Nô et Kabuki à la Maison de la Culture du Japon

Nô et Kabuki à la Maison de la Culture du Japon

 

Aoï, Yesterday’glory is to day’s dream, nôpéra d’après le livret Aoi no Ue de Zeami, musique de Noriko Baba, mise en scène et chorégraphie de Mié Coquempot, direction musicale de Pierre Roullier

 

ob_b5431f_aoi03Cela se veut, nous dit le programme, “une écriture hybride entre nô traditionnel, danse et musique contemporaine”, à partir d’un nô du grand dramaturge et théoricien du XVIème siècle. Il s’agirait d’une (sic) “recontextualisation dans un monde post-punk “. Dans le drame de Zeami,  Rokujo, l’ancienne maîtresse âgée de Kikaru Genji repense aux moments heureux d’autrefois avec une grande nostalgie. Elle éprouve une grande colère pour la jeune Aoï, la nouvelle épouse de Genji, et veut sa mort. Mais Aoï connaîtra le même destin et refusera de vivre plus longtemps.
   Cette création, initiée par Pierre Roullier, directeur de l’Ensemble 2e2m est jouée par Ryoko Aoki, une actrice de nô, mais aussi danseuse et chanteuse; Pierre Roullier, lui, dirige plusieurs interprètes (flûte, clarinette, basson, violon, alto et violoncelle).
  Ce mariage franco-japonais, d’une parfaite rigueur, mais très statique, tient plus d’une sorte de récital/concert sur une scène nue et ne fonctionne pas bien. Et l’histoire de ces deux femmes qui devrait être émouvante, même si elle ne dure ici qu’une heure, a du mal à retenir l’attention du public.
Sans doute à cause d’un mauvais équilibre entre musique contemporaine (pas franchement exaltante!) et une dramaturgie qui semble occuper la seconde place, à l’inverse du nô traditionnel qui, des siècles après sa naissance, n’a cessé  de fasciner les dramaturges occidentaux  contemporains. Dommage…

 

La Barrière d’Isaka sous la neige des amours

 

CiUJdweUoAAvLJ8D’une toute autre envergure  est ce spectacle de kabuki dont le titre est  en fait celui de la seconde pièce de ce formidable triptyque qui commence par une très belle danse Omatsuri (Le grand festival). Très souvent jouée dans les spectacles de kabuki actuels. Avec un personnage, chef d’une brigade de pompiers qui était considéré comme un super-héros, à cause du grand nombre d’incendies.
Ensuite Yajûro Bando,  grand acteur japonais  a joué dans des pièces très variées du répertoire kabuki, explique avec beaucoup d’intelligence et d’humour les fondements de son art.
  Après l’entracte, La Barrière d’Osaka sous la neige des amours qui fait partie d’un kabuki créé à Edo en 1784, un drame qui n’a pas été conservé sauf deux remarquables scènes dont l’une est présentée ici. Cela se passe près du Mont Osaka couvert de neige, près d’un cerisier en fleurs de plus de trois siècles, alors qu’on est en plein hiver.
Le gardien de la barrièe un peu alcoolisé est Omoto no Kuronushi, un homme qui veut être empereur à la place de l’empereur. C’est comme dans un  conte de fées: la coupe, le cruchon de saké, et la hache ont une taille anormale. Il essaye de lire son avenir dans le reflet des étoiles au fond de sa coupe, lesquelles étoiles lui prédisent que s’il abat le vieux cerisier et en brûle le bois  pour l’offrir aux dieux, il sera empereur. Mais, quand il veut donner le premier coup de hache, il tombe évanoui et surgit alors l’esprit de l’arbre, incarné par  Kurozome, une jeune prostituée qui lui raconte sa vie.

Kuronoshi laisse tomber à son insu une morceau de kimono ensanglanté; Kurosome fond alors en larmes: elle a la preuve que Kuronoshi a tué Yasusada son amoureux.  Les deux personnages vont alors se battre.
  La pièce est admirablement jouée par Bandô Yajûrô et par son fils aîné Bandô Shingo qui interprête ce rôle d’onnagata (travesti) avec une concentration et une présence  étonnantes… Chant et récitatif, orchestre de shamisen et autres instruments, en parfaite unité avec le jeu des deux acteurs. Costumes et maquillages sont aussi de toute beauté.
Un seul regret: le spectacle s’est joué trois jours seulement, alors que tous les professionnels et élèves d’écoles de théâtre devraient avoir vu ce remarquable trésor vivant. Le kabuki et le nô, avec leur sens de la rigueur et un autre sens du temps et de l’espace, auront beaucoup apporté au théâtre contemporain occidental. Cela devient de plus en plus évident.
  Il faudrait absolument que cette Barrière d’Osaka sous la neige des amours, avec toute son immense poésie, puisse être invité par un grand théâtre français:  investir la salle Gémier au Théâtre National de Chaillot, ou le Cent-Quatre, ou le Théâtre des Abbesses, pour une série de représentations…

