La Cerisaie

La Cerisaie d’Anton Tchekhov, mise en scène de Yann-Joël Collin

cerisaie_nicolas_fleury_1L’argent va-t-il tomber du ciel pour racheter cette cerisaie ? Un miracle va-t-il se produire ? Évidemment, non. Les roubles coulent des doigts de la gentille Lioubov, juste capable de vivre au jour le jour avec l’amour lointain-il vit à Paris-d’un homme qui ne la mérite pas, avec aussi l’affection d’un frère resté en enfance, de ses filles, et aussi du «petit moujik» Lopakhine, un homme d’aujourd’hui, jeune capitaliste entreprenant et actif. Ce qui n’empêche pas les sentiments…
 La Cerisaie est presque la pièce de ce qui n’a pas lieu. Lioubov retrouve sa maison, son histoire, ses chagrins, et repart comme elle était venue, ou presque. Tout patine, l’attente tord la durée, ce qui se construit entre les êtres s’use au fur et à mesure, et devant nos yeux : il n’y aura pas de mariage entre Varia et Lopakhine, on assiste tranquillement à la défaite d’un monde qui n’a plus lieu d’être.
 Ce temps suspendu crée une sorte d’émotion très particulière pour le spectateur, qui s’y laisse aller à son tour. D’autant plus, et on le ressent avec cette mise en scène, que le texte de La Cerisaie est constitué en grande partie de récits, d’informations qui s’adressent tout autant au spectateur-témoin, qu’au partenaire. Et la mise en scène : salle éclairée, acteurs dans la salle… fait du public, précisément, un partenaire.
  De là, à théâtraliser cette relation ? A l’inverse de La Mouette ou d’En attendant Godot, qu’avait montées Yann-Joël Collin où le théâtre, à l’état naissant, faisait corps avec chacune des pièces  mais aussi avec le public, sa compagnie La Nuit surprise par le jour invite ici le (vieux) théâtre comme un corps étranger.
 Splendides et dérisoires rideaux de velours rouge (qui finiront à la poubelle…), recours au mime et au jeu masqué pour le vieux Firs  (porté par une ravissante et jeune actrice, bosselée de prothèses de chiffon et affublée d’un nez de carton), et fête dans un music-hall de province avec plumes et paillettes.
  Les images d’un spectacle un peu ringard envahissent le plateau, comme si le personnage de Carlotta, avec ses petit tours de magie,  était hypertrophié pour devenir la métonymie de la représentation elle-même. Voilà une idée un peu trop visible,  et pas complètement assumée pour être vraiment la bonne idée.
  La vidéo fait (un peu) entrer la rue dans le théâtre (ce n’est pas très  neuf ! mais cela fonctionne), et donne une joyeuse respiration. Plusieurs acteurs de la troupe ont été formés par Antoine Vitez qui reste sa référence. Quand il travaillait une pièce, il tirait sur ses coutures pour voir comment elles résistaient : et si on jouait La Cerisaie comme un vaudeville ? Cela ne signifiait pas pour lui qu’il fallait la jouer comme un vaudeville, mais que cela valait la peine de tenter l’expérience : « Le résultat est terrible », disait-il.
La très longue fête, à la fin de l’acte III, avec guitares électriques et boule à facettes, déborde sur l’entracte, et déboule dans les escaliers du théâtre jusqu’à la rue, a quelque chose de terrible : elle distend en effet presque jusqu’à l’insupportable, l’attente du coup de marteau de la vente aux enchères : «A qui a été vendue la cerisaie ? ».

 En même temps, elle nous donne le temps de penser à nos « Trente glorieuses » et aux années bling-bling qui ont suivi, à l’insouciance où nous vivons peut-être encore, avant inventaire et rangement final. Sommes-nous tous de ces aristocrates inutiles et démunis ?
 Le social, le politique ne sont pas explicitement là mais trouvent leur temps dans cette terrible durée. Le théâtre est-il là pour être « terrible » ? En sortant de cette Cerisaie, on a envie de dire : oui…

Christine Friedel

Théâtre des  Quartiers d’Ivry-sur-Seine. T : 01 43 90 11 11, jusqu’au 5 juin.


Archive pour 14 mai, 2016

T’es pas né! Histoire de frangins

T’es pas né de Philippe Maymat,  mise en scène de Laurent Fraunié

 

t'es pa néC’est une histoire de grand frère et de petit frère, mais surtout de petit frère. L’ auteur/acteur incarne le difficile vécu des fratries et s’adresse à la fois aux enfants en train de vivre ces temps difficiles, et aux parents avec leur passé des années 70 et 80, des programmes télé de l’époque, de la culture BD (mais Mandrake le magicien dit-il quelque chose aux enfants d’aujourd’hui?) du  football etc.
La plupart du public se sent donc concerné (davantage peut-être les hommes que les femmes) car dans T’es pas né, la grande sœur ne fait que passer.
A travers les passages obligés: vécu dans la famille, camp de scouts, vacances chez pépé et mémé, sports, premier amour,  Philippe Maymat, supposé petit-fils d’Hans-Christian Andersen, revit son enfance avec une belle énergie, dans un monologue où il a quelques morceaux épatants.
Il évite le piège du spectacle banal pour enfants, en particulier grâce à la qualité de son écriture
(le passage sur « la bobinette cherra » est un morceau d’anthologie), grâce aussi à son interprétation du petit frère, à qui son aîné refuse l’existence (t’es pas né)  jusqu’à leur réconciliation réparatrice.
Des réserves?  Juste parfois vers la fin, quelques trous d’air dans le monologue mais le spectacle a trouvé un très bon écho chez les jeunes spectateurs.

Claudine Chaigneau

Théâtre de Belleville, Paris XXème jusqu’au 1er juillet.
Relâche les 29 mai, 9 et 11 juin

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...