À plates coutures, de Carole Thibaut

À plates coutures, de Carole Thibaut, mise en scène de Claudine Van Beneden

 

  Histoire écœurante de banalité : celle d’une entreprise qui produit des objets utiles, agréables, et qui se vendent bien. Bas salaires, ouvriers et encore plus ouvrières, exploités et malmenés par de petits chefs : tout est en ordre. Mais si le carnet de commandes ne va pas mal, les marchés, eux, ne vont pas du tout.
La boîte-liquidée!-et bradée au plus offrant, passe par une phase d’exploitation encore plus féroce. Car, chacun le sait, un salarié n’est plus un travailleur, ni un producteur qui exerce avec soin et amour un métier, mais devenu un coût, une variable d’ajustement. Les « Lejaby », à Yssingeaux   (Haute-Loire) ont vécu de leur travail et ont lutté aplatescouturesépour le garder. Cent-soixante neuf opérations  pour fabriquer un soutien-gorge :  du travail bien fait, malgré la pression des cadences.
Il y a toute une sociabilité: les copines, les pas-copines, celles qui font cavalier seul, les solidaires et les rigolades, les révoltes. Bref, de l’humain, et qui mérite le respect.

Médiatisation, feux des projecteurs : une usine de lingerie fait sans doute plus fantasmer qu’un abattoir de poulets… Mais la pièce se termine (presque) toujours de la même façon : par une glorieuse défaite de la classe ouvrière. Bon, inutile de se lancer dans une leçon d’économie du genre : « plus compliqué que cela»…
À plates coutures a déjà beaucoup tourné, dans la région des Lejaby, et ailleurs. Carole Thibaut relaie la parole des ouvrières: parole collective et confessions intimes: tout ce qui fait la matière même du théâtre : imbrication, tressage, « à plates coutures » entre le collectif et l’intime.
Le travail occupe une telle place, et pas seulement en temps et en fatigue, qu’il est impossible à détricoter de la vie, dite privée.

Le récit sonne particulièrement juste, quand “les filles“ racontent leur grève avec occupation de l’usine, et le désarroi de leurs maris démunis devant la machine à laver ou le repas des enfants. Et le manque d’argent… Mais la représentation du travail, elle, ne fonctionne pas aussi bien, malgré une ébauche de chorégraphie. La forme reste à trouver, et on reste aussi sur sa faim quant à l’accompagnement musical: on a envie de demander au compositeur-interprète quelque chose de plus moderne-on ne parle pas de combats du passé-même si le public populaire reste en effet fidèle à ses émotions de jeunesse, à en juger par le succès d’émissions comme Stars des années 80, Les Années-bonheur et autres…

Mais il y a aussi de belles et justes idées dans ce spectacle: par exemple, rapprocher l’image des ouvrières de Lejaby, de celles des clientes :  toutes des femmes qui peuvent porter la même lingerie, et les corps déformés par le travail, sont peut-être tout aussi désirables que ceux photo-shopés d’une pub…
L’essentiel, malgré certaines faiblesses du spectacle? Encore une fois, leur parole  lucide, intelligente, drôle et digne. D’où naissent les moments d’émotion, et un vrai respect. La Maison des métallos, créée par, et pour les luttes syndicales, n’a pas oublié sa vocation en route…
Aux artistes maintenant, d’assumer encore mieux leurs responsabilités : toujours plus haut !

Christine Friedel

Spectacle vu à la Maison des Métallos.

Et les 26 et 27 septembre, Théâtre des Ilets CDN de Montluçon (03);
Dans le cadre du Festival Théâtral du Val d’Oise, le 14 novembre au TPE Bezons; le 17 novembre  à l’Espace Culturel Lucien Jean; le 25 novembre  à la Briquerie de Montmorency.

Le 26 janvier à La Caravelle de Marcheprime; le  23 février au Centre Culturel de Liffré: le 4 février, Théâtre de Montélimar (26); le 7 mars, Théâtre de Tournon-sur-Rhône (07); le 9 mars, Théâtre de la région de la Vallée d’Aoste, Italie; le 17 mars  ATP de Villefranche-de-Rouergue et le 19 mars, Théâtre du Peuple de Millau (12); le  23 mars,Théâtre Christian Ligier de Nîmes (30); le 25 mars, Théâtre de Chenôve (21); le 4 avril, Théâtre de Saint-Lô (50); le 27 avril,  Théâtre Gérard Philipe à Orléans et le 18 mai, Théâtre des 3 Pierrots de Saint-Cloud (92).

