Long Ma Jing Chen

Lon Ma Jing Chen de François Delarozière, par le Théâtre Machine, musiques de Mino Malan

  longmajinshen01Pour François Delarozière «construire un objet en mouvement, c’est créer une architecture vivante, le mouvement est l’expression de la vie ! ». Installé à Marseille, il accompagne depuis des années toutes les aventures du Channel et le Royal de Luxe de Jean-Luc Courcoult, avec les créations du Géant, du Petit Géant,   de l’Éléphant entre autres. Il a créé le Théâtre-Machine il y a dix ans, et Les Machines de l’Île à Nantes avec  Alexandre Chemetoff.
Associé à Patrick Bouchain, architecte, il avait  aménagé le splendide Channel de Calais dirigé par Francis Peduzzi. Sur le flanc du bâtiment, une belle inscription: « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible aux yeux ! ».

  Quand on sort du train, une énorme rumeur sur la place de l’Hôtel de Ville: on aperçoit un gigantesque cheval dragon Long Ma qui s’affronte avec une hideuse araignée Kumo Ni, instigatrice du chaos qui lui a dérobé son temple. Ces monstres bigarrés font une dizaine de mètres de haut. Sur un char,  quatre cors, une contrebasse, et cinq cuivres orchestrent leurs combats.
La foule, plusieurs milliers de personnes dont beaucoup d’enfants, et incroyable mais vrai: dans les cafés les matches de l’Euro sont désertés!  Nous les suivons jusqu’au bord de la mer où les combats se poursuivent. La déesse Nu Ma, créatrice de l’humanité triomphe.
On sort extasié de ce spectacle monté avec une somptueuse générosité qui se poursuivra avec une deuxième séquence à 17 h, mais nous devons rentrer à Paris…  
Long Ma Jing Chen, production chinoise de la Winland Créative Fundation, avait été créée au Parc olympique de Pékin en 2014, pour le cinquantième anniversaire de l’établissement de relations diplomatiques entre la République Populaire de Chine et la République Française…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 24 juin, Place de l’Hôtel de Ville à Calais.


Archive pour juin, 2016

Le Roman de Monsieur de Molière, mis en scène et jeu de Ronan Rivière

Le Roman de Monsieur de Molière, adaptation du roman de Mikhaïl Boulagakov, mise en scène de Ronan Rivière

Il pleut et le spectacle programmé dans une petite cour du château, a lieu  dans la splendide écurie de l’Académie équestre  dirigée par Bartabas, éclairée par une douzaine de grands lustres. La profondeur de champ  donne  ici une dimension épique au spectacle. «Nous jouons, dit Ronan Rivière, un théâtre accessible à tous mais qui a une force poétique dans le répertoire, l’interprétation et la mise en scène.

Le  Faust de Goethe, Le Revizor de Nicolas Gogol et maintenant la pièce de Mikhaïl Boulgakov sont des œuvres d’un style littéraire incroyable, mais la principale difficulté en est la durée. Nous avons donc resserré l’œuvre, en lui restant le plus fidèle possible pour la livrer à un public qui est effrayé par les longs couloirs poétiques ardus. » Avec une charrette identique à celle dont Ariane Mnouchkine s’était servie pour son splendide Molière, un film réalisé en 1978, et sur la piste terreuse, Ronan Rivière, Michaël Cohen et le pianiste Olivier Mazal nous font parcourir le mythique roman de Mikhaïl Boulgakov  et remontent alors à notre mémoire les images du film.

Le 13 janvier 1662,  sa mère meurt et son grand-père l’emmène au théâtre sur le Pont-Neuf à Paris. Après avoir été élève des Jésuites au collège de Clermont où son père l’avait envoyé, il file chez les Béjart pour fonder l’Illustre Théâtre. Après les salles désertes, (classique pour une jeune troupe!), il est jeté en prison pour dettes et à vingt-et-un ans, il  s’enfuit en maudissant Paris. Au cours de l’été 1646, un miracle va sauver la troupe en province :  Molière se met à écrire et à faire rire. Après avoir gagné la faveur des grands à Pézenas et dans bien d’autres villes, il connait le succès à l’Hôtel de Bourgogne. Mais Le Malade imaginaire aura raison de lui, et  il mourra en scène.

Ici Molière, qui est encore Jean-Baptiste Poquelin, est juché sur la charrette, et son partenaire assis dans un fauteuil compulse un gros manuscrit. Les deux acteurs se multiplient pour faire surgir tous les protagonistes de cette aventure fondatrice qui porte une révolte joyeuse. Ronan Rivière raconte très bien l’histoire de l’ Illustre Théâtre et joue aussi avec son complice des scènes des Fâcheux, Dom Juan, L’Avare… accompagnées de pièces de Jean-Baptiste Lully. Dans une belle mise en scène qui a ravi le public.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 27 juin, aux Écuries du Château de Versailles, dans le cadre du mois Molière. Et au Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris VIème du 12 octobre au 27 novembre.

