Festival international des écoles de théâtre au Théâtre de l’Union à Limoges

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Festival international des écoles de théâtre au Théâtre de l’Union à Limoges:


Must go on,
texte et mise en scène de Nathalie Fillion, chorégraphie de Jean-Marc Hoolbecq

 

“ Notre volonté, dit Jean Lambert-wild, le nouveau directeur du Théâtre de l’Union, est que la première édition de ce festival soit un point de ralliement, le lieu où une communauté, avide d’inventer, de penser et s’égarer, puisse se connaître, puisse se rassemble, se reconnaître et débattre, dans des jeux de regard où tradition et innovation s’allient pour vaincre les cécités”.
Avec des spectacles très différents, soit issus de textes des plus classiques comme Epreuve-Tchekhov par la faculté des arts du spectacle de Tbilissi avec une adaptation de quatre nouvelles du grand dramaturge par Gabriel Gochadzé. Soit d’auteurs contemporains, comme  Arrêt sur image de Gustave Akopko, mise en scène de Fargass Assandé, remarquable comédien ivoirien qu’on a pu voir comme acteur dans En attendant Godot mis en scène de Jean Lambert-wild (voir Le Théâtre du Blog)
Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare par le Théâtre-Ecole d’Aquitaine, mise en scène de son directeur Pierre Debauche. L’Ecole de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe au Québec a présenté lui aussi un Skakespeare: un Atelier mis en scène par Frédéric Lebois avec, autour d’une table, quelques-uns de ses personnages comme Macbeth et lady Macbeth, Richard II et Anne, Hamlet et Ophélie… Mais aussi, dirigé par Frank Vercruyssen, le directeur du fameux tg stan flamand, une création collective avec les élèves de la haute école des arts de la scène de Lausanne, Si seulement, j’avais une mobylette…
Et Must go on, spectacle de sortie de promotion, avec douze jeunes  apprentis-comédiens de l’Académie de Limoges, deux de l’école de Saint-Hyacinthe au Québec et une autre du Studio d’Asnières. 

 Cela se passe dans une discothèque, où une femme entre avec une arme, interrompant les danses… Avec, si on a bien compris, une référence au mythe de Narcisse. “Must go on est une pièce à danser, dit Nathalie Fillion, où rêve et réalité se construisent en écho.”
  Sur la scène, rien d’autre qu’une petite estrade côté jardin, et une grosse boule à facettes suspendue à une poutrelle métallique, puis gisant comme épuisée sur le sol dans la dernière partie. Belle métaphore de rêves envolés, de passage du présent au passé. On croit même voir la toile  de fond se dérouler de cour à jardin: Charlotte Villermet la scénographe  et  Claire Debar, la conceptrice lumière ont visé juste et fort.
Nathalie Fillion sait créer de belles images et donner une dimension poétique et théâtrale aux mouvements de ces jeunes gens. Sa mise en scène doit beaucoup à la remarquable chorégraphie de Jean-Marc Hoolbecq qui a su mettre en valeur et bien diriger les jeunes apprentis-comédiens et les amener à un excellent niveau professionnel de spectacle. Bien entendu, il y a derrière trois ans d’enseignement. Mais il est rare de voir, quand il s’agit de travail d’école, une chorégraphie de cette qualité.
La balance entre son et voix, était encore, au soir de cette première, encore fragile mais devrait vite trouver son point d’équilibre. Côté bémols: un texte (au titre anglais, pour faire plus branché? on aurait aimé qu’il soit en français) qu’on entend mal,  et qui ne semble pas toujours être à la hauteur suffisante. Et les redoutables micros HF n’arrangent rien.
Même avec des citations de Paul Claudel ou des phrases inspirées d’Anton Tchekhov, le compte n’y est pas  si l’on veut donner du grain à moudre à des élèves qui se sont frottés pendant leur scolarité à des textes de grands auteurs. Comme disait le grand et regretté critique Bernard Dort: “Le théâtre contemporain ne rend pas souvent la monnaie de la pièce.”
Et comment alors apprécier en quelque soixante-quinze minutes, le travail personnel de ces quinze apprentis-comédiens?  Mais ils ont tous un gestuelle, remarquable de précision, et une aisance sur le plateau que bien des comédiens confirmés pourraient leur envier. A parler avec ces jeunes gens cultivés et intelligents qui ont visiblement  appris des tas de choses en trois ans, on se dit qu’ils n’auront pas trop de mal à pénétrer dans le milieu professionnel.
 Des noms? Ce serait injuste. Allez, tant pis, au moins un: Pélagie Papillon que le public regardait avec admiration, et il y avait de quoi. En tout cas, c’est une riche idée que ce  festival international des écoles à Limoges, donc loin du bruit et de la fureur parisienne, et Jean Lambert-wild avait déjà  aussi, pour cette première année, programmé débats, rencontres, stages… En écho à cette autre richesse locale, et tout aussi ouvert sur  l’étranger, que sont les Francophonies en septembre de chaque année.

Philippe du Vignal

Académie de l’Union, Ecole supérieure professionnelle de théâtre du Limousin. T: 05 55 79 71 85.
Prochaines représentations au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes: jeudi 23 juin à 19h, vendredi 24 juin à 21h,  et dimanche 28 juin à 18h. T:  01 43 74 99 61 (entrée gratuite sur réservation).

