L’Irrésistible ascension de Monsieur Toudoux


L’irrésistible ascension de Monsieur Toudoux, d’après Georges Feydeau, mise en scène de Dimitri Klockenbring

   P1170807 (2)La tentation est grande de relier trois des petites pièces en un acte que Georges Fzeydeau écrivit à la fin de sa vie à l’hôtel Terminus à Saint-Lazare où il vivait séparé de sa femme. On l’imagine dans une belle chambre, mais terriblement  seul et amer:  définitivement écœuré de la vie conjugale…Didier Bezace s’y était essayé avec succès aux Nuits de Grignan avec Léonie est en avance, Feu la mère de madame et On purge bébé: résultat magistral et d’une rare intelligence  théâtrale. ( Voir Le Théâtre du Blog). Et Georges Lavaudant tentera avec Hôtel Feydeau, une opération similaire la saison prochaine, au Théâtre de l’Odéon .
  L’univers familial tourne vite chez cet auteur dit comique, à un enfer des plus raffinés : égoïsme, mesquineries en rafale, manque de responsabilité et radinerie d’époux incapables de vivre ensemble et souvent même exaspérés par la seule présence de l’autre, mais tout aussi incapables de se quitter. Et avec, en toile de fond, un autre univers absolument séparé et mais très lié au premier: celui des domestiques, le plus souvent fourbes, mielleux, voire affligés d’un grave défaut de prononciation comme le valet. Bref, bienvenue dans le club du bonheur familial!
Dimitri Klockenbring, lui,  a réuni : Léonie est en avance (un peu laborieuse et qui n’est pas la meilleure des trois pièces !) On purge bébé, et N’te promène pas toute nue, pour en faire une  seule, avec, comme fil conducteur, un couple au nom ridicule de Toudoux. Dans Léonie est en avance, madame est de plus en plus nerveuse car selon elle, elle doit accoucher très vite, aujourd’hui même sans doute. Sa mère est là, et Madame Virtuel, une sage-femme, insupportable dragon… Le pauvre mari, coincé entre une épouse hystérique, une belle-mère odieuse, une bonne idiote (ici un valet), et une sage-femme qui prétend tout régenter, est prié d’obéir, et se voit  transformé illico en  homme à tout faire. Madame accouchera réellement (ce n’est pas une grossesse nerveuse comme chez Georges Feydeau) d’un fils et non d’une fille, comme sa femme l’espérait.
Dans On purge bébé, Toto, petit monstre diabolique, préfigure le petit garçon de Victor ou les Enfants au pouvoir de Roger Vitrac monté par Antonin Artaud, quinze ans plus tard. Toto refuse avec la dernière énergie de prendre sa dose de purgatif. Tout cela exaspère M. Follavoine, devenu ici M. Toudoux, qui se dispute avec son épouse; cela tombe d’autant plus mal pour cet industriel de la faïence, qu’il attend pour déjeuner un certain M. Chouilloux, un personnage important du Ministère de la Guerre (ici, un colonel en costume avec décorations). But de ce déjeuner d’affaires : réussir à remporter un très gros marché de pots de chambre destinés aux soldats. M. Toudoux va donc fait  la démonstration de la résistance à toute épreuve de ces pots de chambre incassables fabriqués par son usine.
Bien entendu, le premier qu’il lance, à titre expérimental, se fracasse lamentablement; le malheureux plaide, sans être bien convaincant, un défaut de fabrication exceptionnel. M. Chouilloux, ne dit rien mais reste méfiant et le second pot de chambre se fracassera aussi vite que le premier! M. Toudoux préfèrera quitter la partie…
Et dans la  dernier volet du spectacle, on  verra Julie Toudoux, atteinte d’une piqûre de guêpe à la fesse, non plus en peignoir, mais en très, très courte robe blanche, voire même  mais une seconde, le sexe à l’air,  semer une belle pagaille dans un appartement grand bourgeois, quand son mari de député reçoit un personnage important, de surcroît rival politique. Et, comme la jeune femme ne manque pas d’aplomb, les répliques volent en escadrille, du genre: -
En somme, toi, quoi ? tu es un étranger pour moi ! Tu es mon mari, mais c’est une convention! Quand je t’ai épousé,— je ne sais pas pourquoi…  (Son mari s’incline et dit :  » Merci » et elle lui répond sans s’interrompre… : « Je ne te connaissais pas et, crac, du jour au lendemain, parce qu’il y avait un gros monsieur en ceinture tricolore devant qui on avait dit « oui », c’était admis ! Tu me voyais toute nue. Eh! ben, ça, c’est indécent. »
Georges Feydeau, en bon misogyne, règle ses comptes : les femmes ici, et de quelque milieu que ce soit, sont presque toutes odieuses et égoïstes, mais le futur père et mari n’est guère mieux traité : aussi  consternant de bêtise et de veulerie. Bref, encore plus que dans ses grandes pièces, l’humanité n’a rien ici de bien réjouissant. Et à chaque fois, les personnages sont en lutte contre un élément étranger qui vient bousculer leur pauvre petite vie quotidienne. Le couple résiste malgré tout dans une sorte d’instinct de survie mais va se retrouver sacrément cabossé, voire anéanti par l’égoïsme de l’un et de l’autre.
Dimitri Klockenbring qui avait mis en scène de façon tout à fait remarquable Une famille aimante (voir Le Théâtre du Blog) s’en sort plutôt bien. Malgré une dramaturgie qui sent le collage un peu forcé et pas toujours très crédible comme dans le dernier acte, les situations, un siècle après, restent tout à fait vraisemblables et c’est une bonne idée que d’avoir situé les choses actuellement, comme les metteurs en scène le font souvent maintenant avec les pièces de Georges Feydeau.
Malgré aussi une scénographie maladroite et un mauvais rapport scène/salle. Malgré aussi une mise en scène au rythme parfois défaillant et des intermèdes trop longs et mal ficelés (pas grave, cela devrait se roder) et la scène mythique des pots de chambre est un peu ratée.
Mais Dimitri Klockenbring se révèle, une fois de plus, un très bon directeur d’acteurs y compris pour les petits rôles comme Romain Francisco (le domestique qui ne peut pas prononcer pas les consonnes), Bernadette Le Saché (la mère et Madame Chouilloux). Nicolas Lumbreras (André Toudoux) pratiquement toujours en scène passe facilement d’une pièce, et donc d’un registre à l’autre, tout en gardant son personnage. Juliette Poissonnier est à la fois la sage-femme du début et l’horrible Toto! Tout à fait remarquable.
Yvan Garoule (le colonel Chouilloux) est aussi très crédible.
Et enfin, mention spéciale à Emilie Cazenave, juste, très fine, qui interprète avec bonheur, et avec parfois une légère distance, ce qui ne gâte rien, l’exaspérante, l’insupportable et sexy Julie Toudoux.
Le théâtre de Georges Feydeau, paraît facile à jouer mais pas du tout! Même revu et corrigé, il exige d’excellents acteurs et bien dirigés. Ici, contrat rempli. Même si on aurait aimé que la mise en scène fasse preuve, dans l’ensemble, de plus d’audace.
Comme aujourd’hui, nous sommes paresseux, nous emprunterons à notre amie Christine Friedel, ce qu’elle disait déjà-et très bien-des comédiens de Didier Bezace et qui s’appliquera, après quelques représentations à ceux de ce spectacle: “Ils jouent avec tout le public, autour d’eux, n’oublient personne, dans un engagement total. C’est énorme ? On va vous le faire encore plus grand, et plus profond. Pas d’ironie, chaque situation est assumée pleinement, joyeusement (ce sont quand même des farces) avec toute la générosité et la force de ces acteurs qui ne ménagent pas leur talent.(…). Le propos est gros, l’écriture est efficace, et le jeu est d’une finesse et d’une précision impressionnante.”
Allons, n’ayons pas peur des mots: ce spectacle appartient à un théâtre populaire, et on rit vraiment de bon cœur. Ce qui est devenu rare avec les dramaturges contemporains qui préfèrent parler de guerres, catastrophes et autres ravages familiaux! Heureusement, nous avons encore Georges Feydeau pour nous réjouir. Après tout, pourquoi s’en priver?

