Madame Ong

Madame Ong direction artistique de Kim Sung-Nyo, scénario et mise en scène de Koh Sun-Woong, composition musicale d’Han Seung-Seok

imagePauvre  Ongnyeo qui ne peut  garder un seul de ses maris!  À peine les noces consommées, la mort les frappe : l’un foudroyé par un éclair, l’autre décapité par la police… Le long cortège de ses victimes, traînant leur cercueil, accompagne les lamentations de la veuve : «Depuis dix ans, je ne cesse de jeter leurs cadavres ! ». Son irrésistible beauté, son visage, «pareil à ces fleurs de pêchers qui s’épanouissent au printemps», ses lèvres «deux cerises », «sa taille de  roseau oscillant au gré de la brise » menacent d’extermination la gent masculine du village. « On est tous foutus, on n’a plus aucun gars qui dépasse ! » Expulsée par les habitants, la maudite erre  par le pays, croisant paysans et marins avant de rencontrer l’homme de sa vie, Byeon Gangsoe, un fieffé vaurien, charmeur et paresseux qui, lui, ne mourra pas… Son ardeur se limite à ses exploits sexuels, pour le plus grand plaisir de son épouse. Sous le regard outragé des totems, statues tutélaires qui peuplent les campagnes, et sous les protestations offusquées des esprits des bois, les amoureux copulent partout, jusque dans la montagne la plus reculée où ils décident de s’installer comme cultivateurs… Byeon, le bon à rien, arrache un totem pour en faire du bois de chauffage, au grand dam des autres totems du royaume qui se vengeront …

La compagnie nationale coréenne de « changgeuk » nous offre un spectacle grand format et fait découvrir au public français cette forme opératique populaire, dérivée du « pansori » théâtre parlé-chanté qui se limite à une chanteuse accompagnée d’un joueur de tambour. Mais le « changgeuk », inventé au XIX ème siècle, implique de nombreux acteurs et musiciens, et des intrigues rocambolesques. Ici, solistes et chœurs jouent une fable tirée d’une pièce érotique « pansori », Byeon Gangsoe Taryeong, avec Byeon pour héros. Le dramaturge Kim Sung-Nyo, lui, a choisi de faire de la valeureuse et obstinée madame Ong, femme fatale malgré elle, l’héroïne de ce conte.  Envolées lyriques alternent avec passages scabreux, mais le texte garde une teneur poétique exprimée par les voix qui, d’aigües, savent se faire rauques, et basculent du murmure aux rugissements ou aux trémolos avec sanglots. Prouesses vocales, jeu des solistes: Kim Ji-Suk et Lee So-Yeon pour Ong ; Kim Hak-Yong et Choi Ho-Seong pour Byeon sont soutenues par un chœur fourni, d’où se détachent des personnages occasionnels. Un grand orchestre souligne les jeux de scène avec instruments traditionnels, comme à cour, les kajagum à douze cordes, les komunga à six cordes et le mélancolique jaegum à deux cordes frottées, et à jardin, les percussions. La musique de Han Seung-Seok s’inspire du pansori, et mêle chants folkloriques, chansons populaires, songs à l’américaine et rap, introduisant ainsi une distance ironique. Elle mixe aussi sons acoustiques et électroniques en une symphonie contemporaine exotique.

Les séquences se passent dans un décor dépouillé, avec une chorégraphie méticuleuse, alors qu’en fond de scène, sur un écran au format changeant, des formes abstraites apparaissent projetées au rythme de l’action. Des touches de bleu ou de rouge rehaussent les costumes stylisés où le blanc prédomine. La première partie, nous entraîne dans une sorte de road-movie théâtral consacré aux périples de Madame Ong, et à son addiction au plaisir sexuel, avec épisodes coquins, scènes burlesques,  parler savoureux et évocateur : «Le cavalier et ses deux sacs accrochés» franchit «le portique de jade» ;  pénètre «la bouche édentée d’un vieux moine poilu» ; «c’est le pilon dans la rivière».

Nous suivons les péripéties avec d’autant plus d’attention que tous les éléments du spectacle possèdent une esthétique raffinée. La deuxième partie, quand les totems prennent le pas sur l’intrigue, est plus lourde, plus convenue et grandiloquente, ce qui déséquilibre l’économie du spectacle. Dommage! Mais cette comédie musicale à la coréenne a une forme originale, inédite en France et il faut saluer le talent de l’équipe de réalisation, et des chanteurs, danseurs, musiciens. On espère que la compagnie coréenne nationale reviendra avec d’autres spectacles…

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu au Théâtre des Abbesses, Paris.

