Old Times d’Harold Pinter

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Old times d’Harold Pinter, texte français de Séverine Magois, mise en scène de Benoit Giros

  La pièce  a été créée à Londres en 1970, et juste après, chez nous sous le titre C’était hier par Jorge Lavelli, avec Delphine Seyrig, Jean Rochefort et Françoise Fabian, mais nous ne l’avions pas vue. Moins jouée que L’Anniversaire, Trahisons ou Le Retour du grand dramaturge anglais, elle a pour cadre, une maison à la campagne au bord de la mer, figurée ici par une inévitable vidéo avec des nuages qui passent lentement.
Deeley et Kate, la quarantaine, attendent Anna, la grande amie de jeunesse de Kate qu’elle n’a pas revue depuis vingt ans et dont elle ne semble, curieusement, guère avoir conservé de souvenirs.

 Quant à Deeley, il dit ne pas connaître Anna, qui, d’abord silencieuse au début, se met à parler des moments qu’elles ont vécu ensemble. Il est question d’une jeune homme assis dans un fauteuil qui pleurait. Kate ne confirme rien de tout cela, comme assez étrangère à toute cette histoire qui semble ne pas la concerner vraiment. Elle se souvient juste qu’Anna avait la mauvaise habitude de lui piquer ses sous-vêtements. Anna dit juste qu’elle les avait à une fête où un garçon matait sa jupe.
Deeley, lui, dit qu’il a rencontré Kate dans un cinéma où on projetait  Odd man out (1947) de Carol Reed avec Robert Newton. Kate parle aussi du jour où elle a vu Anna morte dans un lit couvert de poussière, puis comment son corps avait disparu quand un homme est arrivé. Qui a  vu qui? Qui a vu quoi?
On peut penser que ce trio a réellement existé mais dans une vie bien antérieure, ou pas: on ne le saura jamais. Deeley ment-il, et aurait-il d’abord couché avec Anna comme le texte le laisse sous-entendre, avant de tomber amoureux de Kate qui s’en aperçoit et essaye alors de tuer Anna. La mort d’Anna aurait alors bouleversé Deeley. Ou bien tout cela se passe-t-il dans son  subconscient ?  
Il parle avec Anna, de Kate  comme si elle était morte. Bref, il y a de l’absurde et du désir sexuel dans l’air mais sans véritable communication entre des gens que l’on suppose avoir autrefois été proches.
«Le passé, dit Harold Pinter, est ce que vous vous souvenez, imaginez que vous vous en souvenez, vous convaincre que vous vous souvenez, ou prétendre que vous vous souvenez. (…) Une chose n’est pas nécessairement vraie ou fausse; elle peut être à la fois vraie et fausse « .

  Oui, mais  ces dialogues avec anecdotes personnelles vont un peu cahin-caha, et cette histoire de domination psychologique et/ou sexuelle, à coups de brèves répliques et d’auto-confession traîne un peu en longueur.
  Bref, le fameux cocktail Pinter sur fond d’onirisme et télescopage entre vrai et faux,  entre réalisme et fantasmes,  ici, ne fonctionne pas bien. Sans doute surtout à cause de la pièce aux personnages qui ne sont guère attachants, et de la mise en scène de Benoît Giros, un peu timorée et qui manque d’envergure; il aurait pu aussi nous épargner des vidéos pléonastiques (entre autres, la mer toujours recommencée, ou un extrait de Odd man out).
 Malgré la présence de la grande Marianne Denicourt qu’on a souvent vu chez Patrice Chéreau et Luc Bondy mais que Benoît Giros aurait pu mieux diriger, d’Adèle Haenel, César de meilleure actrice pour Les Combattants de Thomas Caillet en 2015, et qui sait dire comme peu de jeunes actrices, la nostalgie de ces old times, et malgré  Emmanuel Salinger, solide dans un rôle pas facile.
Mais on reste sur sa faim; le public a salué poliment les acteurs mais semblait un peu désemparé devant la pièce.
Alors à voir ? Oui, au cas où on voudrait compléter sa connaissance du théâtre d’Harold Pinter, sinon on peut s’abstenir ; et ce ne sera sans doute pas un des grands succès de cette fin de saison…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Atelier, Place Charles Dullin, Paris 18ème, du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 15h 00.  