Philippe du Vignal

Théâtre 13/Seine 30 rue du Chevaleret 75013 Paris, métro Bibliothèque François Mitterrand,  jusqu’au 12 juin.
T: 01 45 88 62 22.

 


Archive pour mai, 2016

Chapitres de la chute/Saga des Lehman Brothers

chapitres de la chute

Chapitres de la chute/Saga des Lehman Brothers de Stefano Massini, mise en scène d’Arnaud Meunier

 

Il était une fois trois garçons, fils d’un marchand de bestiaux juif, fraîchement débarqués aux Etats-Unis, depuis leur Bavière natale. Un trio efficace avec Henry, la tête, Emmanuel, le bras, et Mayer, la patate qui fait tampon entre les deux autres.  Ils ouvrent un modeste commerce de tissus en tout genre, dans une petite ville d’Alabama. Au pays du coton, la chance aidant, ils deviennent très vite d’ingénieux courtiers qui revendent les récoltes des planteurs esclavagistes, aux usines textiles du Nord, puis, de fil en aiguille, ils fonderont la Bank of Alabama.
Quand survient la guerre de Sécession, loin d’être ruinés, ils rebondissent,  investissent, en surfant sur une économie nord-américaine à la formidable vitalité… Leurs rejetons suivront leurs traces au cours des siècles suivants, et en trois générations, naîtra ainsi une fortune colossale qui, de crise en crise, finira… par s’effondrer en septembre 2008, provoquant la catastrophe financière mondiale, dite des « subprimes » et la disparition de la banque.
Cette saga familiale en trois saisons : Trois frères (1844-1867), Pères et fils (1880-1929) et L’immortel (1929-2000), nous conte l’histoire du capitalisme vue par le petit bout de la lorgnette, mais aussi les mécanismes d’un système vicieux, qui, en constant déséquilibre, court à sa perte. A l’image du funambule qui, de temps en temps, passe en fond de scène, entre les tours jumelles du World Trade Center à Manhattan. Belle métaphore poétique qui allège la pièce, comme les rêves bibliques qui hantent les héros.
Stefano Massini, jeune auteur italien déjà couronné de succès, ancre son théâtre dans le réel, à l’instar de son compatriote Fausto Paravidino. Amoureux du détail, il construit ici un feuilleton à rebondissements, dont il dessine avec minutie les protagonistes.

Les comédiens passent d’une narration factuelle adressée au public, à l’incarnation de personnages dans de courtes séquences dialoguées, ce qui les rend ainsi plus familiers. Cette forme originale permet un récit critique, teinté d’ironie, des commentaires d’ordre technique, ou des intermèdes, tout en faisant appel à la sensibilité des spectateurs, avec des êtres de chair et de sang.
On se laisse captiver par le succès et le destin fascinant des Lehman, même si le rythme du spectacle fléchit parfois, ce qui provoque le départ de spectateurs à l’entracte.  On connaît déjà la fin, mais tout l’art réside dans la façon de raconter…
La mise en scène, efficace et sans afféterie, suit le scénario à la lettre. Avec comme décor: la porte de la boutique des Lehman Brothers à la clenche qui grince, ou des projections de photos ou films, en rapport avec les événements historiques traversés, ou l’imaginaire des personnages.
Les situations se ressemblent d’un chapitre à l‘autre, pour souligner la nature cyclique des crises du système capitaliste et la permanence des antagonismes-encore vivaces aujourd’hui-entre tenants de l’économie réelle, et spéculateurs aventureux. Mais ces redites engendrent une certaine lassitude, au lieu de créer le comique de répétition escompté ; et plusieurs fois, le texte en devient même pédagogique. Malgré l’énergie et le talent des six acteurs.

Heureusement, après l’entracte, la performance de Serge Maggiani (Robert Lehman), dandy visionnaire, cynique et séduisant, fait décoller le spectacle. Ce dernier chapitre, plus synthétique, nous plonge dans l’univers vertigineux des traders, bien loin de la boutique des ancêtres des Lehman.
Ces trois heures quarante peuvent paraître longues à certains, mais d’autres trouveront le texte suffisamment passionnant pour pallier une réalisation… un peu en retrait.

 Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point, Paris VIème, jusqu’au 29 mai.
Le texte, traduit de l’italien par Pietro Pizzuti, est publié chez L’Arche éditeur.

 

 

Verso Medea

Verso Medea, spectacle-concert d’après Euripide, texte et mise en scène d’Emma Dante

 

 DSC2183«Mon théâtre concerne la barbarie du monde », commente Emma Dante, comédienne, auteure et metteuse en scène de Palerme. Dans ce spectacle musical créé en 2003 au Teatro Mercadante de Naples, des comédiens sorte de chœur antique populaire qui diffuse le rude esprit des terres marines, jouent les femmes de Corinthe.
La maudite, la magicienne Médée (Elena Borgogni), le ventre gros d’un enfant, est portée par une rage maléfique. Image qui rappelle Le Sorelle Macaluso d’Emma Dante, au festival d’Avignon 2014. Dans un élan généreux, et avec une même volonté de résistance et  de colère au machisme paternel et fraternel, une brochette de sœurs, un rien chiffonnières, répondent, comme en écho esthétique et moral, à cette galerie d’hommes jouant les vieilles femmes.
On est en pleine Sicile traditionnelle du vingtième siècle, attachée à ses traditions et où règnent matriarcat, Eglise et… misère. Chez Emma Dante, on condamne le pouvoir abusif des hommes sur les femmes, mais on s’amuse aussi, et on fait preuve d’une santé vigoureuse. Les femmes portent une robe noire dont elles relèvent le bas, et exercent l’art de médire des autres et d’injurier tous les hommes de la Terre, dont Jason.
La guerre des sexes bat son plein dans l’humeur vive d’être au monde. Médée pratique une magie néfaste et des actes barbares, et commet un infanticide. Princesse étrangère et exilée, figure errante attirée par l’ailleurs,  elle apparaît sous l’aspect d’une femme, humiliée mais pas vaincue, et lance ses récriminations contre Jason et contre Créon qui l’a injustement exilé de Corinthe. Elle semble possédée par un démon intérieur plutôt que par un enfant à naître.
Passion tragique, déchirements de cette femme répudiée par son amant; Elena Borgogni a chorégraphié avec hargne une danse personnelle, dans un instinct de survie: du coup, la brochette d’hommes aux habits de femme, s’en trouve comme apaisée, à l’écoute d’une sœur féminine outragée par un mâle.
Ce chœur masculin entoure Médée avec cocasserie et gravité; il assume son travestissement, pointant juste la condition de la femme.  Avec une  remarquable invention théâtrale, l’accouchement est mimé, et le nouveau-né, juste figuré par une couverture, pleure, bercé dans des bras attentifs.
Les frères Mancuso, collecteurs de chansons locales mais aussi compositeurs, jouent de leurs beaux instruments traditionnels et chantent à merveille des airs entêtants, profondément ancrés dans l’histoire de leur peuple… Comme sortis de la nuit des temps, des rites quotidiens, paysans et marins, orgueil de la terre sicilienne.
Un rêve obscur à la magie éblouissante dans l’obscurité du plateau.