 

Gratte-Ciel

Gratte-ciel, texte de Sonia Chiambretto, conception et mise en scène de Pascal Kirsch

   Sonia Chiambretto a collaboré depuis 1999 à la programmation des Rencontres cinématographiques de Digne et des Alpes de Haute-Provence, et a jusqu’en 2006, conçu avec Vincent Hanrot et Christèle Huc, des dispositifs mêlant publics, artistes, réalisateurs, écrivains, metteurs en scène. Elle recueille sous forme audio ou vidéo des témoignages de fuites, de traversées européennes et de passages aux frontières. Et elle écrit CHTO, 12 Sœurs slovaques et Mon Képi blanc, et un texte pour la création numérique, La Guerre au quotidien, du metteur en scène berlinois, Rolf Kasteleiner en2008). Elle a aussi collaboré à un projet de recherche autour des écritures de la danse et des nouvelles technologies et a conçu le texte de Traversée, de la chorégraphe Kitsou Dubois créé au Manège de Reims.
Gratte-ciel  qu’avait monté Hubert Colas à Marseille, se passe, si on a bien compris, au bas d’une tour  signée Le Corbusier qui imagine un nouvel espace de société, avec un texte «en trois séquences historiques, dit Pascal Kirsch : Décennie noire, Guerre d’Algérie, Demain. C’est une impression, une photographie, une radiographie, qui fait apparaître notre monde, tel qu’il devient et d’où il vient. Un même groupe de jeunes gens  traversent les trois parties et gardent le même âge, c’est à dire dans des circonstances historiques différentes».

Le metteur en scène utilise documents d’archives, notes et plans qui sont filmés sur une table lumineuse à l’avant-scène et reproduites sur un grand écran en fond de scène. Cela parle de la guerre coloniale, de l’amour de la religion mais aussi du terrorisme.
  Belle occasion de faire travailler les quatorze élèves la dernière promotion de l’ESAD, même si les garçons sont ici plus nombreux que les filles on ne sait pourquoi, «sur un dispositif expérimental mêlant reconstitution récits, choralité, singularité » précise Pascal Kirsch.
Et cela donne quoi ? Un ensemble parfaitement maîtrisé sur le plan vocal et gestuel, mais du côté du texte comme de la mise en scène avec emploi de la vidéo, d’un bel académisme,  contemporain certes mais tout aussi redoutable: grossissement des visages, caméra infra-rouge, etc. Plus grave : impossible de voir ces jeunes apprentis-comédiens dans des rôles, sauf à la fin dans celui d’un capitaine , car ici les élèves ne sont plus que des récitants au service d’un texte assez ennuyeux aux deux fausses fins. On veut bien que cela soit expérimental mais il y a des limites…
Bref, Sonia Chambrietto n’évite pas le bavardage ! Et comme la chose dure presque deux heures, avec une mienne consœur et quelques autres spectateurs, profitant lâchement d’un noir, nous avons déserté. On a connu Pascal Kirsch beaucoup plus inspiré quand il montait dans une petite merveille de mise en scène : Pauvreté, richesse, homme, bête de  Hans Henny Jahnn ( voir Le Théâtre du Blog). Dommage !

 Philippe du Vignal

Spectacle vu le 25 juin au Festival des Ecoles du Théâtre Public (septième édition) au Théâtre  de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes.

 

La Leçon

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La Leçon d’Eugène Ionesco, mise en scène de Christian Schiaretti

 

      Cette leçon, nous la connaissons tous par cœur, en bons élèves que nous sommes du théâtre de l’absurde. Une étudiante vient chercher auprès d’un honorable professeur, ce qu’il lui faut pour réussir en trois semaines son  « doctorat total». Ça commence bien, puis ça déraille, et le professeur finit par la tuer, comme il semble avoir tué toutes celles qu’il a reçues avant elle, sous le regard à la fois neutre, sévère et protecteur de la bonne qui avait averti son patron : pas d’arithmétique, ça énerve, pas de philologie car «la philologie mène au pire». Et elle boucle la boucle : « La philologie, dit-elle, mène au crime ».

  Bon sang (!), mais c’est bien sûr ! Les dérapages du langage mènent au pire. Eugène Ionesco et sa génération en savent quelque chose,  pour avoir entendu les éructations hitlériennes, avec les suites que l’on sait. Et nous donc ! Pas de quoi rire de celles (les éructations), d’un inquiétant milliardaire de l’autre côté de l’Atlantique.
Les jeux de langage d’Eugène Ionesco n’ont rien de formel : on y trouve, pêle-mêle, la rancune tenace des écoliers contre les cauchemars de leur enfance, le fantasme meurtrier de tout professeur bien constitué, face à des élèves fermés à son cours comme des huîtres, la jouissance sadique de voir, même fictivement, assassiner quelqu’un, faute de le faire soi-même, etc., comme on le dirait en espagnol, en néo-espagnol, en italien, en latin et en français…

   Il est un peu facile de cantonner la pièce aux années cinquante, au fameux théâtre de l’absurde qui,  ainsi que l’indique son déterminant (autrement dit, l’adjectif) devrait ne rien signifier, comme le monde raconté par un idiot, selon William Shakespeare. Mais c’est du théâtre, et au théâtre, il y a le public qui y entre avec sa journée, son journal, l’actualité et ses inquiétudes.

Et La Leçon prend alors une tout autre résonance, d’autant qu’Yves Bressiant (la bonne), Jeanne Brouaye (l’élève) et René Loyon (le professeur) jouent les situations à plein, chacun dans sa fonction, sans chichis, appuyant  juste ce qu’il faut le dessin, avec un humour d’autant plus complice qu’il est intérieur. Les costume-cela a son importance-sont contemporains,  sans aucune visée hors du temps, ou rétro.

