L’album de Karl Höcker

p1Les chantiers d’Europe au Théâtre de la Ville (septième édition):

 L’album de Karl Höcker  mise en scène de Paul Bargetto par le Teatr Trans-Atlantyk (en polonais, surtitré en français)

 

Karl HöckerLes Chantiers d’Europe: un voyage dans les théâtres de pays peu explorés… Après le Portugal, à l’honneur avec Miguel Loureiro, nous voici en Pologne, plongés dans l’univers d’Auschwitz, via un album de photos, trouvé là-bas en 1945 par un officier américain et rendu public en 2006, quand il fut donné à l’United States Holocaust Memorial Museum de Washington.  
   A partir de ces images, Paul Bargetto a organisé un travail collectif de mémoire, avec les cinq comédiens de la compagnie qu’il a fondée à Varsovie, et avec la dramaturge Malgorzata Sikorska-Miszczuk. Américain, il se partage depuis quinze ans entre Etats-Unis et Europe, et travaille sur des thématiques politiques.
La troupe revendique un théâtre documentaire, et a mené une enquête poussée et tente de reconstituer, grâce à des improvisations, les scènes où figure le lieutenant SS Karl Höcker, entourés de ses supérieurs, hauts dignitaires nazis, et celles où apparaissent de jeunes femmes de l’hôpital ou de la Sola Hütte, résidence lacustre du personnel d’Auschwitz-Birkenau.
Les acteurs décryptent pour nous les images projetées en fond de scène. On y reconnaît le très chrétien Rudolf Höss, converti au nazisme, le commandant des camps d’extermination, bien connu par ses Mémoires, popularisées par Robert Merle sous le titre La mort est mon métier.

Le sinistre docteur Josef Mengele, surnommé « l’ange de la mort », à cause de ses expériences sur les prisonniers, arbore un sourire carnassier qu’un des comédiens se fait un plaisir d’imiter. A l’instar de ses camarades qui prennent les poses des différents personnages photographiés, tout en essayant d’imaginer, dans leurs improvisations, les mots ou les pensées qui se cachent derrière ces visages, souvent enjoués.
 Ont-il eu des doutes ? «Les ordres prévalent», fait-on répondre à l’un des bourreaux. Qu’éprouve le gynécologue Karl Clauberg, qui stérilise les femmes au Bloc 10 ? Et le docteur Hans Delmotte, d’abord réticent à la sélection des prisonniers ?  «Ressaisis-toi, Delmotte ! » fait-on dire aussi  à Josef Mengele, penché, l’air sévère, vers son confrère.
Ces photos, envers des images atroces des victimes révélées à l’ouverture des camps, sont tout aussi insoutenables. La morgue et l’apparente insouciance affichées par les tortionnaires dépassent l’entendement et nous interpellent. Les acteurs ont parfois du mal à se mettre dans la peau des nazis,  par exemple à imiter leur salut. Polonais, ils sont d’autant plus sensibles à la Shoah, qu’Auschwitz, ce lieu de mort qu’ils sont allés voir pour alimenter leur travail, se trouve dans leur pays et que nombre de leur compatriotes y ont disparu.
 Leurs commentaires et leurs actions sur scène brouillent parfois les images, mais ces diversions interviennent comme des appels d’air et introduisent une distance critique. Cet album, feuilleté par le Teatr Trans-Atlantyk nous incite à ne pas oublier et, à ce titre, mériterait une tournée plus ample.

Mireille Davidovici

Spectacle vu au Carreau du Temple,  jusqu’au 18 mai. Les Chantiers d’Europe se poursuivent jusqu’au 4 juin. T : 01 42 74 22 77.
theatredelaville-paris.com

 

 

 


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