 


Archive pour mai, 2016

L’album de Karl Höcker

p1Les chantiers d’Europe au Théâtre de la Ville (septième édition):

 L’album de Karl Höcker  mise en scène de Paul Bargetto par le Teatr Trans-Atlantyk (en polonais, surtitré en français)

 

Karl HöckerLes Chantiers d’Europe: un voyage dans les théâtres de pays peu explorés… Après le Portugal, à l’honneur avec Miguel Loureiro, nous voici en Pologne, plongés dans l’univers d’Auschwitz, via un album de photos, trouvé là-bas en 1945 par un officier américain et rendu public en 2006, quand il fut donné à l’United States Holocaust Memorial Museum de Washington.  
   A partir de ces images, Paul Bargetto a organisé un travail collectif de mémoire, avec les cinq comédiens de la compagnie qu’il a fondée à Varsovie, et avec la dramaturge Malgorzata Sikorska-Miszczuk. Américain, il se partage depuis quinze ans entre Etats-Unis et Europe, et travaille sur des thématiques politiques.
La troupe revendique un théâtre documentaire, et a mené une enquête poussée et tente de reconstituer, grâce à des improvisations, les scènes où figure le lieutenant SS Karl Höcker, entourés de ses supérieurs, hauts dignitaires nazis, et celles où apparaissent de jeunes femmes de l’hôpital ou de la Sola Hütte, résidence lacustre du personnel d’Auschwitz-Birkenau.
Les acteurs décryptent pour nous les images projetées en fond de scène. On y reconnaît le très chrétien Rudolf Höss, converti au nazisme, le commandant des camps d’extermination, bien connu par ses Mémoires, popularisées par Robert Merle sous le titre La mort est mon métier.

Le sinistre docteur Josef Mengele, surnommé « l’ange de la mort », à cause de ses expériences sur les prisonniers, arbore un sourire carnassier qu’un des comédiens se fait un plaisir d’imiter. A l’instar de ses camarades qui prennent les poses des différents personnages photographiés, tout en essayant d’imaginer, dans leurs improvisations, les mots ou les pensées qui se cachent derrière ces visages, souvent enjoués.
 Ont-il eu des doutes ? «Les ordres prévalent», fait-on répondre à l’un des bourreaux. Qu’éprouve le gynécologue Karl Clauberg, qui stérilise les femmes au Bloc 10 ? Et le docteur Hans Delmotte, d’abord réticent à la sélection des prisonniers ?  «Ressaisis-toi, Delmotte ! » fait-on dire aussi  à Josef Mengele, penché, l’air sévère, vers son confrère.
Ces photos, envers des images atroces des victimes révélées à l’ouverture des camps, sont tout aussi insoutenables. La morgue et l’apparente insouciance affichées par les tortionnaires dépassent l’entendement et nous interpellent. Les acteurs ont parfois du mal à se mettre dans la peau des nazis,  par exemple à imiter leur salut. Polonais, ils sont d’autant plus sensibles à la Shoah, qu’Auschwitz, ce lieu de mort qu’ils sont allés voir pour alimenter leur travail, se trouve dans leur pays et que nombre de leur compatriotes y ont disparu.
 Leurs commentaires et leurs actions sur scène brouillent parfois les images, mais ces diversions interviennent comme des appels d’air et introduisent une distance critique. Cet album, feuilleté par le Teatr Trans-Atlantyk nous incite à ne pas oublier et, à ce titre, mériterait une tournée plus ample.

Mireille Davidovici

Spectacle vu au Carreau du Temple,  jusqu’au 18 mai. Les Chantiers d’Europe se poursuivent jusqu’au 4 juin. T : 01 42 74 22 77.
theatredelaville-paris.com

 

 

Avant toutes disparitions, chorégraphie de Thomas Lebrun

Avant toutes disparitions chorégraphie de Thomas Lebrun

IMG_0114«Un mouvement de vie avant toutes disparitions. Disparitions par désillusion, élimination, ravage, dévastation, ultimatum,  combat, guerre, dilution ou fatalité», écrit  Thomas Lebrun, à propos de sa  dernière pièce, moins sombre qu’il ne l’annonçait.
Les chorégraphes Odile Azagury et Daniel Larrieu,  ses complices de toujours, ouvrent le spectacle et vont scrupuleusement, presque religieusement, poser de petits pots de plantes sur un sol de gazon naturel, sans jamais agir avec les dix danseurs qui évoluent d’abord en fond de scène, avant d’en occuper ensuite le centre, et qui seront rejoints, à la fin, par Thomas Lebrun et Anne-Sophie Lancelin pour un quatuor, nimbé par un nuage de fumée,  moment émouvant et d’une grande beauté plastique mais… un peu trop long.

Deux générations d’interprètes se croisent ainsi lentement, avec des gestes simples, précis et sensuels. Pour Thomas Lebrun, sa pièce a besoin «de différences d’âge et de pensée, de différents corps pour y ancrer le vivant avant tout effacement… mais aussi pour après». Certaines images peuvent nous faire penser à des pièces de Pina Bausch et les lumières de Jean-Marc Serre enveloppent d’une étrange pénombre les corps qui se cherchent, se trouvent puis se séparent. La création musicale de Scanner, parfois trop présente, accompagne ces alternances d’unions et désunions des corps, et intègre aussi Just, un joli morceau de David Lang qu’on a entendu dans Youth. le dernier film de Paolo Sorrentino,
Les danseurs évoluent en couple et en groupe, ou parfois dans une ronde qui se désagrège. Formant, en une heure trente, un spectacle hypnotique, sensible et attachant.