Déboule alors notre vingt-et-unième siècle ; le par-cœur de l’élève fait penser au Wikipedia méprisant renvoyé par les élèves d’aujourd’hui à la figure des professeurs et à l’effort de réflexion qu’ils osent à peine leur demander. La Leçon illustre la panique des ministres et à leur frénésie de réformes, mais aussi, à une plus large échelle, la lutte, non plus des classes mais des générations.  
Eugène Ionesco n’y peut rien : ce professeur, cette élève, donnent aujourd’hui, une image pathétique et violence de la guerre des générations. Ah, ces “baby-boomers“ (Ah ! prenons la résolution de boycotter les anglicismes) accusés d’accaparer les logements, les places, tout, au détriment de la jeunesse. Ah, ce chômage massif des jeunes ! Ah, ce fameux “brexit“, voté par les vieilles générations  des villages contre les jeunes des villes ! Tant que le vieux monde peut se défendre…

Et voilà le théâtre de l’absurde démasqué : il ne fait qu’un avec le monde réel. Avec de l’anecdotique comme les vieux chagrins d’école, avec de la dérision et de l’ubuesque-le professeur frustré changeant son impuissance en tyrannie-avec de l’humour noir et l’énergie du rire, il tape en plein dans le vivant.  On rit parce que c’est vrai et qu’il y a là les très désirables effets insupportables des films d’horreur, la virtuosité des jeux sur les mots, et beaucoup d’autres bonnes raisons de rire, à commencer par le trio d’acteurs…
Qu’on se le dise.

 Christine Friedel

Théâtre de l’Épée de bois, Cartoucherie de Vincennes, à  19h, jusqu’au 2 juillet, dans le cadre de la Grande escale des Tréteaux de France. T : 01 48 08 39 74

Monsieur de Pourceaugnac

Monsieur de Pourceaugnac, comédie-ballet de Molière et Lully, mise en scène de Clément Hervieu-Léger, conception et direction musicales de William Christie

 

 monsieurdepourceaugnac4-regbrigitteenguerand A Chambord, lors d’un séjour de la Cour en octobre 1669, Molière écrit cette pièce en moins d’un mois pour le divertissement du Roi; Jean-Baptiste Lully en compose la musique et en règle les divertissements chantés et dansés.
 Un nouveau genre est né : « la comédie-ballet » où nous retrouvons les thèmes chers à Molière: argent, amour  et maladie et qui connait un succès immédiat annonçant la naissance de l’opéra français où l’on retrouve cette même intrigue facile.
Monsieur de Pourceaugnac a connu, après la seconde guerre mondiale, des années fastes, notamment à la Comédie-Française en 1948 dans une mise en scène de Jean Meyer, sur une nouvelle musique d’Henri Dutilleux.
Mais aussi en 1970, avec Jacques Charon, metteur en scène et protagoniste du spectacle.
Les mises en scène aujourd’hui se sont plus rares mais on se souvient du  Jeu du Kwi-Jok (2004) adaptation  d’Eric Vigner pour une troupe coréenne. Au Théâtre des Bouffes du Nord, rebaptisé en 1904… Théâtre Molière, Clément Hervieu-Léger nous fait redécouvrir la pièce dont la simplicité de l’intrigue répond aux lois du genre :  Eraste et Julie vivent à Paris mais tiennent leur amour secret. Ils craignent en effet qu’Oronte, le père de Julie, ne découvre leurs sentiments. Il a en effet promis sa fille en mariage à Monsieur Léonard de Pourceaugnac, un bourgeois de Limoges. Pour empêcher ce mariage, les amants font appel à une entremetteuse, Nérine, et à un fourbe napolitain, Sbrigani. Ces deux complices et Lucette, vont, à l’issue de multiples stratagèmes, réussir à rendre fou le futur époux.
Monsieur de Pourceaugnac, le provincial, abandonné de tous, n’a plus qu’à fuir, tel un animal traqué. « Mais, dit Julie à la fin, c’était un honnête homme, et on lui a fait des pièces. » Clément Hervieu-Léger, acteur de la Comédie-Française et familier de Molière dans Tartuffe, Le Misanthrope, Le Mariage forcé, et metteur en scène de La critique de l’Ecole des femmes, et du Misanthrope, comme William Christie tenaient à faire ressortir la singularité de cette œuvre, plus complexe qu’il n’y paraît: «Molière et Lully, dit-il, réussissent ici cette incroyable gageure : faire de la musique du théâtre».
Mais comment obtenir une circulation de la musique, de la poésie et de la comédie dramatique entre elles? «J’avais à cœur, dit Clément Hervieu-Léger, de sortir la forme de la comédie-ballet, et de l’inévitable esthétique baroque. » Il a donc fait quitter à ce Monsieur de Pourceaugnac, le XVII ème siècle pour les années 1950.

 Cette transposition, loin d’être un effet de mode, nous montre que des réalités socio-politiques comme la différence entre un parisien et un bourgeois provincial qui n’a jamais mis les pieds dans la capitale, ou la question des immigrés (les Italiens venus en France au lendemain de la seconde guerre mondiale), sont toujours d’actualité.
La scénographie astucieuse et ludique d’Aurélie Maestre avec châssis sur roulettes et deux escaliers, montre comment Paris peut avoir de l’influence sur l’état psychique de Monsieur de Pourceaugnac, et comment cette ville elle-même se rétrécit et va perdre  ce provincial.  Avec, ici, tout un travail sur les lumières, accessoires et costumes carnavalesques.

