La nouvelle saison du Théâtre National de Chaillot

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La nouvelle saison du Théâtre National de Chaillot

 

Didier Deschamps@Patrick BergerDidier Deschamps annonce tout de suite la couleur: “Le théâtre est l’un des lieux formidables où l’individu peut se reconnaître autour des valeurs essentielles de liberté, de justice et de fraternité”.  Mais il a aussi insisté: le Théâtre National de Chaillot restera avant tout  le Théâtre National de la danse.
Comme si de méchants petits loups, bien en cour à l’Elysée, (des noms? non pas de noms!) voulaient faire revenir le théâtre à la première place … en lui succédant évidemment à la Direction de ce grand théâtre, objet de bien des convoitises!
Fleur Pellerin est partie, reniée par l’Elysée, et François Hollande (qui n’est jamais venu voir un spectacle à Chaillot) n’a sans doute pas que cela à faire. Mais, à la question de savoir si son mandat serait reconduit, Didier Deschamps s’est dit confiant.
En tout cas, il a jusque là mené un parcours sans faute,  alors que les choses  n’étaient pas évidentes et a fait venir un large public à la danse contemporaine. Donc, en cinq ans mission accomplie avec une belle efficacité. Quant à l’avenir… Silence radio au Ministère de la Culture: la décision devrait être prise en juillet, quant au renouvellement du mandat de Didier Deschamps.
L’actuel directeur a aussi souligné qu’à l’occasion des travaux qui ont lieu à Chaillot et se feront en octobre au Théâtre de la Ville, la possibilité de collaborations fructueuses, ainsi qu’avec le Cent-Quatre.
Mais la part consacrée au théâtre dans la programmation sera cette saison des plus limitées, même si Didier Deschamps, comme pour se faire pardonner, accueille aussi Krysztof Warlikoswski avec Les Français, une étonnante et remarquable adaptation d’ A la recherche du temps perdu présentée cette saison sur quelques scènes en France (voir Le Théâtre du Blog) et de plus jeunes metteurs en scène; comme Mélanie Laurent avec Le dernier Testament, inspiré des Evangiles ou Olivier Letellier, créateur de spectacles pour enfants.
Didier Deschamps a affirmé plusieurs fois, comme dans une sorte d’exorcisme, la vocation vers la danse de Chaillot jusqu’à un quasi-monopole, qu’il entend donner à Chaillot. La nouvelle ministre de la Culture, elle, ne semble pas s’être exprimée sur le sujet. Cette orientation, suppose selon lui, qu’il ne puisse plus y avoir d’école de comédiens dans le théâtre. Mais, désolé, les faits sont têtus: L’Ecole a été supprimée sans état d’âme et d’un trait de plume, il y a dix ans-belle erreur!-par son prédécesseur Ariel Goldenberg qui ne supportait pas son existence, et n’avait jamais même voulu rencontrer les élèves de la dernière promotion! L’actuelle directrice de la Création au Ministère de la Culture alors administratrice de Chaillot, avait déjà, (elle aussi pas très inspirée non plus!) essayé (mais ce fut un bel échec!) de faire disparaître l’Ecole. C’est d’autant plus dommage que, située dans un grand théâtre national, elle fut ensuite le modèle de beaucoup d’autres, et avait beaucoup apporté à Chaillot et réciproquement. Reconstruire un nouveau modèle d’enseignement et de recherche entre danse contemporaine, technologies récentes et théâtre n’avait rien d’étrange ni de scandaleux, au contraire: dommage…

  José Montalvo restera bien lui, comme depuis 2011, artiste permanent à Chaillot et exemplaire d’une danse contemporaine accessible  à un large public; il présentera à nouveau son beau succès Y Olé, ( 2015), un spectacle où il revisite son enfance espagnole, et où se mêlent flamenco, hip-hop, Le Sacre du Printemps de Stravinski, chants traditionnels africains, et danse contemporaine.
A ses côtés, trois artistes associés, comme Rocío Molina, artiste de flamenco, Anne N’Guyen avec un spectacle de hip-hop: Danses des guerriers de la ville, et enfin Olivier Letellier, metteur en scène de théâtre que l’on a déjà plusieurs fois à Chaillot. Au total, treize créations dont huit mondiales, et quatre spectacles pour jeune public.
La programmation-danse (sans risques) reste très solide, voire brillante, avec, entre autres la Batsheva Dance company, Le Nerderslands Dans Theater, Carolyn Carlson, Brigitte Lefebvre, Jean-Claude Galotta, le Malandain ballet Biarritz, ou la reprise du  Romeo et Juliette par Angelin Preljocaj.
Plus inattendu cependant, le projet Silence initié par Dominique Dupuy, le grand précurseur en France de la danse contemporaine autour de la thématique du silence; l’idée assez prometteuse du chorégraphe est “de faire se côtoyer la pensée, la théorie et la pratique autour de propositions mêlant ateliers, paroles, gestes, images et musiques”.
  La grande préoccupation de Didier Deschamps-et on le comprend bien-est aussi de faire co-exister au mieux une saison artistique, avec ces grands travaux dont Jérôme Savary qui dirigea le théâtre de 1988 à 2000, avait bien perçu l’urgence. (Il avait déjà intelligemment fait percer un couloir  pour que le public puisse aller du grand Foyer à la salle Firmin Gémier, sans passer par les jardins du Trocadéro).
 Ce second lieu de 420 places, avec une scène peu pratique et une salle inconfortable, mal conçu en 1967 par Jean de Mailly et Jacques Lemarquet, scénographe de Georges Wilson, le directeur de l’époque, était de toute évidence obsolète, et devait faire l’objet d’une réhabilitation globale. En fait, la grande campagne de travaux commencée en juin 2014, a aussi plusieurs objectifs: d’abord, l’accès du théâtre qui se fera aussi par les jardins, comme prévu par l’architecte Jacques Carlu en 1937 mais qui n’avait jamais fonctionné, à cause sans doute du seul accès métro situé sur la Place du Trocadéro, sera remis à l’honneur.
 Ce qui permettra au public de voir aussi enfin dans le sous-foyer autrefois doté de vestiaires et de toilettes, les sculptures de Paul Belmondo et d’Aristide Maillol, les fresques peintes entre autres  par Paul Belmondo, Pierre Bonnard, Othon Friesz, Edouard Vuillard, Roger Chapelain-Midy, Maurice Brianchon… comme les voyait le public de Jean Vilar, quand l’entrée du parterre de la grande et unique salle, se faisait au niveau de la scène,  et non par le grand Foyer comme maintenant.
Mais le très grand plateau (18m de profondeur x 15m environ) de cette salle, souffre aussi d’un grave handicap: la descente des décors était des plus difficiles, à cause d’un monte-charge trop court, et d’une pente pour camions mal étudiée depuis l’avenue du Président Wilson. Elle devra aussi, dans quelques années, faire l’objet d’une révision drastique et se voir offrir des gradins en dur, ce qui permettrait d’avoir en-dessous une vaste salle de répétitions