Jean Couturier

Théâtre National de Chaillot, Paris jusqu’au 20 mai.       

Le Théâtre de l’Odéon-Théâtre de l’Europe: une nouvelle saison

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Le Théâtre de l’Odéon-Théâtre de l’Europe: un nouveau directeur pour une nouvelle saison

 

stephane-braunschweig_carole-bellaiche_2016 Stéphane Braunschweig, après le décès de Luc Bondy, a été nommé rapidement directeur de ce théâtre, emblématique d’une identité européenne. La prochaine saison sera de transition, mais dit-il, “riche, foisonnante et excitante; l’Odéon a joué un rôle déterminant et pour ainsi dire militant dans la défense d’une certaine Europe culturelle. Il doit jouer un rôle de premier plan, à la fois artistique, et politique dans un Paris, surtout après que la ville ait été victime des attentats que l’on connaît. »
  « Mais le Théâtre de l’Europe doit aussi être plus que jamais ouvert sur le reste du monde. Et nous accueillerons cette saison entre autres une troupe brésilienne. C’est stimulant pour nous, de voir l’on peut faire aussi du théâtre avec de très pauvres moyens comme ces remarquables compagnies du Moyen-Orient ou d’Afrique qui travaillent sans subventions”.
  Le programme 2016-2017 est à la fois sans grande surprise mais intelligent et riche de promesses. Avec, entre autres: les grands noms européens actuels que l’on connaît bien maintenant chez nous: Krystian Lupa avec Des Arbres à abattre  de Thomas Bernhard; Thomas Ostermeier, avec Richard III qui avait été le grand succès du Festival d’Avignon 2015, et la reprise du tout à fait remarquable Vu du Pont d’Arthur Miller, mise en scène d’Ivo van Hove, (voir Le Théâtre du Blog) qui présentera aussi La Source vive, une pièce adaptée du gros roman de l’écrivaine américaine, Ayn Rand et qui avait été aussi un succès du Festival d’Avignon 2014. Et enfin le retour de la grande Deborah Warner  avec Le Testament de Marie.
Du côté français, là non plus pas de grandes surprises, mais deux classiques: Dom Juan de Molière, mise en scène de Jean-François Sivadier, créé cette année au Théâtre National de Bretagne, Hôtel Feydeau, adapté de trois courtes pièces de Georges Lavaudant qui fut aussi un excellent directeur de l’Odéon, avant d’être débarqué vite fait sans élégance ni raison en 2006, par Renaud Donnedieu de Vabres, alors ministre de la Culture.

 Et de Tennessee Williams  Soudain l’été dernier sera montée  par Stéphane Braunschweig qui a très bien aprlé de cette pièce qui a pour thème la mort soudaine mais inexplicable d’un jeune homme de vingt-cinq ans. “ Ce qui me passionne dans Soudain l’été dernier, c’est la manière dont la réalité se révèle sous les airs du plus terrifiant des fantasmes.”
 Le nouveau directeur de l’Odéon a voulu aussi donner une place aux jeunes metteurs en scène comme Guillaume Vincent qui montera Songes et Métaporhoses, d’après Ovide et William Shakespeare; Julien Gosselin qui avait brillamment mis en scène avec Les Particules élémentaires d’après Michel Houellebecq, reprendra 2006 le roman-culte et fleuve de quelque 1.300 pages de Robert Bolaño qu’il va créer à Valenciennes puis au festival d’Avignon. Et Thomas Jolly qui mettra en scène Le Radeau de la Méduse, une pièce de Georg Kayser sur les enfants survivants d’un bateau qui fut torpillé : il devait les conduire  en 1940 au Canada depuis l’Angleterre…
 Mais Stéphane Braunschweig a aussi mis l’accent sur  la nécessité absolue qu’il y avait à faire de son théâtre, un lieu ouvert sur le monde mais aussi au croisement des générations. Et il a enfin insisté sur une nouvelle mesure expérimentale: à l’Odéon, pour chaque spectacle, le tarif des deux avant-premières sera réduit de 50%. Ce qui permettra  un public moins aisé de pouvoir assister à de grands spectacles.
  La salle des Ateliers Berthier  connaît toujours une belle fréquentation.
Ces anciens magasins de décor de l’Opéra devraient sans doute à terme accueillir aussi le Conservatoire national et la Comédie-Française. Ce qui donnerait à ce quartier excentré un pôle théâtral d’importance, ce ne serait pas un luxe dans une ville comme Paris. La fameuse phrase d’Emile de Girardin: “ Gouverner, c’est aussi prévoir”, reste toujours d’actualité, en termes de culture…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon, Paris. T: 01 44 85 40 40.

