Warlikowski

15001740-isabelle-huppert-aucun-role-ne-m-a-marquee-c-est-moi-qui-les-marque

Phèdre(s) de Wajdi Mouawad, Sarah Kane, J. M. Coetzee, création, adaptation et mise en scène de Krzysztof Warlikowski

 Phèdres-Isabelle-Huppert-dans-Un-Tramway-mis-en-scène-par-Warlikowski-e1441883754373Le metteur en scène polonais, maintenant bien connu du public français, a axé son nouveau spectacle sur le personnage mythique de Phèdre, à partir de quatre pièces ou extraits de pièces que joue Isabelle Huppert omni-présente sur le plateau.
Małgorzata Szczęśniak, sa scénographe a imaginé de hauts murs sinistres qui dépassent le cadre de scène et qui évoquent un lieu très fermé: hôpital, prison vieux palais déserté… Côté cour, un mur de miroirs avec un lavabo des années 30. Au fond, un carré de douche, et côté cour, un praticable sur rails, sorte d’aquarium géant rétractable  (le joujou favori du metteur en scène polonais !) où se passent certaines scènes.
Des cintres, pendent deux ventilateurs qui tournent par moments,  comme pour dissiper un air tragique trop lourd mais éclairés par un pinceau de lumière très esthétisant.
La  scénographie que le metteur en scène a demandé à sa collaboratrice habituelle, est plastiquement remarquable et… sans doute coûteuse, mais ne se justifie pas vraiment. Et à quoi sert cette retransmission vidéo,  immédiate et en très gros plan de visages, fastidieuse et répétitive, assez obscène (au sens étymologique du mot)? Procédé usé jusqu’à la corde, dont on s’étonne qu’un metteur en scène aussi averti que Krysztof Warlikowski fasse encore ses délices. D’autant plus qu’on voit aussi en gros plan-et c’est très laid! -le micro H.F. collé sur la joue des acteurs comme une verrue ? A quoi servent aussi, ces images pléonastiques d’un extrait présenté en boucle de Psychose d’Alfred Hitchcock où le sang et l’eau coule dans le récepteur de douche!
La  première de ces pièces est de Wajdi Mouawad qui avait déjà «adapté» (mais pas bien du tout) Un Tramway nommé désir de Tennessee Williams que Krzysztof Warlikowski avait monté au Théâtre de l’Odéon avec déjà Isabelle Huppert (voir Le Théâtre du Blog), dans une mise en scène peu convaincante.
L’actrice débite ce texte, inspiré à la fois d’Euripide et Sénèque, assez vite et sans  trop de nuances, de façon un peu mécanique, et cela n’augure pas bien de la suite ! On y voit d’abord la figure d’Aphrodite et ensuite Nora Krief chante merveilleusement une chanson écrite pour la célèbre Oum Kalsoum. Puis il y a un numéro de danse  orientale-très réussie et bien éclairée-de Rosalba Torres Guerrero…
Suit L’Amour de  Phèdre de  Sarah Kane plus intéressant, et il y a même un-court!-moment  où on sent la passion de Phèdre pour un Hippolyte au langage très cru, qui reste distant et odieux. On la voit lui imposer une fellation mais il faut se pincer pour y croire vraiment.
Krystof Warlikowski nous offre ici un travail appliqué et où l’usage permanent de micros HF, la retransmission systématique de la plupart des scènes sur très grand écran vidéo, et la rétractation d’un praticable participent d’un auto-académisme. Malgré son savoir-faire, l’ensemble du spectacle reste sec et Isabelle Huppert est souvent peu crédible, même et surtout dans les scènes d’amour et d’orgasme avec Andrzej Chira et Gaël Kamilindi qui jouent chacun un Hippolyte.