 

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Archive pour 17 avril, 2016

Madame Ong

Madame Ong direction artistique de Kim Sung-Nyo, scénario et mise en scène de Koh Sun-Woong, composition musicale d’Han Seung-Seok

imagePauvre  Ongnyeo qui ne peut  garder un seul de ses maris!  À peine les noces consommées, la mort les frappe : l’un foudroyé par un éclair, l’autre décapité par la police… Le long cortège de ses victimes, traînant leur cercueil, accompagne les lamentations de la veuve : «Depuis dix ans, je ne cesse de jeter leurs cadavres ! ». Son irrésistible beauté, son visage, «pareil à ces fleurs de pêchers qui s’épanouissent au printemps», ses lèvres «deux cerises », «sa taille de  roseau oscillant au gré de la brise » menacent d’extermination la gent masculine du village. « On est tous foutus, on n’a plus aucun gars qui dépasse ! » Expulsée par les habitants, la maudite erre  par le pays, croisant paysans et marins avant de rencontrer l’homme de sa vie, Byeon Gangsoe, un fieffé vaurien, charmeur et paresseux qui, lui, ne mourra pas… Son ardeur se limite à ses exploits sexuels, pour le plus grand plaisir de son épouse. Sous le regard outragé des totems, statues tutélaires qui peuplent les campagnes, et sous les protestations offusquées des esprits des bois, les amoureux copulent partout, jusque dans la montagne la plus reculée où ils décident de s’installer comme cultivateurs… Byeon, le bon à rien, arrache un totem pour en faire du bois de chauffage, au grand dam des autres totems du royaume qui se vengeront …

La compagnie nationale coréenne de « changgeuk » nous offre un spectacle grand format et fait découvrir au public français cette forme opératique populaire, dérivée du « pansori » théâtre parlé-chanté qui se limite à une chanteuse accompagnée d’un joueur de tambour. Mais le « changgeuk », inventé au XIX ème siècle, implique de nombreux acteurs et musiciens, et des intrigues rocambolesques. Ici, solistes et chœurs jouent une fable tirée d’une pièce érotique « pansori », Byeon Gangsoe Taryeong, avec Byeon pour héros. Le dramaturge Kim Sung-Nyo, lui, a choisi de faire de la valeureuse et obstinée madame Ong, femme fatale malgré elle, l’héroïne de ce conte.  Envolées lyriques alternent avec passages scabreux, mais le texte garde une teneur poétique exprimée par les voix qui, d’aigües, savent se faire rauques, et basculent du murmure aux rugissements ou aux trémolos avec sanglots. Prouesses vocales, jeu des solistes: Kim Ji-Suk et Lee So-Yeon pour Ong ; Kim Hak-Yong et Choi Ho-Seong pour Byeon sont soutenues par un chœur fourni, d’où se détachent des personnages occasionnels. Un grand orchestre souligne les jeux de scène avec instruments traditionnels, comme à cour, les kajagum à douze cordes, les komunga à six cordes et le mélancolique jaegum à deux cordes frottées, et à jardin, les percussions. La musique de Han Seung-Seok s’inspire du pansori, et mêle chants folkloriques, chansons populaires, songs à l’américaine et rap, introduisant ainsi une distance ironique. Elle mixe aussi sons acoustiques et électroniques en une symphonie contemporaine exotique.

Les séquences se passent dans un décor dépouillé, avec une chorégraphie méticuleuse, alors qu’en fond de scène, sur un écran au format changeant, des formes abstraites apparaissent projetées au rythme de l’action. Des touches de bleu ou de rouge rehaussent les costumes stylisés où le blanc prédomine. La première partie, nous entraîne dans une sorte de road-movie théâtral consacré aux périples de Madame Ong, et à son addiction au plaisir sexuel, avec épisodes coquins, scènes burlesques,  parler savoureux et évocateur : «Le cavalier et ses deux sacs accrochés» franchit «le portique de jade» ;  pénètre «la bouche édentée d’un vieux moine poilu» ; «c’est le pilon dans la rivière».

Nous suivons les péripéties avec d’autant plus d’attention que tous les éléments du spectacle possèdent une esthétique raffinée. La deuxième partie, quand les totems prennent le pas sur l’intrigue, est plus lourde, plus convenue et grandiloquente, ce qui déséquilibre l’économie du spectacle. Dommage! Mais cette comédie musicale à la coréenne a une forme originale, inédite en France et il faut saluer le talent de l’équipe de réalisation, et des chanteurs, danseurs, musiciens. On espère que la compagnie coréenne nationale reviendra avec d’autres spectacles…

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu au Théâtre des Abbesses, Paris.

 

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