Naked Lunch, chorégraphie de Guy Weizman et Roni Haver

Naked Lunch, chorégraphie de Guy Weizman et Roni Haver en anglais, surtitré en français,adaptation de Naked Lunch (Le Festin nu) de William Burroughs, musique de Yannis Kyriakides

   IMG_9461Cette adaptation dansée, jouée et chantée de cette œuvre de William Burroughs marque d’une pierre blanche la première venue en France de ces chorégraphes néerlandais, qui ont d’abord été danseurs à la Batsheva Dance Company.
 Mettre en dialogues, en scène et en musique ce livre-référence de la beat generation, publié en 1959, mettre en images l’addiction à l’alcool et aux drogues : entreprise osée… Le 6 septembre 1951, à Mexico, l’écrivain, drogué, voulant jouer à Guillaume Tell, tue sa femme d’une balle dans la tête, épisode qui servira de trame à la pièce. D’entrée, l’un des personnages annonce: «On en a pour une heure trente… Vous comprenez, il y en a du monde sur scène. Ce plateau est immense, rien que pour le traverser, il faut une minute et demi. On a aussi une femme enceinte et elle ne peut pas danser trop vite… Et tout le monde voulait un solo de deux, trois minutes.»
Cette création nous emporte dans un vent de folie, avec une chorégraphie remarquable de précision, sur une musique hallucinée de Yannis Kyriakides. Trois excellents percussionnistes, trois chanteurs impressionnants de mobilité, trois danseurs et quatre danseuses, et une actrice, Veerle van Overloop (dans le rôle de la femme de l’auteur) occupent en permanence l’espace qui se transforme grâce à un jeu subtil de praticables, scialytiques à éclairage sans ombre des salles d’opération, et de châssis mobiles où sont accrochées de grandes radiographies de tête de bébé, d’un crâne transpercé de clous, d’un panoramique dentaire, et la photo d’un couloir souterrain.  

  Naked Lunch donne à voir le corps du danseur traversé par l’expérience des toxiques dans l’interzone mythique décrite par Williams Burroughs. Mais, pour peindre la folie et le délire, mieux vaut posséder une écriture chorégraphique très structurée. Comme ici, avec une rare qualité de danse, dynamique, en tension permanente, qu’elle soit individuelle ou collective. Danseurs et chanteurs, pieds nus ou en chaussettes rouges,  changent régulièrement de costumes.
 Les bouffées délirantes de personnages sous héroïne de Naked lunch se retrouvent  surtout dans les associations de mots proférées par la comédienne : «Bleu, policier, père, pute, cancer, combat, came, sexe, rêver …». Pour donner un peu de respiration à ce texte dur, le public, au milieu du spectacle, est invité quelques minutes sur le plateau, à une danse collective libératoire. Fait intéressant : un chorégraphe s’empare de l’imaginaire du drogué : cette expérience personnelle ressentie profondément dans le corps et le psychisme du sujet dépendant, l’est aussi par l’interprète dans l’acte dansé.
Et les endorphines libérées par l’effort, le poussent à se sublimer, à laisser libre son corps en mouvement; l’adrénaline, que procure la danse, le transforme, et se transforme aussi en une beauté plastique que le public vient chercher ici, et qui le pousse à revenir. Nous garderons longtemps en mémoire cette débauche contrôlée d’énergie et de vie paradoxale, puisque la toxicomanie aboutit à la mort.

 Jean Couturier

Spectacle vu au Théâtre National de Chaillot, Paris, du 6 au 8 avril.
www.theatre-chaillot.fr         

 


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