Véronique Hotte

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris XVIIIème, jusqu’au 28 mai. T : 01 46 07 34 50.

 

Agua, chorégraphie de Pina Bausch

Agua, chorégraphie de Pina Bausch

IMG_0056Les artistes du Tanztheater Wuppertal offrent au public un salut unique en son genre : en se tenant par les mains, ils prennent aussi les nôtres: on  applaudit un spectacle de deux heures cinquante avec entracte, délice de légèreté et de gaité dans une période  qui en est fort dépourvue.
  Dans un espace blanc, solos et mouvements de groupe se succèdent à un rythme intense sur des musiques entraînantes incitant à la danse. Cette pièce, née en 2001 lors d’un voyage de la troupe au Brésil, se déroule devant une succession de projections vidéo représentant des  musiciens de samba, ou une nature exubérante.
Les séquences dansées sont parfois tendres : un homme embrasse la poitrine d’une femme en guise de « bises» rituelles. Et parfois d’une grande sensualité : une danseuse en blanc développe un solo envoûtant Et parfois aussi arfois d’une émouvante beauté quand l’ensemble des danseurs ondule, telles des feuilles dans le vent, sur un fond de palmiers pris dans la tempête.
 La nature animale -un jaguar, des singes, des oiseaux- contraste avec la présence frêle de certaines danseuses. Comme toujours l’engagement des interprètes est total : nul temps mort, nous sommes presque enivrés par tant de virtuosité.  Ici pas de message subliminal,  juste le bonheur de la danse et de sa folie positive pour l’âme et le corps.
   Jeunes danseurs nouvellement intégrés dans la compagnie, en cohésion avec les anciens: tous cherchent à prolonger au-delà de la disparition de Pina Bauch le plaisir des fidèles de la chorégraphe et des nouveaux spectateurs. Comme le dit Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville: «Nous nous réjouissons du fait que, grâce au grand nombre de représentations données dans les deux théâtres (18. 000 places au total !), un public toujours plus large puisse découvrir ces chefs-d’œuvre à la portée universelle. »
Nous retrouvons également les interactions rituelles de la troupe avec une partie des spectateurs qui se voient offrir un petit café convivial. Le titre du spectacle :Agua trouve sa justification dans la dernière partie de la pièce, et nous  vous laisserons le soin de la découvrir.
  Ne boudons pas notre plaisir : à l’heure ou des manifestations sportives internationales se préparent en France avec un grand retentissement médiatique, la danse reste capable de soulever l’enthousiasme d’un nombreux public.  Il faut le rappeler à nos tutelles culturelles hexagonales…

Jean Couturier

Depuis Palermo, Palermo, conçu en Sicile quand s’effondrait le mur de Berlin (voir Le Théâtre du Blog), Pina Bausch n’a eu de cesse de s’évader de Wuppertal pour y revenir avec des œuvres enrichies de ses escapades. Agua, au nombre de ces chorégraphies, apporte au répertoire de la compagnie, une grande bouffée d’air et d’eau.
 Au vent qui agite les palmes tout au long de la première partie, répond l’eau venant rafraîchir une forêt tropicale qui,bientôt, mange le plateau. D’abord aérienne, la danse s’ancre dans la touffeur de la jungle primitive, sillonnée par le fleuve, ou dans la chaleur des plages et des dancings sous la lune…
 Il y a ici beaucoup d’humour et de clins d’œil: jouant à fond de ces clichés brésiliens,  Agua s’organise en une suite de tableaux joyeux, entrecoupés d’intermèdes parlés. Mais les gags dansés sont beaucoup plus drôles et efficaces que ces scénettes approximatives, pourtant bien insérées dans le rythme général.
 La présence insistante de la vidéo semble parfois parasiter la danse, mais reste très efficace et montre une nature envahissante, proliférante, parfois inquiétante… Une belle et amicale carte postale envoyée du Brésil que le public reçoit avec autant de plaisir que d’enthousiasme.

Mireille Davidovici

Théâtre de la Ville: Agua, du 7 au 15 mai. Et au Théâtre du Châtelet: Sur la montagne, on entendit un hurlement, du 20 au 26 mai .     

Barbecues, d’Alain Lefranc, collectif De Quark

Barbecues texte d’Alain Lefranc, conception du collectif De Quark


imageA priori, une bonne idée, cette plongée dans 2666, roman-fleuve (1.300 pages en cinq parties) de Roberto Bolaño, écrivain chilien mort en exil en 2003. Sous forme d’une enquête littéraire sur un mystérieux auteur allemand,  menée par un groupe d’universitaires européens, cette œuvre posthume, éditée en 2004 nous entraîne jusqu’à Santa-Teresa (Mexique), transposition de Ciudad Juarez, ville de tous les dangers et de tous les trafics, à la frontière des Etats-Unis, et qui détient le triste record des assassinats de femmes.

 Le lieu semble cristalliser les crimes monstrueux qui ont ravagé le monde au XXème siècle et qui se perpétuent : défaite sans fin contre le mal… Le collectif De Quark a rapporté d’un voyage à Ciudad Juarez des images, documents sonores et témoignages qui nous sont distillés au fil d’une chronique complexe.
Pour rassembler tous ces éléments, Alain Lefranc a imaginé deux itinéraires croisés, celui de Solène, qui, adepte d’enquêtes et de films de série Z, se passionne pour 2666 et se rend à Ciudad Juarez, et celui de son ami Julien qui tourne un remake des Misfits à El Paso (Texas) sur l’autre rive du Rio Grande.
Ils se retrouveront à ce point névralgique autour de questions communes, comme le destin tragique des femmes exposées aux violences en tout genre. Marilyn Monroe incarne, blonde intemporelle, l’une de ces victimes. On la voit en proie aux diatribes machistes d’Arthur Miller, son mari, scénariste des Misfits,  film maudit de John Huston où Clark Gable et la star apparaîtront une dernière fois à l’écran…
On assiste aussi à un «talk-show» mené par un animateur des plus kitch, tandis que des Mexicains basanés se pavanent en sombreros! Puis à un numéro de strip-tease dans un bar louche, un meurtre dans un motel : autant d’évocations aux limites du cliché, qui parsèment cette longue pièce partant souvent à la dérive, malgré quelques belles séquences et une créativité exubérante, à la frontière du théâtre, de la performance et des arts plastiques.
Mais ce collectif s’enlise dans les sables du désert mexicain, bien loin du roman qui fera aussi l’objet d’une adaptation et d’une mise en scène de Julien Gosselin au prochain festival d’Avignon.