  Il y a une petite Simca 5 rutilante en guise de carrosse, et Eraste et le Napolitain  traversent le plateau sur un vélo lancé à toute vitesse : cette mise en scène formidablement orchestrée et le jeu des comédiens, des chanteurs et des musiciens des Arts Florissants, offrent au public une rencontre rare et subtile avec cette pièce qui dépasse le simple divertissement…
   Cette réussite permet aussi au public de découvrir ou de réentendre la musique et les chants baroques de façon exceptionnelle. On est sous le charme des  Arts Florissants  dirigé leur directeur, William Christie. La justesse donnée au rythme de l’écriture, tout au long de  cette représentation menée tambour battant, renforce l’intelligence du spectacle. On ne cesse de passer de l’émotion,  au rire et à la pitié, et  on éprouve de l’empathie pour ce provincial qu’est resté Monsieur de Pourceaugnac. Gilles Privat donne une dimension poétique troublante au personnage, dont les préoccupations, les travers et les tourments interrogent l’existence humaine,  encore et toujours profondément aujourd’hui.
La construction et le tempo de la pièce se comparent, pour le metteur en scène, à ceux d’une chasse à courre.  Monsieur de Pourceaugnac devient ici l’animal : «Un gibier dit-il, auquel il est beaucoup fait référence dans le texte ».

 Et il y a, dans les propos tenus, un niveau de cruauté surprenant pour une comédie-ballet! Dans ce lieu unique qu’est le Théâtre des Bouffes du Nord, Clémence Boué, Juliette léger, Gilles Privat, Guillaume Ravoire, Daniel San Pedro, Alain Trétout se mêlent avec grâce aux chanteurs Erwin Aros, Cyril Costanzo, Claire Debono, et Matthieu Lécroart) .  Et saluons le travail chorégraphique plein d’humour de Bruno Bouché.
Le tragique et le comique de la farce sont au rendez-vous, dans un esprit contemporain, mais qui respecte tout à fait l’écriture de Molière.

Elisabeth Naud

Théâtre des Bouffes du Nord, 37 boulevard de la Chapelle 75010 Paris. T :01 46 07 34 50 jusqu’au 9 juillet. 

La Grenouille avait raison

La Grenouille avait raison, mise en scène, scénographie et conception musicale de James Thierrée

 

escalier-2-c9d21James Thierrée, depuis La Symphonie du Hanneton en 1998,  a préparé nombre de ses spectacles en résidence au Creusot et y est revenu pour ce spectacle. Sur la scène, un vaste rideau rouge s’avance jusqu’aux premiers rangs. A cour, un fauteuil recouvert du même tissu. Une chanteuse (Mariama), en toge aussi rouge, arrive du fond de la salle en chantant, puis disparaît derrière le rideau qui tombe alors des cintres, et est emporté comme une matière animée, semblable à une mer démontée. Mariama va s’asseoir pour commenter, chanter et être la narratrice du spectacle.
James Thierrée a imaginé une structure tentaculaire avec balançoires-lustres géométriques suspendues par de nombreux filins, dont chaque élément est éclairé en lumière variable et colorée au gré des tableaux. Le tout encadré par de longs pans de tissus.  Décor qui tient d’une prison pour ses personnages.

 James Thierrée arrive puis tourne en rond pour essayer de trouver mais en vain, une sortie. Une femme descend des cintres et y remonte, telle une araignée. Lui, grimpe sur une structure qui se transforme en grand escalier en spirale qu’il redescend. Toute fuite semble impossible.
  Les éléments du lustre, attachés entre eux, se mettent en mouvement et lévitent dans les airs, comme une pieuvre géante. James Thierrée prend alors un violon et en joue frénétiquement. Les pans de tissu du lustre s’escamotent pour laisser apparaître un piano avec son interprète endormie, et une piscine-aquarium. Il essaye alors  de se débarrasser de son violon…  qui lui reste collé aux mains, puis essaye de repousser  une mèche rebelle qui lui retombe toujours  sur les yeux (leitmotiv du spectacle).
Un homme petit et moustachu, au front dégarni, lui sert de faire-valoir, comme dans un duo comique de film muet…  Il le rhabille et l’empêche de marcher, involontairement, dans le souci de bien faire, puis va ensuite relever la pianiste qui s’est endormie sur le piano, et lui enlève ses deux bras, puis sa perruque. Elle se réveille, rigole et se met à jouer.
James Thierrée, debout sur la piscine couverte d’une planche, entame alors un mime entremêlé de break dance au ralenti, puis rejoue du violon, pendant que la femme redescend par un filin et se place sur la pieuvre. Au rythme de la musique, la pianiste-danseuse-contorsionniste (Valérie Doucet) entame des mouvements de dislocation, comme dans le précédent spectacle de James Thierrée, Tabac rouge… ( voir Le Théâtre du Blog).
Elle se chamaille avec  lui  mais ils  restent collés par la main  et ne peuvent plus se séparer ; chorégraphie burlesque qui  finit en combat au sol. Le serviteur, allongé, regarde une télé qui se met à fumer.La femme-araignée, en combinaison intégrale avec lumière LED sur la poitrine, descend, se met à tourner sur elle-même comme une toupie. La structure se met en branle, devient rouge et s’affaisse.

