Zoom de Gilles Granouillet

 

Zoom de Gilles Granouillet, mise en scène de Marie Provence

image  A l’origine de ce monologue, une commande faite à Gilles Granouillet d’un texte destiné à être présenté dans des classes de lycées et collèges. En fait, le spectacle a été aussi mûri lors d’une résidence au collège Guy de Maupassant à Houilles (Yvelines) auprès de ses élèves et de leurs enseignants, puis ensuite représenté dans des dizaines d’écoles, collèges et lycées du département.
  Collège Guy de Maupassant, ex-Maurice Velter : souvenirs, souvenirs  d’après-guerre qui résonnent encore : notre initiation au cinéma quand nos instituteurs très futés en blouse grise stricte, nous emmenaient en rangs depuis l’école Félix Toussaint pas très loin, pour aller voir des films comme, entre autres, Les Misérables avec Charles Vanel, Marguerite Moreno, Charles Dullin…
 Ici, on a affaire à une femme et à son fils Burt, né à la suite d’un amour clandestin dans un cinéma avec son amoureux Bernard, pendant une projection du film de Fred Zinnemann, Tant qu’il y aura des hommes. Avec le grand Burt Lancaster.
  Mais ce Bernard va la plaquer rapidement: vieille histoire! La jeune fille a dix-sept ans, et sa vie va être un long  calvaire. Elle va être obsédée par la réussite de Burt dont le prénom revient en boucle, mais sa maman n’arrivera pas  à en faire le grand acteur dont elle rêve, même avec le prénom de Lancaster. Et c’est la faute à pas de chance; le garçon atypique, pas dans les clous par rapport à la norme, est renvoyé de son école.
Mais elle ira jusqu’au bout, et l’emmène même au festival de courts-métrages de Clermont-Ferrand pour lui faire apprendre le cinéma, veut lui faire rencontrer des agents et des producteurs. Bien entendu, sans aucun succès. Elle ira même à cogner un rival potentiel de son Burt, et y gagnera quelques années de taule.
Elle arrive dans une  une salle de classe où a lieu une réunion de parents d’élèves. Pas vraiment souhaitée ni accueillie; juste tolérée et encore: son Burt n’est plus dans l’école depuis longtemps. Mais elle se raconte avec une certaine naïveté:  sa vie en détresse et celle de son Burt dont elle répète sans arrêt le prénom comme pour mieux exorciser sa pauvre vie, où elle croise des gens censés lui apporter aide et réconfort: éducateurs, assistantes sociales, etc. et qui contribuent à la casser encore plus et à la plonger dans une immense détresse.

  Zoom, texte à la fois simple, efficace mais qui flirte parfois avec le pathos et le misérabilisme, touche  cependant là où cela fait mal, grâce à ce personnage de fiction hors-normes, cette encore presque adolescente, dont on a tous l’impression d’avoir connu quelque part une réplique. Comme cette jeune fille de famille très bourgeoise, dissimulant sa grossesse et accouchant seule dans un hôpital. Puis appelant son frère pour lui offrir le cadeau dont elle ne voulait pas:  un petit garçon sans père. Et renié par sa mère, mais qui resterait quand même dans sa famille, pensait-elle, et qu’elle reverra de temps à autre. Cadeau accepté (mais il y a de meilleurs départs dans la vie) avec, on s’en doute, tous les dégâts possibles à la clé.
Reste à savoir comment porter ce monologue sur un plateau. François Rancillac, quand il avait pris la direction du Théâtre de l’Aquarium, n’avait pas mal réussi son coup avec Linda Chaïb, très bonne comédienne, qu’il avait su  diriger avec finesse et générosité.
  Marie Provence, jeune metteuse en scène marseillaise, elle, a choisi intelligemment de faire passer ce monologue en “tri-logue”avec deux autres complices:Marion Duquesne et Lucile Oza. Sur le plateau, des murs gris sinistres en châssis de toile, pas vraiment achevés et de nombreuses chaises bien alignées puis jetées en vrac. Dans le fond, cinq seaux en plastique entassés, bourrés de pop-corn, et une fontaine à eau. Eclairage aussi sinistre…
 Mention spéciale à Lucile Oza qui joue surtout la mère; si les petits cochons marseillais ou parisiens ne la mangent pas, cette toute jeune comédienne, avec quelque chose d’exceptionnel dans le phrasé et la gestuelle, a  une bel avenir devant elle. Du Vignal, vous n’exagérez pas un peu? Non, rien de formaté chez elle mais une interprétation très sensible comme celle de ses deux copines qui prennent le relais, et tout aussi excellentes.  
Il faut aussi signaler la qualité des interludes: courts passages dansés de comédies musicales remarquablement chorégraphiés, et dansés par les trois actrices. Savoureux.  Marie Provence a su redistribuer ce monologue dont elle a tiré le meilleur parti, et le mettre en décalage, pour en augmenter la valeur : intelligent et brillant.
Côté bémols: une certaine tendance à bouler le texte, que l’on ne comprend pas toujours très bien, et parfois des à-coups dans le rythme: rien de grave; cela va se mettre en place.
En revanche, une direction d’acteurs et une mise en scène d’une rare efficacité. L’espace nu du Théâtre du Gymnase n’est pas si facile à appréhender pour une jeune metteuse en scène, surtout quand il est presque nu.
Zoom sera repris au festival d’Avignon à l’Entrepôt, tout près de la gare. Ne le ratez pas. Il fera sûrement un tabac.

 Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence le 29 avril.
Le texte est édité chez Lansman éditeur.