 Mireille Davidovici

Festival Spot/Sex and the Villette, jusqu’au 26 mai.
2666 de Roberto Bolaño, traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amuto, est publié aux éditions Christian Bourgois. 

 

Vingt-cinquième festival international des jardins

 

image

Le jardin du parfumeur (c) Éric Sander

Vingt-cinquième festival international des jardins, au domaine de Chaumont-sur-Loire, la nature mise en scène

 

Noces d’argent, jubilée : à vingt-cinq ans, le festival international des jardins de Chaumont pourrait  faire figure de notable. Mais dans un jardin, tout est toujours à recommencer et à repenser : le thème de l’année 2016 est Jardins du siècle à venir. Laquelle année, déjà bien entamée, nous inquiète; les paysagistes et architectes invités  rendent compte de nos peurs : réchauffement climatique, montée des eaux, accumulation des déchets (et donc nécessaire récupération!) et urbanisation galopante qui nous enferme dans un monde minéral…
En même temps, monte la conscience que l’anthropocène, c’est-à-dire l’ère de l’empreinte dominante de l’homme sur la sphère terrestre, doit entrer dans une nouvelle phase ; il faudrait donc peut-être penser de nouveaux équilibres et rendre au vivant, au végétal en particulier, son rôle dans la réparation de la nature par elle-même…
Grandes questions pour petits jardins : à ces inquiétudes, la vingtaine d’équipes de paysagistes et d’architectes invitées au festival donne des réponses variées, souvent ludiques, parfois obscures et globalement, plutôt sages. 
Frankenstein’s nature, par exemple, déçoit : sortir cornues et vieux interrupteurs électriques du laboratoire ne suffit pas à transposer au jardin la force du mythe.
Dans la même perspective du dedans-dehors, l’Oikos, où l’herbe verte flambe aux brûleurs d’une vieille cuisinière, répond déjà mieux à l’esprit du jardin.
La Maison vivante, plus librement ouverte dans l’espace, célèbre la reconquête de la maison par le végétal, et en même temps, une joyeuse utilisation de la  récup’ : on vous recommande particulièrement les culs de bouteilles plastiques comme dallage d’une cuisine au jardin et le mobilier kitsch appelé doucement au retour à la terre.
Ce jardin-là, un peu nostalgique des jardins ouvriers, l’un des plus agréables à vivre pour une sieste, ou pour un repas entre amis, est surtout un espace partagé avec des plantes en liberté, dont aucune ne serait une « mauvaise herbe ».
Avec une plus grande ambition, l’équipe du Champ des possibles expose un plan incliné où se retrouvent visiteurs et plantes, de toute taille et de tout âge. L’objet, à la fois ludique, pédagogique et véritablement novateur, est appuyé à un mur de béton végétal (terre tenue par une herbe sèche remarquablement banale, le miscanthus).

Au cœur du sujet : le jardin-et la maison-d’un futur renouvelable, innovant, peu coûteux. D’autres perspectives s’ouvrent, avec des recherches pas toujours spectaculaires mais très prometteuses : les plantes électriques, le végétal dévorateur et recycleur de plastique…
Mais l’espace qui vous attire, sera poétique : Le Jardin flottant du songe réunit fibre sèche et mousses humides en des formes presque animales, les « bombes à graine » de l’explosive nature roulent au sol avant d’exploser en floraison aléatoires. Il faudra revenir dans deux mois : tout aura changé, poussé, il n’y aura plus qu’à s’asseoir au Jardin du dernier acte, pour assister au spectacle sans fin de la nature.

Christine Friedel

Huitième saison d’art contemporain

Moins connus que le festival horticole, les installations d’art plastique dans le parc, les salles et les communs du château, constituent une autre façon de mettre en scène la nature et le patrimoine. On peut donc compléter la visite des jardins par un tour du propriétaire, et s’amuser de ces œuvres disparates, commandes passées à des artistes de tous horizons.  Il y en a pour tous les goûts.
Marc Couturier investit l’asinerie avec un grand tapis rond entremêlant des motifs végétaux, auquel répond une peinture impressionniste qui fait vibrer le jour à travers les fenêtres. Dans la grange aux abeilles, le Brésilien Henrique Oliveira fait courir une impressionnante spirale en bois de palissade, Momento fecundo qui s’enroule dans les escaliers jusqu’à la charpente rustique.

 Dans l’enceinte de la ferme, Wang Keping expose une étrange armée de bois sculptés, polis et cirés, aux formes mi-humaines, mi-animales. Et en face, le Ghanéen El Anatsu habille les murs d’une grange, de tapisseries monumentales en relief, tissage minutieux de matériaux de récup : capsules de bière, canettes concassées, tôles découpées.   
D’autres spectacles nous attendent dans le parc qui domine la Loire. D’abord, le fleuve qu’on peut contempler du promontoire conçu par Tadashi Kawamata. Dans les arbres s’érigent les cabanes du même artiste japonais, où pendent les échelles de François Méchin.

Au détour d’un bosquet on découvre L’Œil de l’oubli d’Anne et Patrick Poirier, marbre niché dans les lierres, comme tombé d’un ciel antique, ou encore Ugwu, d’El Anatsui, amoncellement coloré de vieux bois, du plus bel effet, au pied des arbres vivants… Il y a une vingtaines d’œuvres ainsi disséminées dans le domaine, en comptant les installations théâtrales de Sarkis dans les greniers du Château, bric-à-brac organisé autour de vitraux suspendus aux fenêtres à tabatière, avec vue sur le fleuve…
Un bol d’air roboratif après une saison théâtrale…

Mireille Davidovici

Festival international des jardins, jusqu’au 2 novembre. Domaine de Chaumont-sur-Loire. T : 03 54 20 99 22.

 

 

 

Britannicus de Jean Racine

Britannicus de Jean Racine, mise en scène de Stéphane Braunschweig

(C)Brigitte Enguérand

(C)Brigitte Enguérand

  Après avoir écrit des pièces sur des thèmes de la Grèce ancienne, comme La Thébaïde, Alexandre le Grand, Andromaque, Racine explore la tragédie romaine, historique et politique, avec Britannicus (1669), marchant ainsi sur les brisées de Pierre Corneille.
« Ma tragédie n’est pas moins la disgrâce d’Agrippine, que la mort de Britannicus », écrit le dramaturge dans la préface de 1676.
Néron affermit son pouvoir personnel, et on va assister à la révélation de sa nature monstrueuse et criminelle, et à ses débuts du tyran. Avec aussi, la tragédie d’un frère qui tue son frère par alliance : intrigue parfaite, mêlant le thème de l’usurpation politique (Néron a dépossédé Britannicus du pouvoir légitime, aidé par les manœuvres et les crimes de sa mère), à celui de la rivalité amoureuse.