 Philippe du Vignal

Ce dernier spectacle s’est joué du 12 au 14 mai à la Maison de la Culture du Japon à Paris.

 


Archive pour 27 mai, 2016

De passage de Stéphane Jaubertie

De passage, de Stéphane Jaubertie, conception et mise en scène de Johanny Bert

 

De-Passage-©-Jean-Louis-FernandezIl était une fois… Un conte ultra-moderne, la trajectoire à grande vitesse et très intense d’un enfant-racontée par lui-même, arrivé à ses quarante-trois ans-du départ de Maman chaque soir pour l’hôpital où elle travaille jusqu’au noyau dur au centre de la terre et retour.
En passant par la maladie, le doute, le mensonge, la peur, la question des origines, l’amour, les fleurs de chaque saison, et la vie, la vie, la vie… Avec tout ça, l’écriture de Stéphane Jaubertie concrète, directe, adressée à l’enfant que nous restons, au fond. Pas de joliesses : la mort même, regardée en face et prise à bras le corps.
 Mais un rythme soutenu, vivace, qui représente l’enjeu même du conte : tenir, encore et encore. L’enfant ici est courageux et généreux (ce que l’on accorde plus rarement aux enfants) et attentif à employer les mots justes : prenons-en de la graine.
Pour De Passage, Johanny Bert a conçu un dispositif unique et original. Dans un cadre de scène aux centaines d’ampoules (à basse consommation), le conteur appelle les images, s’efface devant l’écran du théâtre d’ombres pour donner à chacune sa dimension, au fil des angoisses et des victoires de l’enfant.
 Parfois, il rejoint les acteurs de l’autre côté, dans ce spectacle, on ne peut plus vivant. Le conte nous est glissé dans l’oreille par des casques diffusant, sous la parole, une bande-son d’une grande délicatesse.
Tout cela réalisé avec une précision magique, pour ne pas dire infernale, et de cette exactitude naît la poésie. Johanny Bert, avec des spectacles étiquetés « théâtre d’objets »,  est en effet passionné par l’objet, et invente à chaque fois, jusque dans le moindre détail, la forme nécessaire à son propos.
On dira que c’est le travail de tout metteur en scène  mais tous n’ont pas choisi la liberté absolue (et les contraintes particulières) du théâtre d’objets. Chapeau donc à son théâtre d’ombres et aux comédiens qui s’y sont initiés avec lui.
Ah ! Et il y a encore une bonne nouvelle pour les enfants : huit d’entre eux pourront assister au spectacle de l’autre côté de l’écran, et profiter de toute la manipulation. L’envers vaut l’endroit, double magie ! De Passage est joué au Théâtre de l’Epée de Bois-au nom particulièrement bienvenu- pour La Grande escale des Tréteaux de France en région parisienne.
Cinq spectacles qui ont déjà éprouvé leurs forces dans tout le pays, comme c’est la vocation de ce Centre Dramatique National itinérant, vont se poser à la Cartoucherie : L’Ecole des femmes, de Molière, mise en scène (et jouée) par Robin Renucci, directeur de ce Centre Dramatique national et Le Faiseur de Balzac, œuvrer, de et par Laure Bonnet, sur nos rapport avec le travail et sa place dans notre vie, et l’inusable et terrifiante Leçon, d’Eugène Ionesco, mise en scène par Christian Schiaretti, directeur du T.N.P. à Villeurbanne.
Plus des rencontres, débats et ateliers de pratique théâtrale tous les week-ends : dans le très joli Théâtre de l’Epée de Bois, à la Cartoucherie de Vincennes : de quoi s’offrir un beau moment de théâtre populaire.

Christine Friedel

De Passage, jusqu’au 5 juin.
La Grande escale, jusqu’à 2 juillet. T : 01 48 08 39 74

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