Ceux qui errent ne se trompent pas

Ceux qui errent ne se trompent pas de Kevin Keiss, en collaboration avec Maëlle Poésy, d’après La Lucidité de José Saramago, traduction de Geneviève Leibrich, mise en scène de Maëlle Poésy

  Ceux-�JeanLouisFernandez 110Le blanc, somme de toutes les couleurs, représente une limite vers l’extrême ou bien le manque, une ambivalence à méditer, l’innocence ou la « probité candide». Voter blanc indique une volonté de participer au débat démocratique, mais en marquant un refus des choix proposés, une insatisfaction des candidatures. Conte fantastique ou comédie noire, la pièce correspond bien à nos préoccupations quotidiennes de citoyens.
  Avec ce thème hugolien : des baladins marginaux et porteurs d’une philosophie existentielle, elle ne traite cependant ni des artistes de cirque mais plutôt d’une minorité d’électeurs ou de citoyens-ceux qui votent blanc-qui deviennent un jour, largement majoritaires lors d’une élection qui bascule soudain.
Les membres du gouvernement démocrate-sûrs de leur légitimité représentative et de leur action politique-ne comprennent rien à  cet événement! Arrogants, et pressés de saisir une explication rationnelle, ils y voient la manipulation irresponsable de quelques-uns.
Or, tout système devrait se savoir fragile pour ne pas glisser vers l’intolérance. La vigilance citoyenne s’impose, et on ne peut s’empêcher d’évoquer les mouvements actuels comme Nuit debout ou Les Indignés espagnols, les Désenchantés brésiliens, argentins, ou grecs…
Si les hommes politiques ont oublié ce qu’un pouvoir représentatif signifie, les citoyens le leur rappelent en remettant leur libre-arbitre sur le métier : fondements de la République, représentativité et rapport au pouvoir en général articulent cette fable d’une révolution par les urnes.
Le bouleversement climatique y met du sien, métaphore de l’aveuglement des hommes à subir des catastrophes sans mot dire, au lieu de réagir. Petit rappel d’un réchauffement de la planète qui menace : les personnages ont les pieds dans l’eau sous le déluge, des plantes vertes apparaissant çà et là dans un paysage de jungle surréaliste, ou un cauchemar de science-fiction entre ombres et lumières.
La mise en scène de Maëlle Poésy propose, à travers la scénographie d’Hélène Jourdan, un morceau d’Histoire en train de se vivre sous les yeux du public. Les espaces en effet s’agencent ou se déstructurent à vue, se rassemblent en un puzzle, ou bien encore, se transforment en bureaux, cabines, halls, à l’aide de châssis que les comédiens manipulent, en dessinant des espaces, comme ce lieu confidentiel des tenants du pouvoir, ou celui des interrogations policières qu’un enquêteur fait subir aux prétendus coupables. Ou, autour de zones réduites de confinement, l’immensité des possibles du dehors et des rues de la ville, de la marche de quelques-uns qui devient une foule magistrale, silencieuse et sûre d’elle-même.
Une journaliste, caméra vidéo en main, rend compte, abritée par son parapluie à cause d’une pluie torrentielle, de la progression des événements; citoyenne partie prenante de ce qui se passe dans la rue, la jeune femme inquiète au début, puis confiante, devient le miroir paradoxal de la conscience des manifestants et des prémisses d’un renouveau. L’enquêteur lui, au service des dirigeants, travaille aussi à sa prise de conscience avec, en tête, le rêve d’une jeune femme : le vote blanc unanime.
Cette satire politique montre, avec humour et distance, l’incompréhension des personnages, avec des rappels historiques : la fuite à Varenne, le siège de Paris organisé par le gouvernement de Thiers replié à Versailles pendant la Commune,  mais aussi des réminiscences du Balcon de Jean Genet avec sa révolution, et l’explosion des aspirations populaires.
Les ministres en place, retranchés à l’extérieur de la capitale, croient pouvoir dicter leurs directives depuis le lieu improbable de leur fuite. Mais les murs de la société se sont fissurés : tout a changé, et les citoyens se réveillent enfin, par-delà les mensonges, les masques sociaux, le jeu pipé de la vérité, et les actes larvés de violence. Heure énigmatique où tout peut advenir, avec dans les villes françaises, des murs peints en blanc…
Saluons les assesseurs scéniques : Caroline Arrouas, Marc Lamigeon, Roxane Palazzotto, Noémie Develay-Ressiguier, Cédric Simon et Grégoire Tachnakian.
Un jeu pour de vrai, facétieux, et en phase avec les vraies questions qui sont dans l’air du temps.

 Véronique Hotte

Spectacle vu à l’Espace des Arts, Scène nationale Chalon-sur-Saône,  le 11 mai. Théâtre Dijon-Bourgogne-Centre Dramatique National/ Festival Théâtre en mai, du 21 au 23 mai.
Festival d’Avignon, salle Benoît XII, du 6 au 10 juillet
(Le texte est publié aux éditions du Seuil/Points),

Anna Karenine

Anna Karenine, d’après le roman de Léon Tolstoï, adaptation et mise en scène de Gaëtan Vassart

 