  Passion et jalousie du tyran en herbe, concupiscence et plaisir de nuire, déclenchent la machine tragique. Contre la manipulatrice Agrippine à la chute préfigurée, Néron fait enlever Junie, promise au jeune Britannicus, qui est incapable de la moindre clairvoyance. L’empereur, lui,  a tout du criminel médiocre, «apparemment naturel, dit Georges Forestier, parce qu’il oscille entre son passé vertueux qui n’est plus qu’un masque, et son impatience à pouvoir s’abandonner sans frein à ses passions, entre l’influence de Burrhus et celle de Narcisse…» Monstre non révélé, hésitant, il se révèle ainsi «humainement», à travers sa passion amoureuse pour Junie, avec désir sexuel, jalousie et violence.
Dans la mise en scène lumineuse mais glacée de Stéphane Braunschweig, Laurent Stocker, d’une ambiguïté rare, laisse planer une équivoque pesante dans les silences que Néron sait ménager, quand il affronte ses conseillers ou détracteurs.
Calme, colère froide, cynisme et indifférence à tout ce qui entoure cette âme damnée. Ce petit tyran, paradoxalement magistral, en proie à des instincts non contrôlés, se débarrassera vite d’Agrippine et de Britannicus.
 Face à lui, Dominique Blanc incarne la fière figure d’une mère calculatrice et majestueuse; elle donne toute la mesure d’une humanité blessée et cache à son fils, ses mauvais pressentiments. S’abandonnant librement aux alexandrins de racine déclamés selon l’esthétique du «beau naturel», Dominique Blanc, en mère de l’empereur, libère une voix cristalline aux tonalités pures et coupantes, louvoyant entre accents sucrés ou raisonneurs, et échos plus sombres.
Face à cette femme orgueilleuse, Georgia Scalliet, en Junie belle et sensible aux réminiscences tragiques, pleure pour son amant, empêchée d’en dire davantage, prisonnière du regard de Néron qui assiste à la rupture qu’il a programmée… Clotilde de Bayser, confidente d’Agrippine, porte la distinction grave de sa condition, et Hervé Pierre joue Burrhus, ce gouverneur veule et partagé.
Stéphane Braunschweig propose ici une mise en abyme des décors de ses précédents spectacles, avec de grandes portes insolites menant au palais de Néron, qui rappellent la même distorsion de proportions que dans son Tartuffe (2008).
Au-dessus du plateau, un toit s’ouvre vers la lumière du ciel.
Les personnages sont mus ici par la douleur de ne pas être assez aimées; et de nombreuses portes, dans la profondeur du champ de vision, offrent un espace personnel segmenté et confiné. Cette installation évoque la possibilité d’échanges, pourtant mis à mal entre les êtres. Avec ces portes manipulées avec précaution, et en silence.
À la fin, Britannicus (Stéphane Varupenne) qui a été empoisonné, gît sur un lit, torse nu,  blanc sous une lumière éblouissante, qu’encadre une porte étroite fermée.
Comme dans un Verrou de Fragonard qui serait sans ébats, détourné et mis en échec, Néron fera mettre à mort le jeune amant qui se prépare. Les joutes oratoires se succèdent, fascinantes entre un fils et sa mère, si semblables dans leur hostilité, et sonnent très juste.
Dans un rapprochement impossible, et le cœur sans cesse sur le qui-vive, avec l’air de n’y toucher jamais…

Véronique Hotte

Comédie-Française, salle Richelieu, Place Colette, 75001 Paris, jusqu’au 23 juillet. T : 01 44 58 15 15

Le vide/Essai de cirque

 

image

 

Le Vide/Essai de cirque d’Alexis Auffray, Maroussia Diaz Verbèque et Fragan Gehlker

  Béatrice Picon-Vallin vous avait dit il y a deux ans, beaucoup de bien de ce spectacle qui, repris aujourd’hui dans ce même Monfort, tient aussi de la performance et rappelle les frissons que procurait Gina Pane, artiste se baladant sur des corniches à Paris dans les années 1970.
On entre par l’arrière de la scène du Monfort, où sont accrochées des pancartes avec une citation du Mythe de Sisyphe d’Albert Camus qui a visiblement beaucoup influencé les créateurs de ce Vide/Essai de cirque. «Vivre naturellement n’est jamais facile. On continue à faire les gestes que l’existence commande, pour beaucoup de raisons dont la première est l’habitude. Mourir volontairement suppose qu’on a reconnu, même instinctivement, le caractère dérisoire de cette habitude, l’absence de toute raison profonde de vivre, le caractère insensé de cette agitation quotidienne et l’inutilité de la souffrance. (…) Ce divorce entre l’homme et sa vie, l’acteur et son décor, c’est proprement le sentiment de l’absurdité ».
Sur ce grand et curieux plateau du Monfort surmonté en effet d’une sorte de cône allant vers le ciel et que l’on découvre pour la première fois en entrant par les coulisses, sept grosses et belles cordes blanches suspendues aux cintres, et sur le sol, deux épais  matelas, avec des boudins rectangulaires de polystyrène, une sorte de boîtier noir  sur lequel Alexis Auffray, par ailleurs aussi violoniste, va pianoter pour décrocher les dites cordes, six tables sommaires à tréteaux, quelques radios-cassettes et un “vieux” magnétophone Révox qui doivent paraître bien moyen-âgeux aux nombreux enfants qui peuplent la salle, et plusieurs sacs de sable comme contre-poids.

Une heure durant,comme Sisyphe, Fragan Gelker, en jean et T-shirt orange va essayer mais en vain de mettre en place des matelas très épais destinés à amortir une chute. De toute façon à quelque quinze mètres de hauteur, et encore à condition d’être dans le bon axe, s’il tombait, c’est peine perdue! Cela fait partie de ce petit jeu cynique qu’il  a déjà commencé à pratiquer avant l’arrivée du public.
Puis, il va recommencer son incroyable et silencieux travail quotidien d’acrobatie, sans jamais dire un mot, avec quelque chose de Buster Keaton. Entre réalité et fiction bien ficelée : cela commence “très mal”, puisqu’à peine monté à quelques mètres de hauteur, il tombe sur les matelas au sol! Maîtrise parfaite du corps et de l’esprit chez ce petit homme entouré de son équipe, et qui va tenter de nouveau chaque soir son pari de trompe-la-mort.
Il monte à une corde “qui casse par hasard”, redescend et récupère une autre bonne corde qu’il place sur son épaule, remonte fait un nœud avec la première pour l’allonger et redescend “normalement”, c’est à dire en s’ entourant le corps de la dite corde! Ou une autre fois, la tête en bas suspend par ses seuls pieds…
   Il monte à plus de quinze mètres, s’accroche à une poutrelle métallique, puis lâche la corde. Suspendu par une seule main! A la limite du supportable pour le public qui regarde avec émerveillement mais aussi avec la peur au ventre, cette montée dans les airs, sans aucun artifice, ou harnais.
 Puis, de loin, on voit monter ce jeune homme silencieux passer par les trappes vitrées du plafond qui se sont ouvertes vers le ciel bleu de printemps. Objectif atteint: il est sur le toit du théâtre. De façon tout à fait naturelle, comme s’il arrivait devant son appartement…Réapparaissant une minute plus tard, par une des portes de la salle. Très longuement applaudi par le public!
 Ce sont quelques-uns de ces fabuleux moments que nous offre Fragan Gelker, accompagné par Alexis Auffray qui joue du violon, quand, exaspéré et indifférent au travail de son ami dans les airs (alors que c’est lui, le maître des cordes!) il déplace sans grande raison des postes de radio avec une certaine nervosité. Bien joué!
Avant de faire une bonne dizaine de tours de piste sur patins à roulettes, en brandissant les plateaux des tables où sont inscrits quelques mots sur le sort de Sisyphe et une indication de sortie pour le public.
  Peur du vide, peur de la mort qui rôde, vertige qui nous saisit, alors que nous sommes bien assis en bas: tout est magnifiquement dit dans cet exploit de soixante minutes. On a surtout la sensation d’assister à un événement d’une qualité exceptionnelle, mais aussi unique.
“Il n’y aura jamais deux fois, disent les créateurs, le même spectacle dans deux lieux différents. Il y a le désir du réel. Tout doit être vrai ici et maintenant.Il y a le spectacle vivant, voué à refaire en permanence. Répéter, jouer, rejouer. Alors nous nous demandons, cela a-t-il un sens ?Il y a un point départ, pas de point d’arrivée, mais tout paraît évident. C’est l’absurde.”

