Augustin passe aux aveux

Augustin passe aux aveux, d’après Les Aveux, traduction des Confessions de Saint Augustin de Frédéric Boyer, mise en scène de Dominique Touzé

AUGUSTIN-dominique-2-copie-600x500Un sacré personnage que cet Augustin-c’est le cas de le dire- puisqu’il a fini saint et père de l’Eglise.
On se souvient du bruit que fit à sa parution, la traduction de Frédéric Boyer : le personnage en ressortait dépoussiéré, décapé, terriblement vivant. Et tentant pour un comédien : Augustin adresse au lecteur, au public, ses “aveux“, et l’on n’est pas déçu.
Le brillant intellectuel berbère n’a pas l’intention de rester dans les marches de l’empire romain,  et veut briller à la capitale par son éloquence, et tout connaître des plaisirs de la vie. Et ce qu’il veut, il l’obtient, en dépit des prières et des pleurs d’une mère chrétienne (la future sainte Monique) impuissante à freiner son appétit.
Cet appétit le sauvera : grande leçon. Tout savoir, tout comprendre : il finit par écouter, à Milan, l’évêque Ambroise (futur saint, lui aussi), et peu à peu se prépare au grand remue-ménage, au grand volte-face de la conversion.
Joie, joie, pleurs de joie. Ce qui est beau, chez Augustin: il ne renie pas sa vie  d’avant, mais  la lit comme la trame cryptée de sa nouvelle vie. Au point qu’on se demande, le comédien aidant, s’il ne jouit pas de raconter ces jouissances auxquelles il a renoncé… Belle promesse: Augustin décrit la sortie d’une addiction : on croit faire corps avec elle et on s’aperçoit que le vrai moi, la vraie vie, est ailleurs.

Superbe…jusqu’au moment où l’on se lasse. Dominique Touzé, comédien expérimenté, à la palette riche, se laisse tenter par ce qu’il faut bien appeler le cabotinage (mais peut-être la faute d’Augustin?).
Il tend la main, force la main au public avec parfois un peu trop trop d’insistance, par exemple quand Les Aveux l’entraînent du côté d’Hamlet ou de Blaise Pascal. Et puis, pourquoi cette voix de cathédrale quand on joue dans la modeste (et belle) crypte des Déchargeurs ?
Nous revoilà dans le sermon, alors qu’Augustin, son traducteur et son interprète lui-même font tout pour le sortir de la raideur du « père de l’église » et pour faire de lui un frère de vie.
Il y aura des ajustements à faire, comme pour le volume de la musique : on en arrive à ne plus entendre que le bruit du violoncelle électrifié de l’excellent Guillaume Bongiraud (en alternance avec Clémence Baillot d’Estivaux). Jean-Sébastien Bach comme ses propres compositions souffrent de cette  saturation sonore.
On comprend l’enthousiasme de Dominique Touzé pour son Augustin humain, trop humain. On le partagera quand le flot et la puissance de la parole nous laisseront la place de l’entendre.

Christine Friedel

Théâtre des déchargeurs. Paris. T: 01 42 36 00 50, les jeudis et vendredis à 21h jusqu’au 1er juillet.
Les Aveux, Confessions de Saint Augustin, traduction de Frédéric Boyer, éditions P.O.L

 


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