Anna KarenineCe serait l’histoire de trois femmes : Daria, l’épouse trompée et accablée d’enfants de l’avocat Oblonski, parfois résignée, parfois non ; sa sœur, Kitty, une jeune fille pleine de rêveries, flattée à son entrée dans le monde par la modeste demande en mariage de Lévine, mais éblouie par le brillant aristocrate Vronski ; et leur belle-sœur, Anna Karenine, « la plus belle femme de Russie », solidement mariée, déjà désabusée:«les bals où l’on s’amuse n’existent plus pour moi» (sous-titre du spectacle), soudain emportée avec Vronski dans les orages de la passion.
Ce serait donc l’histoire de ces trois femmes, et surtout celle de leur émancipation qui ne se trouve pas là où on l’attend : Anna a cru rompre avec les conventions en s’enfuyant avec son amant (passons sur les épisodes de remords et de retour au foyer conjugal, et du noble pardon de son irréprochable mari!). Mais elle aura l’horrible chagrin de voir son amant contraint de rester auprès d’elle par devoir, empêché de rejoindre la société qui l’attend, sans tache sur son nom, puisqu’il est un homme…, avec un beau mariage à la clé.
Anna Karenine serait une Emma Bovary d’une classe supérieure, une Hedda Gabler avant la lettre, ou l’Ariane épouvantée de Belle du Seigneur d’Albert Cohen : en un mot, l’héroïne sublime et dérisoire de la passion vécue jusqu’à la lie et qui finit dans le fait-divers. Il y a là, de quoi faire du grand théâtre mais ici… justement le grand théâtre n’y est pas!
 On ne reprochera pas à Gaëtan Vassart une adaptation forcément réductrice du célèbre roman, mais une mise en scène sans cohérence, une scénographie et des costumes désolants, à l’exception de celui d’Anna. Une robe a besoin d’un tissu et d’une coupe, et les paillettes, difficiles à manier, ne font pas un décor !
 Passons aussi sur la chorégraphie (?) du bal! Le metteur en scène a la main lourde, mais parfois avec bonheur quand, par exemple, Alexis Karenine, l’homme modèle, prononce un long discours sur fond d’hymne russe: le spectaculaire vocal, cela marche… Mais où est la pensée dans ce bric-à-brac ?
Ce qui nous console: les actrices… Emeline Bayart, qui interprète Daria, la mère de famille excédée et trompée, est réjouissante d’humour, et, en plus elle chante ! Sabrina Kouroughli, en Kitty un peu verte, n’est pas mal non plus. Mais surtout Golshifteh Farahani, star mondiale (Altamira d’Hugh Hudson, Les Deux amis de Louis Garrel, Les Malheurs de Sophie de Christophe Honoré) et comédienne discrète (et en plus, elle joue du piano!). Belle, gracieuse, elle retient ses forces pour mieux les laisser deviner et articule le texte dans un français parfait, avec une  léger accent qui dresse autour d’elle, et donc d’Anna, une très légère frontière  faisant du personnage, une intouchable, trop haute et trop belle pour ne pas tomber.
Gaëtan Vassart, comédien, n’a pas trop mal dirigé ses camarades (à l’exception de Vronski, quelque peu transparent) mais il lui manque d’être vraiment metteur en scène. Dommage…

Christine Friedel

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes. T : 01 43 28 36 36, jusqu’au 12 juin.

Nécessaire et urgent

Nécessaire et urgent d’Annie Zadek, mise en scène d’Hubert Colas

 

NetU-103La voix d’Annie Zadek vient du tréfonds des âmes disparues, de la nuit des fantômes entrevus – les siens et les proches qui demeurent inconnus, grands-parents, oncles, tantes, cousins et générations anciennes, tombés dans le gouffre de l’extermination et de l’oubli.
Ici, les parents de l’auteure et ceux qui ont choisi de partir avant les temps maudits en 1939, ne s’expriment pas mais sont interpellés, sollicités, requis et comme sommés de répondre à cette belle voix sourde qui parle – celle d’Annie Zadek, de ses enfants et petits-enfants, une «voix dédoublée, dramatisée, mise en scène pour on ne sait quel cérémonial intime », commente Philippe Lacoue-Labarthe dans La Condition des voix.
Annie Zadek, née à Lyon, est originaire de Pologne que ses parents juifs et communistes ont quitté en 1937, deux ans avant l’invasion par l’Allemagne nazie et criminelle avec sa solution finale conçue et inventée par l’impensable et l’innommable. L’enfant qu’elle était, n’a pas interrogé en son temps ses parents sur la Pologne, et sur sa famille quittée et perdue, alors qu’elle allait partager une autre vie dans la France des Droits de l’Homme. La conscience parentale silencieuse est reprise et animée par tous les fils et filles qui se posent sans cesse la même question pour combler un vide effroyable : «Cette histoire de culpabilité : les avaient-ils abandonnés ? Auraient-ils pu faire autrement ? Toute cette histoire de désespoir ? De cauchemars ? De chambre à part ? De refuser d’être touché(e) ?»