  Ce spectacle exceptionnel nous renvoie finalement au plus profond de nous-même: à la mise en danger de notre corps dans l’espace, et aux questions métaphysiques qui nous hantent, comme au sens de l’infini et de l’absolu. Sans autres paroles, que quelques mots écrits à la craie, au début et à la fin.
Du vrai et du grand théâtre tout public à partir de huit ans. Ne le ratez surtout pas, même si c’est en 2017.

Philippe du Vignal

Le Monfort, rue Brancion, Paris XVème, jusqu’au 21 mai : lundi 9, vendredi 13, samedi 14 à 20h; dimanche 15 à 16h; jeudi 19, vendredi 20 et samedi 21 à 20h.
Budapest, Trafo, du 26 au 28 mai; Copenhague, NY CIRKUS Festival, du 12 au 16 août. Chambéry, Espace Malraux, du 14 au 20 novembre.
En 2017:
Quimper, Théâtre de Cornouaille/Scène nationale, du 2 au 4 février; Noisiel, La Ferme du Buisson, du 23 au 25 février; Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines/Scène nationale, du 3 au 11 mars; Le Quartz/Scène nationale de Brest, du 2 au 6 Mai
 

Une Mouette et autres cas d’espèces

image

 

Une Mouette et autres cas d’espèces, libre réécriture de La Mouette d’Anton Tchekhov par Edith Azam, Liliane Giraudon, Nathalie Quintane, Annie Zadek, prologue de Jacob Wren, épilogue d’Angelica Liddell, mise en scène d’Hubert Colas

 Au moins, il n’y a pas tromperie sur la marchandise, ou pas vraiment: Hubert Colas annonce tout de suite la couleur (mais pas la durée: trois heures et demi sans entracte!): “C’est fort du souvenir d’Hamlet mais aussi du Mariage de Gombrowicz que nous revisitons aujourd’hui La Mouette. Car nous n’allons pas simplement interroger ce patrimoine culturel, nous allons nous intéresser à ce qui le fonde. Nous ne montons pas La Mouette d’Anton Tchekhov, nous réfléchissons à la question qu’il pose dans La Mouette.”
 Ouf! Comprenne qui pourra à l’annonce de cette revisite d’un texte bien connu, avec comme en écho, le souvenir de deux autres pièces dont une est la plus connue du théâtre occidental, commise avec neuf intervenants mais bon…
Le metteur en scène a en effet confié à quatre écrivaines qu’il connait bien, le soin d’écrire chacune un des quatre actes de la pièce. “Libre à elles, dit-il, d’inventer, de transposer, d’oublier, de prendre  des libertés ». Et, pour faire bonne mesure, il  a aussi demandé à Jacob Wren un Prologue et à Angelica Liddell un Epilogue, “parce qu’elle exècre le théâtre dans le théâtre, et déteste La Mouette qu’elle qualifie de “pièce bourgeoise”.

 Projet donc très ambitieux (d’aucuns diront prétentieux.) Avec une sorte de surexposition de l’écriture pour l’écriture. Avec, si on a bien compris les intentions d’Hubert Colas, tout un jeu de miroir  très mode (Phèdre (s) de Krzystzof Warlikowki, etc.voir Le Théâtre du Blog).
Ce qui, bien entendu, ne va pas sans risques.  Et que reste-t-il de la pièce d’origine et qu’en est-il de cette-re création sur le plateau? Une mise à distance, une réinterprétation compliquée et pas vraiment dans l’axe de cette illustrissime Mouette qui n’en demande sans doute pas tant?