Puis après un entracte bienvenu, le spectacle se poursuit avec une adaptation d’un dialogue extrait d’Elizabeth Costello (2003) roman de J. M. Coetzee, auteur australien et prix Nobel.  On apprend, au cours d’une interview avec un journaliste que cette romancière de La Maison de la rue Eccles donna voix à Molly Bloom, le personnage de l’Ulysse de James Joyce…. Elle « a soixante-six ans, a écrit neuf romans, deux recueils de poèmes, un livre sur la vie des oiseaux et des articles de journaux, a été mariée deux fois, et a deux enfants, un de chaque mariage. A
u cours de l’interview, elle repense à Frances de Graeme Clifford où Jessica Lange joue le rôle d’un sexe-symbole hollywoodien, qui, après une dépression nerveuse, se retrouve dans un asile d’aliénés, droguée, lobotomisée, attachée sur son lit, pendant que des employés de l’établissement vendent des billets pour tirer un coup vite fait avec elle ». Et hop ! on a droit à la projection de la séquence du film !
Et ensuite à propos d’une histoire de rapports entre les humains et les dieux, rehop! On a a encore aussi droit à un extrait de Théorème de Pier Paolo Pasolini.
En fait, tout se passe comme si le metteur en scène avait constamment besoin d’images-béquilles et d’un arsenal technologique pour faire évoluer son spectacle…
 Mais enfin,  Isabelle Huppert, qui n’est plus figée face public, en tailleur pantalon noir orné d’une grand collier doré, est très l’aise, drôle et juste dans  cette caricature d’écrivaine interviewée, proche aussi des personnages qu’elle a incarnés au cinéma. Sans doute, le seul moment (certes un peu facile mais réjouissant) dans un océan d’ennui…  Suivent ensuite et pour en finir, quelque cinquante vers de la Phèdre de Racine où l’actrice massacre allègrement-sans doute de par la volonté du metteur en scène-la scansion des alexandrins de Racine pour en faire une conversation banale. Pathétique…
Cette suite de textes, munie de titres projetés comme: BEAUTÉ, CRUAUTÉ, PURETÉ, INNOCENCE, RÉALITÉ construite sur une dramaturgie assez faible, ne fonctionne pas bien.  Il y a même (comme dans le théâtre de boulevard !) un interlude avec, de nouveau, une danse de Rosalba Torres Guerrero, pour qu’Isabelle Huppert ait le temps de changer de costume!
Bref, on a affaire à un numéro d’actrice (revendiqué:  « Aucun rôle ne m’a marquée, dit Isabelle Huppert, c’est moi qui les marque ») inscrit dans un patchwork assez prétentieux, qui se voudrait tragique mais qui, mis en scène de façon hypertrophiée, reste bcbg  et qui, malgré de belles images sur papier glacé, n’offre donc guère d’émotion!
Quand on lit le texte de Daniel Loyaza qui, dans le programme, commente avec beaucoup d’acuité les intentions de Krzysztof Warlikowski, on a vraiment envie d’y aller voir de plus près. Mais ensuite quelle déception devant le résultat sur le plateau!
Isabelle Huppert mérite mieux que cette chose approximative. Ses admirateurs applaudissent, les autres spectateurs beaucoup moins…
Cela pose une fois de plus la question : que va-t-on voir au théâtre ? Une vraie troupe avec des acteurs solidaires, dirigés avec efficacité et au service d’un texte solide qu’il soit contemporain ou non, ou bien une actrice, certes des plus expérimentées et vedette de cinéma, où on ne voit qu’elle, dans un spectacle tricoté pour elle,  sans unité de jeu et où les autres comédiens, un peu seuls, lui servent de faire-valoir à elle…
 De bonnes raisons d’y aller ? On aurait bien du mal à vous les indiquer ! Sinon pour voir Isabelle Huppert faire un show (et il y faut de l’énergie) mais vous êtes prévenus : il ne s’agit en aucun cas de véritable théâtre.
Krystof Warlikowski n’a pas beaucoup apprécié le jugement de certains critiques et non des moindres sur son spectacle…Mais franchement, de quoi se plaint-il? Il s’est planté, et on l’aura connu mieux inspiré. Notamment, avec ce remarquable Les Français, qu’il a adapté d’À la Recherche du temps perdu de Marcel Proust, vraiment d’une autre qualité théâtrale, que nous avons vu à Tarbes et dont nous vous reparlerons.
Le célèbre metteur en scène est plus à l’aise quand il travaille avec ses acteurs polonais, tous sublimes, comme dans cette dernière réalisation d’une grande exigence,  sans vedette mais où, malgré le sur-titrage, on ne s’ennuie jamais, même si le spectacle dure plus de quatre heures…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon, Paris VIème,  du mardi au samedi à 20h, et le dimanche à 15h, jusqu’au 13 mai.
Comédie de Clermont-Ferrand, du 27 au 29 mai.
Barbican center, Londres du 9 au 18 juin. Grand théâtre du Luxembourg, les 26 et 27 novembre et Théâtre de Liège du 9 au 11 décembre.

   

 

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