D’une génération à l’autre, le fléau de l’énigme. Dans un silence lourd, seul pressenti  comme réponse inutile, tant est grande la puissance de ce qui ne peut se dire, quand l’entreprise d’élucidation s’énonce tel un geste dans Nécessaire et urgent.
Dans leur pays d’origine, de quoi, les parents, alors jeunes gens porteurs d’un idéal de société à réinventer, ont-ils eu assez ? Du fanatisme, de l’obscurantisme ? Annie Zadek,
héritière de l’Histoire maudite, ressasse l’obsessionnel: «De quoi avons-nous hérité ? De quels biens sommes-nous spoliés ? Jusqu’à la combientième génération ? »
La question de la transmission à la postérité est existentielle : celle d’une histoire, à la fois individuelle et collective déposée dans la mémoire, sans que s’annule pour autant, la douleur d’une disparition de proches gravée ad vitam aeternam.
Sur le plateau, une cabine aux parois de verre avec des éblouissements lumineux, dans un jeu de cache-cache avec les réminiscences du passé, où se percutent la conscience et l’imaginaire, ses cathédrales de rêves et de cauchemars. Peu à peu, une fumée se dégage du sol et envahit l’espace d’une brume compacte et dense, métaphore de la disparition. On voit un instant la paume d’une main aplatie sur le verre : ombres, fantômes et souvenirs noirs.
Bénédicte Le Lamer et Thierry Raynaud, d’une pudeur et d’une justesse absolue, incarnent au plus près cette voix intérieure, cette voix profonde et résonante des vivants et des morts, d’hier et d’aujourd’hui. La pluie de questions ne cesse : quand arrêtera-t-on d’hésiter entre partir et rester ?

 Véronique Hotte

   Nous confirmons. Il faut voir ce spectacle comme un poème, remarquablement dit par ses deux interprètes. Avec une grande précision orale et gestuelle et en même temps, avec une grande tendresse, pour le verbe d’Annie Zadek.
Mémoire d’un passé douloureux qui marquera à jamais l’histoire du XXème siècle, celle de la Pologne mais aussi celle de l’Europe toute entière. Ces réfugiés qui arrivèrent démunis et croyant en l’idéal du pays des Droits de l’homme, auront beaucoup apporté à la France. On repense encore une fois à cette fameuse phrase d’Anton Tchekhov : «Ce sont les vivants qui ferment les yeux des morts mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants. »
Hubert Colas, très loin des redoutables approximations sans fin d’Une Mouette d’après Anton Tchekhov malheureusement revue et corrigée, (voir Le Théâtre du Blog) maîtrise ici, avec intelligence et sensibilité, l’espace et le temps scénique, au service d’un courte pièce, d‘une absolue densité théâtrale. Un travail remarquable qui mérite d’être vu.

Philippe du Vignal

 Théâtre national de la Colline, jusqu’au 4 juin. T : 01 44 62 52 52
Le texte de la pièce est édité aux Solitaires Intempestifs

La nouvelle saison du Théâtre de la Ville à Paris

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La nouvelle saison du Théâtre de la Ville à Paris