  Il y a donc d’abord le prologue, signé Jacob Wren, qui tient un peu d’un Tchekhov pour les nuls, un peu aussi d’ un cours d‘économie socio-politique où l’auteur replace les choses dans leur contexte historique, et propose une réflexion sur la notion de temps, et sur la différence de perception qu’en ont les êtres humains. Avec des constats du genre : “Karl Marx est mort en 1883. Il n’ a jamais vu d’automobile. Quelles sont les choses que nous ne verrons jamais? (…) L’automobile a été inventée en 1886. Anton Tchekhov  est mort en 1904. La révolution russe a eu lieu en 1917. Le pétrole et le charbon auront plus ou moins disparu d’ici 2045”.
Le tout truffé de quelques citations d’Anton Tchekhov: “Si l’argent se fraye un jour un chemin jusque dans votre cœur,, il faut que vous vous en débarrassiez.” (…)“Par hasard ,l’homme vient, et sans rien de mieux à faire, détruit… Un sujet de nouvelle.”
  Ce brillant petit hors-d’œuvre, même si on n’en perçoit pas vraiment l’utilité, s’écoute avec grand plaisir. Ensuite, cela se gâte quand on passe à la « relecture » du premier acte, avec un dialogue entre Iakov et un cuisinier qui discutent de l’arrivée d’un nain. Medevenko se fait rabrouer par Macha quand il se plaint. Puis, on a droit à de courts dialogues entre les personnages principaux de la célèbre pièce, et on retrouve les mots fameux de Nina qui répète en boucle: “Je suis une mouette”. Il y a des allusions à notre monde contemporain: portables, speed, coke, amphétamines, etc. Mais, comme toute cette galerie de personnages bien connue des familiers du grand auteur russe, n’ont pas été présentés au public, mieux vaut avoir relu le texte original avant, si on veut savoir qui est qui!  Mais cela n’a pas l’air d’avoir du tout gêné Edith Azam…
  Le metteur en scène avait prévenu : il s’agit d’une libre réécriture, alors, tant pis pour vous si vous êtes un peu largué. Le second acte signé Annie Zadek dont Nécessaire et urgent va être mis en scène au Théâtre de la Colline, est plutôt centré sur Treplev, Trigorine, et Arkadina qui parle longuement  de la position de l’écrivain. Nina, elle, dit le texte préparé par Treplev, son amoureux.  Tous les personnages chantent à plusieurs reprises, une chanson du fameux film, Les Oiseaux d’Alfred Hitchkock (1963): “I asked my wife to wash the floor. Ristle-tee, Rostel-tee, mo, mo, mo…Enfin un peu d’air!
La scène entre Trigorine et Nina est presque intacte mais Trigorine  dit qu’il a peur de vieillir et parle ( histoire de faire actuel et branché?) de “l’hécatombe de ces derniers temps, Peter Zadek et Okalpa, Pina Bausch, Franz West, Louise Bourgeois, Chris Marker et Leonora Carrington, Imamura et Ikeda, Maldiney,  Dagognet, Glucksman, P.D. James et Bernard Heidsieck, Manoel de Oliveira, etc. Tous ceux qui ne sont pas morts du sida, meurent aujourd’hui de mort individuelle de masse! “
 On veut bien mais cette liste de noms, dont beaucoup ne disent rien, ou pas grand-chose au public, ou cette autre liste de peurs du XXIème siècle, bref, tout ce tricotage/bricolage de  La Mouette originale avec l’actualité la plus récente, font-ils vraiment sens sur un plateau de théâtre? Pas sûr du tout…
Enfin, la farandole déchaînée des dix comédiens reprenant tous en chœur la chanson des Oiseaux apporte un peu de fraîcheur bienvenue dans ce bavardage assez fade qui, au bout d’une heure à peine, engendre déjà, dans une pénombre obstinée, un ennui de premier ordre.
  Liliane Giraudon, qui a eu en charge le troisième acte, suit davantage la pièce originale  avec le départ d’Arkadina et de Nina. Mais, à relire les deux textes, on ne voit pas bien ce qu’apporte de plus, celui concocté par cette écrivaine. Hubert Colas souligne qu’il n’a pas voulu d’un rapport uniquement littéraire à la pièce-et il a raison-et qu’il a  souhaité une véritable écriture de plateau qui… fait cruellement défaut ici.
  Dernier acte que le metteur en scène a confié à Nathalie Quintane. A la toute la fin de la pièce d’Anton Tchekhov, Treplev, le jeune écrivain se tue d’un coup de feu. Mais ici, il est de nouveau sur terre: “Dieu merci, tout çà, c’est du passé puisque je suis mort, dit le jeune homme dans une ultime rencontre avec Nina qui lui dit qu’il lui a manqué cruellement, et qu’il a bien fait de se tuer pour échapper à la morosité de l’époque contemporaine.
Il y a ici un écossage de petits pois, que les personnages pratiquent tous en parlant, et qui rappelle à l’évidence celui de La Demande en mariage, sublime nouvelle que le dramaturge russe transforma en sublime petite pièce. Belle scène où on entend le bruit délicieux des petits pois tomber dans les bassines en plastique.
Mais l’écriture de Nathalie Quintrane se veut très prosaïque, du style: “J’ai un vu film totalement dégeulasse, (…) Manque de pot” (…) Manque de bol  (…) dit Treplev. “Tu t’es marié, mon salaud”, réplique Nina. Bref, ce dialogue racoleur n’a vraiment rien d’immortel!
Pour finir, le metteur en scène nous offre un épilogue de quelques minutes “écrit pour Hubert Colas” par la grande Angelica Liddell, (voir Le Théâtre du Blog) traduit de l’espagnol par Christilla Vasserot.  Où l’écrivaine et metteuse en scène bien connue, fait comme d’habitude dans la provocation:  “Les acteurs, égoïstes claquemurés entre les parois de leur tête, en train de sucer leur propre bite, encore et encore, et ils se la sucent tellement, leur bite, que chaque jour ils doivent faire de l’exercice, afin de conserver la souplesse requise pour atteindre avec leur bouche, la base de leurs testicules”.
Angelica Liddell s’étonne aussi qu’un “auteur de théâtre écrive sur des écrivains pour que une fois la pièce écrite, d’autres écrivains aillent durant des siècles parler de leur stupide vie d’écrivain? Et qu’à leur tour des metteurs en scène montent la pièce de l’auteur”. La jeune et belle actrice lituanienne Vilma Pitrinaite, malgré un fort accent, apporte à ce court monologue, la fraîcheur et la force qui manquent tant à ce collage de textes laborieux qui le précède. Mais cela aurait sans doute été encore plus fort, si on avait vu Angelica Liddell, filmée et disant son texte en espagnol, avec surtitrage.
  En fait, Hubert Colas semble en fait plus à l’aise quand il s’agit de créer des images scéniques. Mais quand il entreprend de travailler en termes véritablement théâtraux, il semble s’essouffler et faire dans le didactique. On aimerait bien qu’il nous explique pourquoi il tombe dans tous les stéréotypes du spectacle contemporain. Pourquoi ces voix parfois presque inaudibles au-delà du sixième rang? Pourquoi ces images pléonastiques en noir et blanc (par ailleurs assez belles) comme celle du lac, etc. ? Pourquoi surtout cette retransmission en très gros plan, avec, obscènes au sens étymologique du terme, les visages des comédiens  sur un beau rideau de fils servant d’écran, alors qu’ils sont bien présents mais presque invisibles sur le plateau, derrière ce même rideau?  Cela fait au moins vingt ans qu’on a droit à ce genre de traitement aussi inutile que prétentieux, et qui ne surprend plus un seul spectateur… Pourquoi aussi ces voix sonorisées (véritable manie actuelle) par des micros HF  avec dispositifs/ verrues sur le dos nu des acteurs ?
Pourquoi cette vingtaine de gros fauteuils club en cuir dont certains mus électriquement où sont assis les comédiens, sinon pour le plaisir de s’offrir quelques belles images/gadgets?  Pourquoi ce jeu dans la salle-vieux procédé, sous-brechtien plus qu’usé, quand les personnages de La Mouette s’assoient au premier rang pour regarder le petit spectacle de Nina et Treplev…
Tout cela participe d’une scénographie et d’une mise en scène un peu narcissiques où l’auteur semble avoir surtout voulu se faire plaisir. Du coup, rien à faire: sauf à quelques très rares moments, et malgré la belle énergie des acteurs qui donnent le meilleur d’eux-même (surtout Cyril Texier, Laure Wolf, Vilma Pitrinaite, Valère Haberman), le spectacle-et c’est plus grave-n’arrive jamais à nous accrocher, ni à nous surprendre. Au bout d’une heure, un mien confrère a préféré, et on le comprend, quitter cet océan d’ennui.   
  Quant aux spectateurs marseillais, ils semblaient quelque peu sonnés, et beaucoup, à la sortie, avouaient n’avoir pas compris grand chose à cette entreprise de couture/collage bas de gamme, dotée le plus souvent d’une lumière sépulcrale. La plupart ont sommeillé doucement et n’ont guère applaudi, ou  quittaient la salle sur la pointe des pieds, comme pour ne pas déranger ceux qui dormaient déjà.
Ainsi dans un théâtre déjà peu rempli, le balcon s’est vidé petit à petit d’un tiers environ de son public! Les faits sont donc têtus et Hubert Colas, qui n’est pas n’importe qui, devrait quand même se poser des questions quant à la dramaturgie et aux écritures mises en place ici avec une certaine complaisance, avec des thèmes comme le rôle de l’écrivain dans la société actuelle et les demandes de subvention à faire, les campagnes qui se dépeuplent, le bas salaire des profs, ou les abeilles en voie de disparition!