La femme-araignée prend alors place sur la piscine et replace le roseau à un endroit, ce qui fait descendre un petit lustre qui électrocute les trois autres personnages :« N’ouvre jamais cette porte » dit la chanteuse.
James Thierrée essaye d’attraper la femme-araignée : sa course résonne grâce à une bande-son répétitive. Les autres personnages courent aussi après elle, vite essoufflés. L’homme au manteau revient et James Thierrée lui passe  par deux fois à travers le corps : belle illusion! Tous s’immobilisent, ce qui permet à la femme-araignée de s’enfuir par l’escalier en colimaçon, avant de disparaître dans les cintres.

Une lumière dorée envahit le plateau où dorment les autres personnages;  la chanteuse va les réveiller en douceur, et ils se mettent à courir et à ramper comme des marionnettes mécaniques.
James Thierrée se cache sous une dalle du sol, et sa main droite prend alors la forme d’une araignée qui veut l’étrangler et  qui se transforme en bestiole marine, puis en poulpe et vient s’accrocher à son visage, en le modifiant avec des masques très expressionnistes.
Fabuleuse prestidigitation de James Thierrée qui marche comme un cafard; enfin debout, comme un automate, il remet sa veste et essaie de déplacer le servant qui s’est immobilisé .Il l’empêche ensuite de pêcher des poissons dans la piscine mais leurs mains restent mêlées. Collés comme des aimants, ils se confondent  grâce à une belle illusion d’optique.

  James Thierrée se transforme alors en pantin désarticulé, et se disloque dans une impressionnante pantomime. Il se transforme et défie les lois de la gravité avec une technique prodigieuse. La contorsionniste l’aide à reprendre forme humaine, mais  elle s’effondre aussi, immobile, le corps disloqué.
Le servant confie à James Thierrée une pile d’assiettes qui se multiplie jusqu’à recouvrir une bonne partie de la scène. D’ingénieux trucages en trompe-l’œil en font apparaître une pile entière, grâce à un système en accordéon…  alors que James Thierrée n’en tient qu’une en main.
La
pile tombe mais est retenue en l’air, comme dans le tour d’illusion bien connu des cartes au ruban. La contorsionniste, elle, jongle avec des assiettes chinoises collées sur un bâton et James Thierrée joue au yoyo avec ces mêmes assiettes qui reviennent à lui.
La chanteuse arrive en habit de cellophane, avec un luth, et distribue un mystérieux breuvage : « Buvez et oubliez tout ! » Les deux femmes se collent l’une à l’autre et deviennent une seule et même personne, grâce encore à un jeu d’illusions. On assiste aussi à une décapitation et à un voyage de cette tête coupée le long du corps, sans aucun trucage mécanique!
 James Thierrée essaie de se relever mais ses jambes ne répondent plus et il s’écroule au sol. Le servant ne peut pas bouger non plus… Belle scène de mime de film muet. Puis l‘homme au manteau revient, lui donne  une accolade amicale et échange son habit avec lui: effet saisissant. James Thierrée voit alors ses mains apparaître et disparaitre de ses différentes poches, et essaie de l’étrangler.
L’homme au manteau apporte une drôle de machine pneumatique qui se déplie et tourne sur elle-même. 
James Thierrée s’agrippe sur un bras déplié de la dite machine et tournoie, comme un trapéziste, puis saisit une lumière diode, que la femme-araignée jette dans l’eau, ce qui fait descendre le lustre et apparaître une énorme grenouille en métal et plastique transparent qui vole au vent. Puis, les personnages disparaissent dans l’aquarium, le rideau de scène se referme, et la narratrice conclut : « Ils ont retrouvé leur monde. » James Thierrée accompagne au piano la chanteuse pour une dernière chanson.
  Telles sont quelques-unes des images de ce beau spectacle; comme souvent chez ce créateur hors-normes, le scénario reste en retrait d’une scénographie omniprésente mais talentueuse. Ce virtuose de la scène sait créer des univers singuliers avec des décors et accessoires qui fascinent et ne ressemblent à rien de connu.
Plus sobre que Tabac rouge, sa précédente création, La Grenouille avait raison, possède un univers qui évolue subtilement. On pardonnera à son créateur un scénario un peu compliqué, de style pseudo-fantastique rétro-punk et la présence d’une narratrice-chanteuse, à la limite du kitsch.
Véritable athlète et  contorsionniste, danseur mais aussi auteur et comédien, manipulateur, metteur en scène, scénographe, musicien et compositeur, il fait de la pantomime, la discipline centrale de ce spectacle. A l’image de son grand-père Charlie Chaplin, il convoque les postures typiques des films muets, et nombre de moments de La Grenouille avait raison, resteront gravés dans la mémoire du public.

Sébastien Bazou

Le spectacle s’est joué à l’Arc-Scène nationale du Creusot en mai dernier, puis au Printemps des comédiens  de Montpellier du 22 au 25 juin; il sera repris au Théâtre du Rond-Point à Paris, du 1er au 31 décembre.

