2500 à l’heure, texte et mise en scène du Théâtre de l’Unité

2500 à l’heure, texte et mise en scène du Théâtre de l’Unité

 

  l1084322Pièce faussement pédagogique, façon «histoire du théâtre pour les nuls», le spectacle mythique du Théâtre de l’Unité est de retour. Son credo ? Un véritable «service public» comme l’affectionnait Jean Vilar, le chantre du théâtre populaire. Initialement montée en 1997 «pour l’instruction d’une lycéenne», il avait connu alors un beau succès à Avignon, puis en tournée en France et à l’étranger. L’an dernier, Le Channel de Calais et le Centre Dramatique National de Besançon lui ont à nouveau déroulé le tapis rouge, et une troupe de Rio l’a même adaptée en version brésilienne.
A Athis-Mons, au Centre culturel des Portes de l’Essonne, le spectacle a été choisi pour tourner la page théâtrale d’un établissement qui va bientôt changer de structure administrative.
Ici comme ailleurs, les réjouissances débutent avant l’ouverture du rideau rouge. b
Une ouvreuse revêche et autoritaire ne vend ses programmes qu’aux gens cultivés «pour ne pas gâcher » ! Et il faut montrer patte blanche en répondant à une question. Depuis le premier succès du Théâtre de l’Unité,  La 2 CV théâtre (1977), jusqu’au Parlement de rue avec un essai dit « crash-test » démocratique créé cet été au festival d’Aurillac, Hervée de Lafond joue sa partition préférée : la présentation du spectacle en maîtresse de cérémonie cinglante qui garde l’œil sur la montre et la bienséance.
  Ici,  son ton altier récolte tout de suite des rires nourris, et le public s’amuse de ses vertes réprimandes aux retardataires, ainsi qu’à une dame au foulard jugé mal assorti au manteau, alors qu’«on se doit de s’habiller quand on sort au théâtre ».  Le pompier de service réclame des entraînements de sécurité qui sonnent de façon étrange, en ces temps d’état d’urgence. Un agent de sécurité (Goobi) réprimande sur scène une gamine qu’il accuse de fumer en cachette. (Hervée de Lafond en profite pour tirer des bouffées de cigarettes qui font un peu grogner certains) et confie un encombrant escalier mobile à un spectateur des premiers rangs… Le climat est gentiment goguenard et irrévérencieux.
Quand le spectacle débute, avec, au programme, une révision de 2.500 ans des plus beaux moments de l’art dramatique, la cause est acquise : «Un être humain, les mains vides, qui va se présenter à vous, c’est ça le théâtre. » L’émotion est déjà palpable.
Cela débute par une belle mise en abyme de Rita Burattini (au corps plastique, toujours en métamorphose) qui joue Nina de La Mouette d’Anton Tchekhov, mais avec  les affres de la mauvaise comédienne.
On nous le répète, au cas où on n’aurait pas entendu la première fois : «Il faut des formes nouvelles. Si elles n’existent pas, il vaut mieux que rien n’existe.»On croirait entendre le slogan : «L’Unité, c’est toujours autre chose ! »
 Tout y passe : dans un ordre aléatoire et foutraque, défilent devant nos yeux ébahis, les phallus des Dionysies, les meilleures répliques de Racine, Molière et Shakespeare, un savoureux quiproquo façon vaudeville (truculent Xavier Chavaribeyre qui finit déculotté), la parabole du cigare de Bertolt Brecht (vite expédiée, mais peu claire pour les non-initiés), les moines de l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire avec les premiers mystères (XIème siècle) auxquels les  enfants sont invités à participer : hommage aux acteurs amateurs…
Heureusement, de temps en temps, Jacques Livchine, à la diction volontairement didactique (il n’aime guère les nouvelles générations de comédiens qui mangent leur texte!), sort son chevalet pour faire un point sur le vocabulaire. Signés Claude Hacquart, cinq grands modules verticaux et des tréteaux, teintent les saynètes d’une couleur particulière: Grèce ancienne, Comédie-Française, ou contemporaine. L’ensemble fleure bon le théâtre de rue : agitation, artisanat, modestie, mais aussi immense désir de plaire et de faire rire.

 Le marathon, avec certains gags « énaurmes » est parfois frustrant. Ici ou là, la fragilité exhibée se révèle très touchante : un corps dénudé, un masque, un clin d’œil au polonais Tandeuz Kantor, et l’image d’un tout petit théâtre de marionnettes. Une complicité omniprésente: les comédiens mentionnent aussi les coups de  cœur qu’ils ont reçus comme spectateurs.
Jacques Livchine (voir le site du Théâtre de l’Unité) prétend qu’il n’en a pas eu de véritable depuis le début du XXIème siècle. Vraiment ? Nous réfléchissons… Et nous, que garderions-nous ?
Nasser, jeune spectateur félicité pour sa tenue chic (nœud papillon), se voit bombardé vendeur de textes à la fin du spectacle. Hervée de Lafond répète le protocole : saluts, applaudissements, puis tout le monde doit rentrer. Mais le public traîne… et n’a pas envie de partir. On s’est senti chez soi. On s’est souvenu pourquoi on aimait tant ces gens forts et vulnérables qui nous racontent des histoires. On est si bien ensemble…

Stéphanie Ruffier

Spectacle vu à Athis-Mons (Essonne), le 7 avril : Auxerre, les 13 et 14 décembre.
www.theatredelunite.com

 


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