Tout cela vite et mal tricoté, sans véritable fil rouge d’un acte à l’acte suivant, avec quelques dialogues de La Mouette. Ici, rien ou presque ne nous concerne vraiment, et n’en finit pas de finir. La pauvre Mouette d’origine passe quatorze mauvais quarts d’heure avec, presque en permanence, un ennui garanti. Tous aux abris.
 Conseil d’ami: si vous envisagez une rupture rapide et efficace, emmenez-y votre amoureux (euse). Et votre bonne grand-mère? Elle se sentira sans doute coupable de n’être pas assez douée et de ne rien comprendre au théâtre contemporain. Pas grave: de toute façon, elle s’endormira vite, et vous n’aurez qu’à la réveiller trois heures plus tard…
  En fait, question de format et encore une fois de dramaturgie, cette Mouette revue et corrigée n’aurait jamais dû s’envoler d’un laboratoire expérimental personnel pour aller à la rencontre du grand public! Libre à Hubert Colas de mener toutes les recherches qu’il veut en petit comité.Mais le spectacle tel que nous l’avons vu au Gymnase et déjà rodé depuis plusieurs jours, relève d’un malentendu, même si, dit-on, la presse régionale a bien aimé…
Que faire? Hubert Colas pourrait abréger et surtout revoir sa mise en scène, et cette bizarre construction dramaturgique. Mais c’est sans doute trop tard et on ne comprendra jamais pourquoi il n’a pas simplement monté avec humilité La Mouette d’un certain Anton Tchekhov…
  En tout cas, nous souhaitons bien du courage aux éventuels spectateurs du Théâtre des Amandiers à Nanterre où se jouera, quelques jours à la rentrée, ce spectacle.

Philippe du Vignal

Spectacle joué au Théâtre du Gymnase à Marseille du 25 au 30 avril.

La Déplacée ou La Vie à la campagne d’Heiner Müller

La Déplacée ou La vie à la campagne d’Heiner Müller, traduction d’Irène Bonnaud et Maurice Taszman, adaptation et  mise en scène de Bernard Bloch

 

Benoîte Fanton

Benoîte Fanton

Dans l’espace vide dessiné par un demi-cercle de chaises, peintes aux couleurs du drapeau allemand,  avec quelques accessoires emblématiques (sonnette de vélo, klaxon d’auto, banderoles ou bâtons) neuf élèves de l’École  départementale de théâtre de l’Essonne jouent vingt-cinq rôles, indifféremment hommes et femmes, et en plus, un cheval et un chien.
   Ces paysans de la République Démocratique allemande, confrontés, sous l’influence soviétique, à la collectivisation des terres, sont interprétés par des jeunes gens de moins de trente ans, comme le souhaitait Heiner Müller quand il écrivit ce texte en 1961. Le jeune poète communiste talentueux, après un premier succès, L’Homme qui casse les salaires (1958), voulait, avec cette pièce, montrer les contradictions inhérentes à la mise en place du socialisme, imposé à une population qui passait sans transition du nazisme au stalinisme.

Il emprunte ici la forme d’un Lehrstück brechtien (pièce didactique) avec quinze tableaux aux titres démonstratifs. « Tableau 1 : un champ. Où l’on voit que la réforme agraire n’est pas une sinécure. (…)  Tableau 3 : le bourgmestre se fait enlever ses bottes par sa femme. Où l’on voit que la corruption va plus vite que le socialisme. (…)  Tableau 7 : une route de campagne. Où l’on voit qu’un antagonisme n’est pas une contradiction. (…) Tableau 8 : une prairie le soir. Où l’on voit qu’il est bien difficile de choisir entre un avenir radieux et un présent comblé. (…) Tableau 14 : trois ans plus tard. Où l’on se demande si la dignité des paysans n’est pas consubstantielle à la propriété privée. »
La pièce met en scène un village de l’Allemagne profonde, en proie à ces changements. On y voit les résistances des paysans du cru, mais aussi celles des réfugiés chassés de Prusse orientale par l’armée soviétique : « les déplacés » (un tiers de la population de R. D. A.).

  Ces personnages incarnent des types sociaux aux idéologies antagonistes: du communiste sincère, ex-spartakiste, au bourgmestre corrompu ; des paysans sans terre ou déplacés, à l’aubergiste en voie d’être un koulak (propriétaire foncier), en passant par l’éternel soiffard qui fuit vers l’Ouest, un tractoriste russe,  ou une commissaire politique… Heiner Muller veut analyser les contradictions au sein du peuple, pour mieux les surmonter.
Ici, les femmes occupent une place à part et subissent le machisme de leurs compagnons, malgré les belles déclarations des communistes sur l’égalité entre homme et femme :  » Tableau 9. Où l’on voit que le socialisme ne franchit pas la porte de la chambre à coucher. »
Et elles vont chercher à réparer cette injustice, en restant solidaires les unes des autres. » Position féministe rare où on reconnaît l’influence d’Inge Müller, l’épouse de l’écrivain qui collabora à l’écriture de cette tragi-comédie. Elle souffrit beaucoup elle-même d’être restée dans l’ombre de son mari qui la considérait davantage comme une assistante que comme une co-auteure. Fût-ce l’une des causes de sa dépression et de son suicide ?
Au moment où la R.D.A. érige le mur de Berlin, La Déplacée jouée devant les cadres de l’Etat des ouvriers et paysans et mise en scène par Bernhard Klaus Tragelehn, est interdite sine die. Et Heiner Müller, exclu de l’Union des Écrivains, échappera à la déportation en rédigeant son autocritique, sous la dictée d’Hélène Weigel, la comédienne et veuve de Bertolt Brecht…
Bernard Bloch nous fait découvrir cette œuvre jamais représentée en France, dont l’auteur s’avère le digne héritier de Bertolt Brecht. Outre son intérêt historique et quasi-archéologique, nous prenons plaisir à entendre, dans une langue imagée et rugueuse, son humour diabolique, sa lucidité terrible et prémonitoire, et  sa féroce intelligence dialectique.  Mais même réduite, la pièce peine à trouver son rythme pendant deux heures et demi…  Comme si elle s’essoufflait, et les jeunes comédiens aussi, sa virulence  comique s’émousse.  Il aurait sans doute fallu la raboter davantage, supprimer quelques personnages périphériques et certaines séquences, et n’en rester qu’au noyau  dur des enjeux.

Malgré quelques scènes très réussies, comme les adieux de La Déplacée à son ivrogne d’amant, ces moments forts restent isolés dans une longue suite de tableaux didactiques à la facture inégale. On a vu les élèves de l’EDT91 plus à l’aise, par exemple au Festival des écoles à la Cartoucherie, ou dans Traces d’Henry VI, mise en scène par Agnès Bourgeois à L’Anis Gras à Arcueil (voir Le Théâtre du Blog).

 Mireille Davidovici

 Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 22 mai. T. 01 43 74 24 08.

12345

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...