 

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Nous, rêveurs définitifs

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Nous, rêveurs définitifs cabaret magique, conception de Clément Debailleul et Raphaël Navarro

 

Les temps sont finis d’une vision étroitement rationnelle du monde, et nous avons une fascination pour l’illusionnisme, la magie et la prestidigitation.  Edouard Alber, prestidigitateur de la fin du XIXème siècle, avait défini son art comme issu de la «physique amusante» des bateleurs d’autrefois. On pense au tour-usé!-du petit mouchoir qui disparaît dans le trou caché de l’œuf, adroitement tenu dans une main manipulatrice, astuce ou stratagème que nous révèlent Clément Debailleul et Raphaël Navarro aux doigts prestes à la tête d’un collectif de magie (voir Le Théâtre du Blog).

Ils impulsent, avec l’anthropologue et dramaturge Valentine Losseau, la magie nouvelle : un art de l’apparition et de la disparition poétiques. Tours et facéties, ils présentent un cabaret festif avec les fidèles de leur collectif, dont Éric Antoine, Ingrid Estarque, Yann Frisch, Étienne Saglio et Calista Sinclair. Eblouissement scénique qui tient à l’émerveillement du réel détourné…
Leurs techniques de manipulation subjuguent l’attention et le regard : ces artistes peuvent faire disparaître un objet, soit pour le retrouver dans un autre endroit que celui où on croit qu’ils l’ont d’abord mis, soit pour en faire apparaître un autre à sa place… Le public admire  la grande habileté manuelle  de ces  magiciens jouent souvent avec l’attention variable du public, avec des allers-et-retours non télescopés d’images en partance.

Illusions d’optique ou illusions mécaniques, Yann Frisch, clown plein de mélancolie jamais apaisée, se perd au milieu de boules turbulentes, rouges et vertes. Impossible de l’aider, sinon en l’accompagnant implicitement sur son territoire de recherche.
La gracieuse et élégante Ingrid Estarque danse en rythme, se soulève, comme en lévitation, et s’envole presque, aspirée par les hauteurs.  Eric Antoine, magicien fou et tonique, interpelle le public en le provoquant, sûr de ses blagues mi-figue mi-raisin, l’invectivant avec des lancers de fausses colombes mortes dans la salle, de quoi atterrer les jeunes têtes qui s’en remettent aussitôt. Le jongleur Étienne Saglio réenchante l’étoffe de nos rêves : petites lumières, têtes éclairées et dansantes dont les robes légères et transparentes volent dans les airs. La boule de lumière danse au-dessus des têtes dans la salle comme sur la scène, et le public fait l’expérience heureuse d’un joli songe animé dans le noir. Calista Sinclair virevolte sur le plateau avec le farcesque Éric Antoine, démultipliant à la fois les figures de vidéo sur l’écran et les interprètes sur scène, s’amusant de la présence énigmatique de ces personnages  réels, ou virtuels…

Camille Saglio pratique le n’goni, instrument traditionnel à cordes pincées d’Afrique de l’Ouest, et le oud, le fameux luth très répandu dans les pays arabes, chantant de sa voix envoûtante en diolla (Sénégal), en bambara (Mali) mais aussi  en arabe, en hébreu et en portuguais brésilien. Et la pianiste Madeleine Cazenave, à la présence mystérieuse, joue comme autant de sortilèges musicaux, des morceaux écrits ou improvisés.

Soulèvements des corps et lévitations passagères : la magie opère à tous les coups, et Nous, rêveurs définitifs, dont les numéros intriguent, interpelle notre présence au monde…

 Véronique Hotte

 Théâtre du Rond-Point, avenue Franklin-Roosevelt, Paris (8ème),  du 2 juin au 3 juillet. T: 01 44 95 98 21.

Le Dîner

 

Le Dîner, pièce impromptue, conception et direction d’acteurs de Joan Bellvuire

   imageLe dîner participe d’un vieux rituel du théâtre occidental: héritier logique de la cène et de la communion chrétienne; sauf dans les tragédies classiques, on y mange et on y boit souvent, que ce soit à l’occasion d’un  repas tragique avec, pour seuls convives, Don Juan et le commandeur, ou  dans la taverne de Ragueneau  de Cyrano de Bergerac. Mais aussi La Noce chez les Petits bourgeois de Bertolt Brecht, ou quelques fruits dans En attendant Godot.
Du repas, il ne reste parfois que des verres encore à moitié pleins de vin rouge comme dans La dernière Idole (voir Le Théâtre du Blog). Ce peut être aussi l’occasion comme l’avait fait, avec une grande virtuosité, Antoine Vitez  qui adapta un roman, Les Cloches de Bâle d’Aragon dont les invités lisaient des extraits. Mais la liste est longue…

Et chaque fois, ce repas devient un déclencheur de la matière dramatique avec colères, ruptures de couples, dévoilement de secrets de famille, révélations d’identités sexuelles et/ou d’amours jusque-là bien cachés. Mais ici, s’ajoute un capital à l’évidence bien entretenu, et on a droit à l’excellence avec ce travail d’improvisation.
Au préalable au spectacle, une construction de personnages : situation sociale, âge, caractère, secrets partagés ou non avec les autres, etc…) toute une matière proposée par le public réparti entre petits groupes pendant quinze minutes (un poil long!) entre les différents acteurs, à partir d’un questionnaire établi par le chef de troupe/metteur en scène Joan Bellviure.