Archive pour 6 avril, 2016

Old Times d’Harold Pinter

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Old times d’Harold Pinter, texte français de Séverine Magois, mise en scène de Benoit Giros

  La pièce  a été créée à Londres en 1970, et juste après, chez nous sous le titre C’était hier par Jorge Lavelli, avec Delphine Seyrig, Jean Rochefort et Françoise Fabian, mais nous ne l’avions pas vue. Moins jouée que L’Anniversaire, Trahisons ou Le Retour du grand dramaturge anglais, elle a pour cadre, une maison à la campagne au bord de la mer, figurée ici par une inévitable vidéo avec des nuages qui passent lentement.
Deeley et Kate, la quarantaine, attendent Anna, la grande amie de jeunesse de Kate qu’elle n’a pas revue depuis vingt ans et dont elle ne semble, curieusement, guère avoir conservé de souvenirs.

 Quant à Deeley, il dit ne pas connaître Anna, qui, d’abord silencieuse au début, se met à parler des moments qu’elles ont vécu ensemble. Il est question d’une jeune homme assis dans un fauteuil qui pleurait. Kate ne confirme rien de tout cela, comme assez étrangère à toute cette histoire qui semble ne pas la concerner vraiment. Elle se souvient juste qu’Anna avait la mauvaise habitude de lui piquer ses sous-vêtements. Anna dit juste qu’elle les avait à une fête où un garçon matait sa jupe.
Deeley, lui, dit qu’il a rencontré Kate dans un cinéma où on projetait  Odd man out (1947) de Carol Reed avec Robert Newton. Kate parle aussi du jour où elle a vu Anna morte dans un lit couvert de poussière, puis comment son corps avait disparu quand un homme est arrivé. Qui a  vu qui? Qui a vu quoi?
On peut penser que ce trio a réellement existé mais dans une vie bien antérieure, ou pas: on ne le saura jamais. Deeley ment-il, et aurait-il d’abord couché avec Anna comme le texte le laisse sous-entendre, avant de tomber amoureux de Kate qui s’en aperçoit et essaye alors de tuer Anna. La mort d’Anna aurait alors bouleversé Deeley. Ou bien tout cela se passe-t-il dans son  subconscient ?  
Il parle avec Anna, de Kate  comme si elle était morte. Bref, il y a de l’absurde et du désir sexuel dans l’air mais sans véritable communication entre des gens que l’on suppose avoir autrefois été proches.
«Le passé, dit Harold Pinter, est ce que vous vous souvenez, imaginez que vous vous en souvenez, vous convaincre que vous vous souvenez, ou prétendre que vous vous souvenez. (…) Une chose n’est pas nécessairement vraie ou fausse; elle peut être à la fois vraie et fausse « .

  Oui, mais  ces dialogues avec anecdotes personnelles vont un peu cahin-caha, et cette histoire de domination psychologique et/ou sexuelle, à coups de brèves répliques et d’auto-confession traîne un peu en longueur.
  Bref, le fameux cocktail Pinter sur fond d’onirisme et télescopage entre vrai et faux,  entre réalisme et fantasmes,  ici, ne fonctionne pas bien. Sans doute surtout à cause de la pièce aux personnages qui ne sont guère attachants, et de la mise en scène de Benoît Giros, un peu timorée et qui manque d’envergure; il aurait pu aussi nous épargner des vidéos pléonastiques (entre autres, la mer toujours recommencée, ou un extrait de Odd man out).
 Malgré la présence de la grande Marianne Denicourt qu’on a souvent vu chez Patrice Chéreau et Luc Bondy mais que Benoît Giros aurait pu mieux diriger, d’Adèle Haenel, César de meilleure actrice pour Les Combattants de Thomas Caillet en 2015, et qui sait dire comme peu de jeunes actrices, la nostalgie de ces old times, et malgré  Emmanuel Salinger, solide dans un rôle pas facile.
Mais on reste sur sa faim; le public a salué poliment les acteurs mais semblait un peu désemparé devant la pièce.
Alors à voir ? Oui, au cas où on voudrait compléter sa connaissance du théâtre d’Harold Pinter, sinon on peut s’abstenir ; et ce ne sera sans doute pas un des grands succès de cette fin de saison…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Atelier, Place Charles Dullin, Paris 18ème, du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 15h 00.  

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