  Travail pharaonique, financé par le Ministère de la Culture, sur ce site où nous avons pu exceptionnellement pénétrer avec Vincent Brossy, l’architecte-maître d’œuvre de cette opération: un puits de de 29 m a été creusé  dans le zone calcaire (Chaillot étymologiquement: caillou) pour placer un monte-charges digne de ce nom, capable de faire venir les décors  sur le plateau Jean Vilar et aussi, grâce au percement d’un long tunnel, dans la salle Firmin Gémier. Et enfin la révision de la pente à camions.
Ironie du sort: cette possibilité d’introduire enfin et de faire sortir correctement les décors, va se faire quand Didier Deschamps réaffirme la prééminence de la danse à Chaillot. Laquelle n’utilise, comme on le sait, que très peu de décors…
Mais tout change, et la vie, comme la Seine, en bas de Chaillot, est un long fleuve tranquille, comme dit la Bible. Enfin pas toujours! la vie, la Seine (voir la montée des eaux actuelles!) , et les scènes qui on rarement plus de deux siècles!
Et ce qui n’était pas moins indispensable, va être enfin réalisé: l’accès des personnes à mobilité réduite dans l’ensemble du bâtiment, et l’amélioration des espaces de travail, un aménagement qui est loin d’être inutile! Mais l’actuelle et petite salle Maurice Béjart redeviendra une salle de  travail, comme au temps d’Antoine Vitez qui y avait répété son sublime Soulier de satin.
La salle Firmin Gémier deviendra donc modulable (voir la photo au-dessus de ce  chantier difficile et impressionnant!) et sera finie, du moins pour le gros-œuvre, au printemps prochain. Ce gros cube, haut d’une vingtaine de mètres et dotée d’un gradinage de 390 places parfaitement mobile, sera opérationnel pour des spectacles frontaux ou hors-normes, si tout va bien, à la rentrée 2017. Et l’accueil du public se fera par le grand foyer actuel…
Emouvant: Vincent Brossy nous a montré les tonnes de pierres planquées derrière de faux murs; par manque de temps, à l’occasion de l’Exposition universelle, pour les évacuer au moment de la construction en 1937, Jacques Carlu, Léon Azéma et Louis-Hippolyte Boileau, les architectes du lieu, avaient trouvé cette solution inédite…
On peut aussi voir dans un souterrain, les portes d’entrée blindées pour faire entrer, lors de la seconde guerre mondiale, au cas où, les personnes qui auraient été gazées, et les locaux de douches pour les décontaminer. Mais qui, heureusement… n’ont jamais servi.
Le Théâtre National de Chaillot est donc aussi, un lieu chargé d’histoire, du théâtre d’abord avec Jean Vilar, Antoine Vitez, Jérôme Savary, de l’architecture, et de la peinture, mais aussi d’histoire de France au XXème siècle. Il avait  abrité les réunions des occupants allemands, puis, après la guerre, celles de l’ONU…
Ces grands travaux marqueront donc aussi une nouvelle évolution du bâtiment et donc de ce Théâtre National qui aura joué un rôle capital dans l’histoire du spectacle contemporain. La récente orientation danse, voulue par l’Etat sera-t-elle confirmée, ou y aura-t-il, comme certaines personnalités le laissent entendre, un retour au théâtre/théâtre, et aux spectacles multi-media, dans un proche avenir? Probablement, les trois à la fois. En tout cas, un seule certitude: la nouvelle Ministre de La Culture n’aura pas droit à l’erreur, quand il lui faudra renommer, ou non, Didier Deschamps. Chaillot est une grosse boutique, et emploie une centaine de personnes qui, rappelons-le, sont aussi très concernées par ce lieu qu’elles considèrent avec justesse comme leur maison!

Philippe du Vignal

Théâtre National de Chaillot. 1 Place du Trocadéro B.P. 1007-16 75761 Paris cedex 16.
T: 01 53 65 31 00.
Visite virtuelle: www.theatre-chaillot.fr/chronorama

 


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