 

 


Archive pour 6 mai, 2016

Zoom de Gilles Granouillet

 

Zoom de Gilles Granouillet, mise en scène de Marie Provence

image  A l’origine de ce monologue, une commande faite à Gilles Granouillet d’un texte destiné à être présenté dans des classes de lycées et collèges. En fait, le spectacle a été aussi mûri lors d’une résidence au collège Guy de Maupassant à Houilles (Yvelines) auprès de ses élèves et de leurs enseignants, puis ensuite représenté dans des dizaines d’écoles, collèges et lycées du département.
  Collège Guy de Maupassant, ex-Maurice Velter : souvenirs, souvenirs  d’après-guerre qui résonnent encore : notre initiation au cinéma quand nos instituteurs très futés en blouse grise stricte, nous emmenaient en rangs depuis l’école Félix Toussaint pas très loin, pour aller voir des films comme, entre autres, Les Misérables avec Charles Vanel, Marguerite Moreno, Charles Dullin…
 Ici, on a affaire à une femme et à son fils Burt, né à la suite d’un amour clandestin dans un cinéma avec son amoureux Bernard, pendant une projection du film de Fred Zinnemann, Tant qu’il y aura des hommes. Avec le grand Burt Lancaster.
  Mais ce Bernard va la plaquer rapidement: vieille histoire! La jeune fille a dix-sept ans, et sa vie va être un long  calvaire. Elle va être obsédée par la réussite de Burt dont le prénom revient en boucle, mais sa maman n’arrivera pas  à en faire le grand acteur dont elle rêve, même avec le prénom de Lancaster. Et c’est la faute à pas de chance; le garçon atypique, pas dans les clous par rapport à la norme, est renvoyé de son école.
Mais elle ira jusqu’au bout, et l’emmène même au festival de courts-métrages de Clermont-Ferrand pour lui faire apprendre le cinéma, veut lui faire rencontrer des agents et des producteurs. Bien entendu, sans aucun succès. Elle ira même à cogner un rival potentiel de son Burt, et y gagnera quelques années de taule.
Elle arrive dans une  une salle de classe où a lieu une réunion de parents d’élèves. Pas vraiment souhaitée ni accueillie; juste tolérée et encore: son Burt n’est plus dans l’école depuis longtemps. Mais elle se raconte avec une certaine naïveté:  sa vie en détresse et celle de son Burt dont elle répète sans arrêt le prénom comme pour mieux exorciser sa pauvre vie, où elle croise des gens censés lui apporter aide et réconfort: éducateurs, assistantes sociales, etc. et qui contribuent à la casser encore plus et à la plonger dans une immense détresse.

  Zoom, texte à la fois simple, efficace mais qui flirte parfois avec le pathos et le misérabilisme, touche  cependant là où cela fait mal, grâce à ce personnage de fiction hors-normes, cette encore presque adolescente, dont on a tous l’impression d’avoir connu quelque part une réplique. Comme cette jeune fille de famille très bourgeoise, dissimulant sa grossesse et accouchant seule dans un hôpital. Puis appelant son frère pour lui offrir le cadeau dont elle ne voulait pas:  un petit garçon sans père. Et renié par sa mère, mais qui resterait quand même dans sa famille, pensait-elle, et qu’elle reverra de temps à autre. Cadeau accepté (mais il y a de meilleurs départs dans la vie) avec, on s’en doute, tous les dégâts possibles à la clé.
Reste à savoir comment porter ce monologue sur un plateau. François Rancillac, quand il avait pris la direction du Théâtre de l’Aquarium, n’avait pas mal réussi son coup avec Linda Chaïb, très bonne comédienne, qu’il avait su  diriger avec finesse et générosité.
  Marie Provence, jeune metteuse en scène marseillaise, elle, a choisi intelligemment de faire passer ce monologue en “tri-logue”avec deux autres complices:Marion Duquesne et Lucile Oza. Sur le plateau, des murs gris sinistres en châssis de toile, pas vraiment achevés et de nombreuses chaises bien alignées puis jetées en vrac. Dans le fond, cinq seaux en plastique entassés, bourrés de pop-corn, et une fontaine à eau. Eclairage aussi sinistre…
 Mention spéciale à Lucile Oza qui joue surtout la mère; si les petits cochons marseillais ou parisiens ne la mangent pas, cette toute jeune comédienne, avec quelque chose d’exceptionnel dans le phrasé et la gestuelle, a  une bel avenir devant elle. Du Vignal, vous n’exagérez pas un peu? Non, rien de formaté chez elle mais une interprétation très sensible comme celle de ses deux copines qui prennent le relais, et tout aussi excellentes.  
Il faut aussi signaler la qualité des interludes: courts passages dansés de comédies musicales remarquablement chorégraphiés, et dansés par les trois actrices. Savoureux.  Marie Provence a su redistribuer ce monologue dont elle a tiré le meilleur parti, et le mettre en décalage, pour en augmenter la valeur : intelligent et brillant.
Côté bémols: une certaine tendance à bouler le texte, que l’on ne comprend pas toujours très bien, et parfois des à-coups dans le rythme: rien de grave; cela va se mettre en place.
En revanche, une direction d’acteurs et une mise en scène d’une rare efficacité. L’espace nu du Théâtre du Gymnase n’est pas si facile à appréhender pour une jeune metteuse en scène, surtout quand il est presque nu.
Zoom sera repris au festival d’Avignon à l’Entrepôt, tout près de la gare. Ne le ratez pas. Il fera sûrement un tabac.

 Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence le 29 avril.
Le texte est édité chez Lansman éditeur.

 

 

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