  imageComme l’ont souligné Dominique Alduy, présidente du conseil d’administration et Bruno Julliard,  premier adjoint chargé  à la Mairie, chargé de la Culture, le Théâtre de la Ville  qui avait été construit en 1862 par Gabriel  Davioud et dont la salle et l’accueil avaient été refaits en 1968 par les architectes Fabre et Perrotet, (qui ont aussi conçu le Théâtre de la Colline), avait besoin d’une sérieuse rénovation. L’idée de théâtre des architectes était, à l’époque, conforme avec celle d’un d’un théâtre populaire: plus de balcons d’une salle faussement à l’italienne (avec des places disait Marcel Pagnol, des places où on voit et où n’entend pas, des places où on n’entend mais on ne voit rien et des places où on ne voit ni n’entend rien!) mais une bonne visibilité avec un gradinage en béton, une ouverture de scène de 11, 60 m qui fut doublée, et des dessous de scène mécanisés. Oui, mais voilà quarante ans c’est peu; les techniques ont beaucoup évolué et la taille du public a grandi: et le confort de la salle devenait donc des plus limités, la machinerie et l’appareillage technique des cintres demandaient une mise aux normes, et l’accueil du public (toilettes, bar, etc.) avait lui aussi pris un sacré coup de vieux.
Ce qui imposait donc une révision drastique de l’ensemble du théâtre qui
fermera donc en octobre pendant deux ans pour répondre aux exigences du spectacle contemporain; les travaux programmés depuis plusieurs années ont été confiés au cabinet d’architecte Agnès Blond-Stéphane Roux qui a remarquablement rénové Le Bateau-Phare à Dunkerque (voir Le Théâtre du Blog). Avec comme maître d’ouvrage, la Ville de Paris mais l’équipe du théâtre étant, bien entendu, associée à l’opération.  Le plateau disposera ainsi d’un plancher intermédiaire, la cage de scène sera aussi mise aux normes, comme le chauffage, la ventilation, les installations électriques, la sécurité et la sonorisation. On créera des ateliers techniques et les régies actuelles seront totalement repensées. Le hall d’accueil -si peu accueillant!-sera revu, avec vestiaires et sanitaires dignes de ce nom, la mezzanine aura une meilleur vue sur la Place du Châtelet, la salle disposera de sièges nettement plus confortables, et la belle salle de la Coupole en haut du théâtre,  sera plus accessible, et donc plus efficace pour accueillir les répétitions, voire même des représentations.
Le  café des Oeillets , situé au sous-sol dans l’ancien restaurant, deviendra une véritable petite salle de spectacles fermé. Enfin l’accent sera mis sur l’efficacité du bâtiment, avec une réduction notable des consommations d’énergie. C’est dire l’importance des enjeux et des travaux et ce qui suppose aussi un engagement financier et  humain  considérable, a dit Emmanuel Demarcy-Motta, “ Cela n’a pas été facile à mettre en place, techniquement et humainement mais il fallait le faire,  et le Théâtre de la Ville sera à même, de se réinventer pendant deux ans, et de trouver à la fois une nouvelle vitalité, en investissant  l’Espace Pierre Cardin (photo ci-dessus) qui sera rénové pour l’occasion. Grâce aussi à une vingtaine de partenaires qui accueilleront nos spectacles comme Le Centquatre , le centre Georges Pompidou, le Théâtre de la Colline, le Grand Parquet, Le Théâtre des Champs-Elysées, le Monfort, le Théâtre National de Chaillot, le Théâtre 71 à Malakoff, le Théâtre du Châtelet qui va lui aussi connaître une période de grands travaux.  Sans eux, nous n’aurions pas pu avoir un programmation aussi riche  Sans tout détailler, nous accueillerons  une fois de plus comme chaque année Le Berliner Ensemble avec le Faust de Goethe au Théâtre du Châtelet, L’Opéra  de Quat’sous de Bertolt Brecht, au Théâtre des Champs-Elysées, et Letter to a man avec Mikhial Barysnikov,  tous trois mis en scène par Robert Wilson. A la rentrée aussi, nous aurons un festival des opéras traditionnels chinois au Théâtre 71 de Malakoff. Et bien entendu, dans notre deuxième salle: le Théâtre des Abbesses, seront aussi  présentés aussi nombre de spectacles importants, comme Déjeuner chez Wittgenstein de Krystian Lupa”.
On sent une certaine émotion chez Emmanuel Demarcy-Motta à l’idée de devoir quitter l’emblématique Théâtre de la Ville pour une si longue période, mais aussi la fierté de boucler la programmation d’une belle saison, en recevant des artistes majeurs, comme Lucinda Childs et son mythique Dance avec, en surimpression, la lecture filmique de  Sol Lewitt, mais re-tournée à l’identique avec les danseurs de l’Opéra de Lyon. Ou la reprise de Bit de Maguy Marin, ou encore une création d’Anne Teresa de Keersmaeker.
Emmanuel Demarcy-Motta a aussi insisté sur  le volet international: avec  Alice et autres merveilles, Le Faiseur et Rhinocéros, des valeurs sûres de sa compagnie qui partiront en tournée française (et étrangère pour ce dernier). Et il y aura aussi l’échange entre  son théâtre et le BAM  (Brookyn Academy of Music) qui présentera les spectacles de Nora Chipaumire et de Steve Cosson à New York d’abord puis à Paris, et ceux de Yoann Bourgeois et de Wang Ramirez,  après avoir été joués à Paris, iront à New York… Soit au total, 23 spectacles de théâtre dont onze  créations, trente-cinq spectacles de danse, dont douze créations, vingt-quatre concerts de musiques du monde et de chanson, et dix-sept concerts de musique, quinze spectacles Enfance et jeunesse et enfin la huitième édition des Chantiers d’Europe!  Comme l’avait fait remarquer Dominique Alduy, s’ouvre à la rentrée prochaine, une saison à la fois ambitieuse ( plus de cent-dix spectacles et concerts!) et décisive pour ce grand théâtre. Une fermeture même temporaire d’un théâtre, Emmanuel Demarcy-Motta le sait très bien-ne va pas sans risques:les lieux de programmation sont forcément nombreux et le public a horreur d’être bousculé: la fréquentation risque donc de s’en ressentir…
La Mairie de Paris, en tout cas, n’aura pas ménagé les moyens pour que cette  programmation hors-les murs (solide mais sans grand risques) soit réussie, et à des tarifs raisonnables. Ce qui n’est pas un luxe par les temps qui courent…

 Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville, 2 Place du Châtelet Paris 4ème. T: 01 42 74 22 77 theatredelaville-paris.com A partir du 14 novembre,  Espace Pierre Cardin 1 avenue Gabriel, Paris 8 ème