 Les spectateurs, y compris dans le choix des costumes, puis des musiques, se sentent d’emblée concernés. Ce qui n’est pas toujours le cas dans nombre de spectacles d’impro où on rencontre  souvent le pire… Ici, la trame est toujours identique d’une soirée à l’autre: deux des personnages en invitent quatre autres à un dîner dans leur appartement. La durée? A peine deux heures top grâce sans doute à un petit truc qu’on ne vous le dévoilera pas…
Pour le reste, cette bande d’acteurs se lance dans un travail assez casse-gueule, sans filet ou presque. Mais, grands professionnels et tous remarquables d’invention et de précision (bien entendu très entraînés), ils ont visiblement plaisir à jouer devant quatre-vingt personnes assis dans un dispositif quadri-frontal, juste éclairé par  quatre projecteurs dans les angles qui renforce encore la complicité avec le public.

  Cela commence en douceur autour d’une table nappée de blanc. Elise une jeune femme (Jennie-Walker, à la présence exceptionnelle et au léger accent québécois), et sa colocataire, Jane, une avocate plus âgée (Véronic Joly) finissent de mettre soigneusement le couvert. Arrivent ensuite les convives qui se présentent, en prenant l’apéritif: François, la cinquantaine, horticulteur, puis Gabriel, un jeune homme qui travaille à Pôle-Emploi, et Géraldine, une femme entre deux âges, fleuriste.
Et miracle! Sous les yeux admiratifs des spectateurs devant tant de vérité, un scénario se construit, à la dramaturgie solide et avec des personnages tout à fait crédibles qui nous deviennent de plus en plus proches,  comme ceux d’une série qu’on retrouve chaque semaine.

Attirances presque immédiates entre des gens qui ne connaissaient pas avant, amitiés qui se délitent, intrigues diverses et variées, mensonges qui ne trompent personne et qui induisent  un drôle de climat, comme ce  voyage à vélo depuis Paris jusqu’en Bretagne, de François qui, plus tard, avouera à la fois son mensonge et son homosexualité, vieilles rancunes entre vieux copains jamais éteintes et dont l’évocation revient en boucle, comme ce 33 tours appartenant à Gabriel et jamais rendu par François, ou le départ brutal d’Elise qui traîne sa grosse valise, définitivement brouillée avec sa coloc. Départ qui sonnera comme le commencement de la fin de cette soirée un peu ratée pour ces convives d’un soir… et si réussie pour nous spectateurs!

Ainsi va la vie dans ces soirées entre vieux copains et nouveaux amis. Comme une partition déjà entendue par nombre de spectateurs… Avec des répliques souvent dignes d’Eugène Labiche. Souvent cruel, c’est à dire drôle, et toujours inattendu, ce morceau de théâtre populaire, dénué de toute prétention, sans micro HF, sans vidéo (on ne vise personne!) est très savoureux !  Et aussi avec un jeu à la gestuelle et à la diction impeccables-ce qui ne gâte rien-de Jean-Philippe Buzaud, Olivier Descargues, Véronic Joly, Juliet O’Brien, Richard Perret et Jennie-Anne Walker.

 On est peut-être bien tombé, ce soir-là au centre Jules Vallès de Villejuif mais ce Dîner nous a semblé plus fort et plus rodé qu’au théâtre de Belleville (chaque soirée étant, par définition, différente). Mais en tout cas, si vous allez en Avignon, ne ratez pas ce spectacle qui y fera sans doute un tabac.

Une pensée pour le grand Alain Mollot, créateur du Théâtre de  la Jacquerie à Villejuif  (voir Le Théâtre du Blog) : le collectif  issu d’un comité de pilotage, désigné par lui, a fait de l’excellent travail et, sur son petit nuage, il doit être ravi que son public-assez jeune ici-ait beaucoup applaudi cette nouvelle commedia dell’arte bien préparée et mise en scène par Joan Belluire.

Philippe du Vignal

Spectacle vu au centre Jules Vallès de Villejuif le 25 juin. Festival off d’Avignon:  Fabrik’Théâtre, 10 route de Lyon, impasse Favot du 7 au 30 juillet à 19h 35.

La dernière idole

La dernière idole , écriture, mise en scène et scénographie d’Hélène François et Emilie Vandenameele

 

