L’École des femmes de Molière

L’École des femmes de Molière, mise en scène de Christian Schiaretti

98841-jcb_13n0701_269_bdIl existe au théâtre de ces incontournables chefs d’œuvres nés de la rencontre miraculeuse entre une époque, un homme et une grande question philosophique. L’École des femmes en fait partie : il a fallu à Molière l’amère expérience du mariage et la question obsédante de la liberté pour arriver à cette comédie follement drôle et, par la succession de révélations vers une vérité insupportable, aussi tragique à sa façon qu’Oedipe Roi.
  On connaît l’histoire : celle d’Arnolphe, un barbon… de quarante-deux ans et celle d’Agnès, sa pupille de dix-sept ans. A vouloir faire trop longtemps le jeune homme, quand il veut se marier «à sa mode», Arnolphe, autrement dit Monsieur de La Souche, a passé son tour.
Trop tard : s’il avait connu le mythe du sculpteur Pygmalion et de sa statue Galatée (il dit d’Agnès : « comme un morceau de cire entre mes doigts, elle est… »), il aurait su qu’il n‘était pas Dieu, que la créature échappe toujours à son créateur, et qu’un tyran n’est jamais libre.
Robin Renucci, grand acteur populaire, fait grandir le personnage, au fur et à mesure de la pièce : plus il va loin dans le ridicule et l’odieux, plus il fait rire, jusqu’au tragique. Malgré un personnage un peu indécis dans la première scène, alors que son partenaire, Patrick Palmero, lui,  rend bien vivant,  Chrysalde, le raisonneur.
  On aurait aimé un Arnolphe plus tranquille sur son projet de bonheur et d’ “honneur“ garanti. À côté de lui, Jeanne Cohendy joue une Agnès fraîche, joyeuse (les sévères Maximes du mariage la font rire, tant elle est innocente), et elle est de plus en plus sérieuse à mesure que la pièce avance et qu’elle en découvre les enjeux : sa propre puissance et celle de l’amour : «Que ne vous êtes-vous, comme lui, fait aimer ?», dit-elle à Arnolphe, et celle de la tyrannie.
La  chute : l’arrivée miraculeuse d’un père rescapé des Amériques ne clôt pas tout. Maxime Mansion, dans le rôle d’Horace, plutôt mal habillé, dessinant son étourdi à gros traits, peine à charmer. Et si c’était une ruse du metteur en scène, afin que le spectateur pressente qu’Horace peut devenir, lui aussi, un nouvel Arnolphe, quoique encore innocent, qui va «dormir en assurance», une fois Agnès confiée aux soins de son meilleur ennemi, savourant lui aussi un «bonheur garanti» ?
Pour cette magistrale réflexion sur la liberté-et pas seulement celle des femmes-et en hommage aux personnages populaires que sont Alain et Georgette (excellents Laurence Besson et Philippe Dusigne, ce soir-là), Christian Schiaretti a choisi la farce.
Devant un décor de maison de poupée, dont la porte surbaissée condamne Arnolphe au gag répété de se plier en deux, il y a ce qu’il faut de manches à balai. Les acteurs jouent vite, même si la torpeur, soigneusement cultivée, d’Agnès ralentit les choses avec justesse.
 Et pourtant, il manque à cette version tréteaux qui sera suivie d’une version en salle, un je ne sais quoi dans l’excès, malgré la folie d’Arnolphe, pour que la représentation nous embarque complètement. Mais une petite dose d‘insatisfaction ne nuit pas, si elle nous pousse à nous interroger sur les replis d’une pièce, comme on l’a dit, incontournable.

Christine Friedel

La Grande escale des Tréteaux de France  au Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes. T : 01 48 08 39 74  jusqu’au 12 juin.

 


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