La Cerisaie

La Cerisaie d’Anton Tchekhov, mise en scène de Yann-Joël Collin

cerisaie_nicolas_fleury_1L’argent va-t-il tomber du ciel pour racheter cette cerisaie ? Un miracle va-t-il se produire ? Évidemment, non. Les roubles coulent des doigts de la gentille Lioubov, juste capable de vivre au jour le jour avec l’amour lointain-il vit à Paris-d’un homme qui ne la mérite pas, avec aussi l’affection d’un frère resté en enfance, de ses filles, et aussi du «petit moujik» Lopakhine, un homme d’aujourd’hui, jeune capitaliste entreprenant et actif. Ce qui n’empêche pas les sentiments…
 La Cerisaie est presque la pièce de ce qui n’a pas lieu. Lioubov retrouve sa maison, son histoire, ses chagrins, et repart comme elle était venue, ou presque. Tout patine, l’attente tord la durée, ce qui se construit entre les êtres s’use au fur et à mesure, et devant nos yeux : il n’y aura pas de mariage entre Varia et Lopakhine, on assiste tranquillement à la défaite d’un monde qui n’a plus lieu d’être.
 Ce temps suspendu crée une sorte d’émotion très particulière pour le spectateur, qui s’y laisse aller à son tour. D’autant plus, et on le ressent avec cette mise en scène, que le texte de La Cerisaie est constitué en grande partie de récits, d’informations qui s’adressent tout autant au spectateur-témoin, qu’au partenaire. Et la mise en scène : salle éclairée, acteurs dans la salle… fait du public, précisément, un partenaire.
  De là, à théâtraliser cette relation ? A l’inverse de La Mouette ou d’En attendant Godot, qu’avait montées Yann-Joël Collin où le théâtre, à l’état naissant, faisait corps avec chacune des pièces  mais aussi avec le public, sa compagnie La Nuit surprise par le jour invite ici le (vieux) théâtre comme un corps étranger.
 Splendides et dérisoires rideaux de velours rouge (qui finiront à la poubelle…), recours au mime et au jeu masqué pour le vieux Firs  (porté par une ravissante et jeune actrice, bosselée de prothèses de chiffon et affublée d’un nez de carton), et fête dans un music-hall de province avec plumes et paillettes.
  Les images d’un spectacle un peu ringard envahissent le plateau, comme si le personnage de Carlotta, avec ses petit tours de magie,  était hypertrophié pour devenir la métonymie de la représentation elle-même. Voilà une idée un peu trop visible,  et pas complètement assumée pour être vraiment la bonne idée.
  La vidéo fait (un peu) entrer la rue dans le théâtre (ce n’est pas très  neuf ! mais cela fonctionne), et donne une joyeuse respiration. Plusieurs acteurs de la troupe ont été formés par Antoine Vitez qui reste sa référence. Quand il travaillait une pièce, il tirait sur ses coutures pour voir comment elles résistaient : et si on jouait La Cerisaie comme un vaudeville ? Cela ne signifiait pas pour lui qu’il fallait la jouer comme un vaudeville, mais que cela valait la peine de tenter l’expérience : « Le résultat est terrible », disait-il.
La très longue fête, à la fin de l’acte III, avec guitares électriques et boule à facettes, déborde sur l’entracte, et déboule dans les escaliers du théâtre jusqu’à la rue, a quelque chose de terrible : elle distend en effet presque jusqu’à l’insupportable, l’attente du coup de marteau de la vente aux enchères : «A qui a été vendue la cerisaie ? ».

 En même temps, elle nous donne le temps de penser à nos « Trente glorieuses » et aux années bling-bling qui ont suivi, à l’insouciance où nous vivons peut-être encore, avant inventaire et rangement final. Sommes-nous tous de ces aristocrates inutiles et démunis ?
 Le social, le politique ne sont pas explicitement là mais trouvent leur temps dans cette terrible durée. Le théâtre est-il là pour être « terrible » ? En sortant de cette Cerisaie, on a envie de dire : oui…

Christine Friedel

Théâtre des  Quartiers d’Ivry-sur-Seine. T : 01 43 90 11 11, jusqu’au 5 juin.

T’es pas né! Histoire de frangins

T’es pas né de Philippe Maymat,  mise en scène de Laurent Fraunié

 

t'es pa néC’est une histoire de grand frère et de petit frère, mais surtout de petit frère. L’ auteur/acteur incarne le difficile vécu des fratries et s’adresse à la fois aux enfants en train de vivre ces temps difficiles, et aux parents avec leur passé des années 70 et 80, des programmes télé de l’époque, de la culture BD (mais Mandrake le magicien dit-il quelque chose aux enfants d’aujourd’hui?) du  football etc.
La plupart du public se sent donc concerné (davantage peut-être les hommes que les femmes) car dans T’es pas né, la grande sœur ne fait que passer.
A travers les passages obligés: vécu dans la famille, camp de scouts, vacances chez pépé et mémé, sports, premier amour,  Philippe Maymat, supposé petit-fils d’Hans-Christian Andersen, revit son enfance avec une belle énergie, dans un monologue où il a quelques morceaux épatants.
Il évite le piège du spectacle banal pour enfants, en particulier grâce à la qualité de son écriture
(le passage sur « la bobinette cherra » est un morceau d’anthologie), grâce aussi à son interprétation du petit frère, à qui son aîné refuse l’existence (t’es pas né)  jusqu’à leur réconciliation réparatrice.
Des réserves?  Juste parfois vers la fin, quelques trous d’air dans le monologue mais le spectacle a trouvé un très bon écho chez les jeunes spectateurs.

Claudine Chaigneau

Théâtre de Belleville, Paris XXème jusqu’au 1er juillet.
Relâche les 29 mai, 9 et 11 juin

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