ladi_acm_mars15_11-1024x631Sur scène, rien qu’une longue table nappée de noir, avec les restes d’un dîner pour une dizaine de convives : bouteilles à moitié vides, assiettes avec quelques restes, verres dispersés. L’idole, ou du moins ce qu’il en reste, est là, affalé, en proie à un spleen évident.
Cette star du rock adulé depuis des décennies- et évidemment l’image de Johny vient tout de suite à l’esprit- ne se voit pas faire autre chose que continuer à chanter devant un public fidèle…
Mais l’âge est là et Hélène François et Emilie Vandenameele ont bien mis en scène ce chanteur avec une vie de tournées épuisante pour le corps et l’esprit. Il il a vieilli comme ses fans d’autrefois, entre autres cet ami agriculteur cantalien aujourd’hui à la retraite qui avait fait 80 kms avec sa vieille voiture pour aller le voir à Saint-Flour…
Etre encore la seule bête de music-hall qui reste d’une époque, cela se paye au quotidien, et
l’histoire de ce chanteur populaire, c’est aussi celle d’un travailleur et de toute une équipe: “Je travaille avec des professionnels de la profession. Des américains. Des anglais. Ce qu’on fait de mieux. De plus en plus de gens autour de moi. Roadies, chorégraphes, préparateurs physiques, accessoiristes, maquilleuses, coiffeurs, stylistes, barbier.
Mon producteur, mon répétiteur et mon attaché de presse me courent après. J’essaie de les semer. Toujours des choses à signer. Des accords à donner. Je voulais être tranquille dans ma loge. Ils n’arrêtent pas. Des gens sont dans ma loge. Je veux juste être seul dans ma loge pour chier. »
  Le langage ici est parfois des plus crus, quand il évoque ses amours en tout genre, voire tarifés : « Une fille est montée sur scène. M’a attendu en coulisse, m’a attendu devant la loge. Je lui fais signe d’entrer. Je bande. Elle m’embrasse, me dévore littéralement la bouche. Je bande. Je me rends compte que je bande. J’en profite, j’en profite sévère. Je lui remonte sa robe. Je suis excité. Très excité. Je la soulève par les fesses. L’assois sur ma table de maquillage. La plaque contre le miroir. Allume la lumière. Avec la lumière, c’est mieux. Je sautille jusqu’à l’interrupteur. Reviens sur elle. Dans elle. Je me vois dans le miroir. Je vois une ruine. J’ai perdu en élasticité. Je débande. Qu’est-ce qui se passe ? Je me suis déconcentré. J’ai pensé à autre chose.
Pierre-François Garel que l’on avait remarqué dans Qui a peur de Virginia Woolf (voir Le Théâtre du Blog) et qui  a  été nommé cette année aux Molière « meilleur second rôle », arrive ici,  avec une excellente diction, à être tout fait convaincant malgré un texte faiblard, comme écrit sur un coin de table et dont la dramaturgie est tout aussi faiblarde. Il es loin d’avoir l’âge du personnage mais arrive à l’incarner au plus serré.

Les deux jeunes complices (voir Le Théâtre du Blog) ont cette fois mieux cerné leur mise en scène et leur direction d’acteur, grâce aussi sans doute à leur collaboration avec Stéphanie Chêne à qui est attribuée “l’écriture physique” de ce monologue, tout à fait efficace. Et dont dépendent des images d’une grande beauté, comme à la fin, l’idole ensevelie par une pluie de matière indéterminée qui tombe lentement des cintres.
  Le spectacle créé l’an passé possède de vraies qualités, et on ne peut qu’applaudir à la scénographie de cette table-qui participe d’une sorte de vanité picturale, très finement représentée-à la mise en scène et au jeu remarquable de Pierre-François Garel mais, à moins de n’être pas difficile, mieux vaut vraiment oublier le texte de ce monologue…

Philippe du Vignal

Festival d’Avignon
 : Artéphile du 7 au 17 juillet  à 22h40. Théâtre Jean Arp de Clamart 
du 18 au 22 avril et à L’Avant-Seine, Colombes, le 25 avril.

Le Musée Nicéphore Niepce en danger

Le Musée Nicéphore Niepce en danger!

Le Musée Nicéphore Niepce en danger

Nous avons reçu cette pétition que bien entendu, nous relayons avec plaisir: décidément, après les lamentables déclarations sur l’enseignement du cirque de Laurent Wauquiez, le président de la  Région Auvergne-Rhône-Alpes, la culture n’est pas bien vue dans ce territoire de l’hexagone.

Ph. du V.

Soutien au musée Nicéphore Niépce:

Nous demandons au maire de Chalon-sur-Saône de garantir les moyens financiers nécessaires au bon fonctionnement du musée Nicéphore Niépce, dont les missions de service public culturel et les activités  sont  remises en cause par les restrictions budgétaires imposées par la municipalité : près de 60 % de budget en moins sur deux ans et un budget d’acquisition qui chute de 43. 000 € en 2015 à 14. 000 € en 2016.
Coupes budgétaires qui vont avoir de graves conséquences sur la collection, les expositions et la médiation culturelle! La renommée de cette institution, une des rares à faire le lien entre l’invention de la photographie et les pratiques actuelles, est une référence affirmée et dépasse largement les frontières de la ville de Chalon-sur-Saône.
La collection, pensée et construite depuis 1974, compte près de trois millions d’images, d’objets et de livres. C’est l’une des plus riches, consacrée à la photographie en France et en Europe. La politique d’acquisition active, ciblée sur la création contemporaine, offre une reconnaissance institutionnelle et internationale aux photographes.
Les expositions temporaires, exigeantes et variées, relèvent d’une haute considération de la mission de service public culturel. Par la diversité des écritures photographiques présentées, elles ont l’ambition de susciter la réflexion du public et s’adressent à l’intelligence des visiteurs.
Les liens tissés avec la population sur le territoire, grâce aux opérations de médiations culturelles, sont riches. Pour beaucoup, le musée Nicéphore Niépce est un outil de liberté au service des citoyens, ouvert à tous.
Artistes, chercheurs, étudiants, journalistes, éditeurs, visiteurs et citoyens, contestons les choix politiques et financiers de la Ville de Chalon-sur-Saône.

Le Groupe de soutien au musée Nicéphore Niépce.

Pour en savoir plus et pour signer, c’est ici:

https://www.change.org/p/m-le-maire-de-chalon-sur-sa%C3%B4ne-soutien-au-mus%C3%A9e-nic%C3%A9phore-ni%C3%A9pce?recruiter=45378704&utm_source=share_petition&utm_medium=email&utm_campaign=share_email_responsive

 

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