Les Palmiers sauvages

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Les Palmiers sauvages d’après le roman de William Faulkner, mise en scène de Séverine Chabrier

Les Palmiers sauvages /Si je t’oublie Jérusalem sont deux nouvelles du célèbre écrivain américain (1897-1952), avec des chapitres de l’une et l’autre en alternance. William Faulkner raconte la vie d’Harry Wilbourne, un interne qui travaille dans un hôpital de La Nouvelle Orléans. Il a vingt-sept ans quand il rencontre Charlotte Rittenmeyer, une  sculpteure de vingt-quatre ans, mariée, deux enfants.
Passion subite et réciproque : il s’enfuit avec elle, d’abord à Chicago, puis dans le Wisconsin, de nouveau à Chicago, puis à un chalet dans l’Utah,  et enfin dans un cabanon au bord de la mer, à la Nouvelle Orléans.  Aucun retour possible en arrière, et une fuite en avant presque désespérée, pour vivre cette folle passion sans savoir où aller… Ils ne veulent pas d’enfant et l’un et l’autre ont du mal à se l’avouer mais leur amour-passion est vouée à l’échec et ne peut les mener qu’à une sorte d’art de mourir, et finalement à la mort. « Combien de fois, on a fait l’amour, en tout ? Combien de fois, on fait l’amour dans toute une vie ? » se demande Charlotte qui semble épuisée. 

  Les textes et scénarios de William Faulkner ont souvent fasciné les metteurs en scène de théâtre et les réalisateurs de cinéma (Le Grand sommeil d’Howard Hawks en 46, et Le Port de l’angoisse (1944)-tous deux d’Howards Hawks avec le couple mythique et modèle : Humphrey Bogart et Lauren Bacall-et il y a trois ans Tandis que j’agonise de James Franco, qu’avait aussi monté au théâtre, avant la seconde guerre mondiale, Jean-Louis Barrault encore tout jeune. Et il y eut aussi Requiem pour une nonne adapté par Albert Camus en 1956.
  Séverine Chabrier, à la fois musicienne et comédienne, a voulu porter à la scène ce texte et elle-même légèrement en retrait, improvise au piano pour soutenir les répliques des acteurs. « Ici, dit-elle, avec raison, c’est aussi une descente aux enfers, une précarité qui gagne, une sauvagerie, celle de la nature, du corps engrossé, qui prend le dessus ; un trajet particulièrement clair qui, libératoire à l’origine, finit par l’agonie (Charlotte)  et l’enfermement (Harry) et où chaque étape rature la précédente ».
Oui, mais voilà, comment faire passer sur un plateau de théâtre, cette histoire d’amour-passion qui est aussi celle d’un long voyage où il faut faire attention à la moindre dépense, et qui épuise nerveusement ses protagonistes? « Ainsi, ce n’est pas en moi que tu crois, dit Harry à Charlotte, que tu as confiance, c’est en l’amour. Je ne dis pas moi seulement, mais n’importe quel homme ? » Et elle avoue : «Oui, c’est en l’amour ». Comment dire cette sensualité, et cette quête personnelle sur fond de paysage aux palmiers sauvages constamment sous le vent ?
Le spectacle avait déjà été présenté en 2014 à Montreuil, mais nous ne sommes pas aussi enthousiastes que  notre amie Véronique Hotte! (voir Le Théâtre du Blog)
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Sur le plateau nu, des lits pliants, des sommiers métalliques, de nombreux matelas en mousse posés à même le sol, un longue table pliante, au premier plan, un tourne-disques pour trente-trois tours qui ne finit pas de tourner, en fond de scène une vieille bibliothèque renversée, et côté jardin, des caisses en plastique bleu de bouteilles  de bière qu’Harry va déplacer à l’avant-scène, un haut rayonnage (le même que dans sa mise en scène du Déjeuner chez Wittgenstein (voir Le Théâtre du Blog) avec des boîtes de conserve soigneusement empilées;  et côté cour, un piano droit sur lequel Séverine Chabrier improvisera pendant le spectacle.
  Les deux acteurs, la plupart du temps à peu près nus- avec juste une hideuse ceinture en coton blanc camouflant l’émetteur H.F., ou en slip noir ou blanc, c’est selon, essayent de nous faire croire qu’ils font l’amour devant nous, juste un peu cachés, et ne parlant à peu près tout le temps au micro. Ils font de leur mieux mais mission impossible…
  L’ennui dans cette histoire-par ailleurs bien gérée par l’équipe de techniciens de Berthier-ce sont les stéréotypes scéniques actuels auxquels Séverine Chavrier recourt sans état d’âme, croyant sans doute être dans le vent ?.  Et on a droit, une fois de plus à ce clichés scénographiques : chaises empilées, avec à côté une petite rangée de fauteuils rouges de salle, drap couvert de sang pour montrer l’avortement pratiqué sur  Charlotte par Harry, trois lampadaires en bois avec abat-jour très laids des années cinquante dispensant une lumière tamisée, comme pour dire que William Faulkner se situe dans un temps qui n’est plus le nôtre alors que les jeunes gens sont restés les mêmes, etc.?,  gros ventilateur de cinéma pour souffler des feuilles mortes, visages filmés et retransmis en gros plan sur écran en fond de scène, titres projetés en gros caractères, noirs brutaux, avec à la fin, une lumière très blanche au-dessus des gradins, scènes filmées par une caméra infra-rouge, ou encore déambulations d’Harry sur les passerelles de la cage de scène.
Et bien entendu, un recours incessant à la vidéo avec des paysages filmés en noir et blanc comme un train, une jetée où on voit Charlotte devant des vagues en furie, en noir et blanc,  ou Harry qui marche sur une plage et ensuite résistant mal aux vagues, ou deux images fixes de films porno doux… Bref, désolé, mais pas une once d’originalité dans cette mise en scène, quand même assez prétentieuse, reprend ce que l’on voit partout et depuis des années.

 De quoi épater les bourgeois ? Mais qui peut encore être sensible à ce petit cocktail de texte souvent monologué, avec performance, vidéos en tout genre, musique d’accompagnement en direct mais amplifiées au piano, logorrhées au micro sur fond de musique enregistrée invasive, bruitages très forts mais aussi cris et chuchotements et, à la fin , comme dans une performance des années soixante, la chute provoquée-et sans doute-symbolique!- des boîtes de conserve. Tous aux abris…
Soyons honnêtes: il y a de brefs moments où quelque chose qui ressemblerait à une certaine émotion se passe dans les dialogues qu’échange le couple. Mais cette mise en scène de l’œuvre du grand romancier, telle que l’a revue Séverine Chavrier qui semble souvent aller à la ligne, ne fera pas date. Et, malgré la présence des deux acteurs tout à fait méritants, reste à comprendre comment ce grand moment de théâtre contemporain a été aidé par la DRAC/Ile de France et est arrivé jusqu’aux Ateliers Berthier…

Philippe du Vignal

Odéon-Théâtre de l’Europe, Ateliers Berthier 1 rue André Suarès, Paris 17 ème. T: 01 44 85 40 40 jusqu’au 25 juin.
Les Palmiers sauvages est publié aux éditions Gallimard.

 http://www.dailymotion.com/video/x426jz3

 


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