 

 


Archive pour 18 juin, 2016

Buffet à vif, Etat premier suivi d’Etat second

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Buffet à vif, Etat premier suivi d’Etat second, de et avec Marguerite Bordat, Raphaël Cottin et Pierre Meunier

On connait bien maintenant le parcours atypique de Pierre Meunier qui occupe une place à part dans le théâtre français. Il a créé quelques spectacles tout à fait intéressants avec ses complices Hervé Pierre et Jean-Louis Coulloc’h (entre autres Eloge du poil, Vivant, Forbidden di sporgesi (voir Le Théâtre du Blog), souvent proches de la performance et de la sculpture in vivo, et en tout cas des arts plastiques.
Buffet à vif est dans la même ligne, avec une relation poétique à l’objet-petit ou encombrant, c’est le cas ici- et avec lequel il a raison d’avoir des comptes à régler, à la pesanteur, et aux tas de matériaux de toute sorte…

Cette performance créée au Festival d’Avignon/Sujets à vif ( photo plus haut) est reprise aujourd’hui au théâtre de la Bastille; «Détruire  en venir à bout mettre à mal la chose qui nous occupe nous obsède nous encombre nous provoque (…) jusqu’à ce que ça pète que ça craque que ça ne ressemble plus à rien (…) à deux pour s’épauler dans cette rude tâche (…) en avant ! « 
Tout est dit ou presque, de cet ovni créé par Pierre Meunier et ses deux complices ; ici, juste une scène au sol blanc, absolument nue, avec lumières simple sur la cène mais aussi dans la salle, et quelques accessoires comme un gros poste de radio, une masse, une hache de pompier, une autre hache et un boulet de fonte au bout d’une chaîne.
Les deux hommes, Pierre Meunier, assez baraqué et Raphaël Cottin, danseur, très mince-un peu Laurel et Hardy-arrivent par la salle (on entend les bruits de la vie de la rue la Roquette dont les portes de la salle resteront ouvertes) en poussant un diable rouge chargé d’une masse pesante mais indistincte parce qu’enfermée dans du papier bulle et solidement amarrée avec deux sangles à cliquets. Masse qu’ils vont quand même réussir à hisser sur le plateau, puis à porter de cour à jardin, pour finalement la placer au centre, sur des tapis de caoutchouc noirs  destinés à protéger la scène, qu’ils ont auparavant jetés, puis cérémonieusement disposés.

  Puis ils enlèvent le papier bulle avec soin, en tournant autour du buffet et en l’enroulant, dans un petit ballet ridicule sur la musique de Radio-Nostalgie (joli clin d’œil vu l’âge de l’objet!).  Apparaît enfin la vedette de la soirée : un buffet deux corps, en bois clair collé sur une âme de contre-plaqué… comme on en vendait autrefois par dizaines chez M. Lévitan: « Bien l’bonjour, M’sieur Levitan, vous avez des meubles, vous avez des meubles, Bien l’bonjour, M’sieur Levitan vous avez des meubles…qui durent longtemps », petite pub imaginée par le grand Robert Desnos dans les années 30, chantait Charles Trenet à la radio».
Soit deux portes en bas et deux en haut séparées par  une autre plus petite au centre, avec aussi deux tiroirs sous une plaque de marbre reconstitué rougeâtre et un miroir rectangulaire vertical. Bref, un rare condensé de laideur, comme en voit encore parfois dans des fermes de la France profonde, version années cinquante du buffet Henri II, lui-même aussi d’une rare laideur, qui abritait  la vaisselle qui ne servait pour les fêtes, et dont les tiroirs recélaient un magma de factures, photos, billets de banque planqués, tournevis, couteau dit de poche, et vieille montre à gousset cassée.
 Raphaël Cottin, une fois que Pierre Meunier a défoncé un des côtés, pénètre dans le  meuble, tout en époussetant consciencieusement à l’extérieur, le tapis noir puis extrait du buffet, un dinosaure vert de quelques centimètres en plastique mou, oublié quand on l’a vidé. Et il nettoie, aussi encore et toujours aussi inutilement le pauvre buffet, voué à la mort comme dans un un ultime adieu. Il y a du Jacques Tati et du Pierre Etaix dans l’air…
Puis tous les deux, pantalon noir, chemise blanche et cravate ridicules, mais avec des gants de travail et munis de lunettes de protection-qu’ils vont aussi distribuer aux spectateurs du premier rang-vont s’attaquer plus radicalement au monstre et le fracasser à coup de hache et de masse. De la fumée s’échappe alors du bas du buffet suivi d’une explosion, comme si la bête se vengeait des attaques  qu’on lui porte avec une rare violence. Juste retour des choses, le manche en bois de la hache de pompier se cassera aussi !
Le monstre va basculer vers l’avant puis vers l’arrière puis revient vers l’avant. Avant d’arriver par miracle à un équilibre instable, grâce aux deux sangles à cliquet dont les compères vont l’entourer. A ce moment précis, le buffet a quelque chose d’émouvant, comme s’il refusait de mourir, soutenu tant bien que mal et plutôt mal que bien par Pierre Meunier.
  Tout se passe avec un bruit infernal: l’un fracasse le meuble avec une hache, l’autre avec une masse et va faire tourner à bout de bras un boulet en fonte qui va frapper violemment le bois avec un brui sinistre. Sans un mot, autre que ceux énoncés en sourdine par la radio qui accompagne cette mise à mort/destruction totale d’un vieux buffet qui surgit comme une belle métaphore de ce qui nous guette au quotidien…
  La seconde partie, leur complice-en pantalon et marcel noirs-Marguerite Bordat, scénographe descend d’une passerelle, et  va replacer les tapis noirs au centre de la scène, puis disposer de façon géométrique, pour une installation très éphémère, morceaux de bois, de marbre et de miroir. Aidée par ses deux complices et par les spectateurs que deux pancartes ont invité à venir les rejoindre sur la scène.
  Public partagé devant cette performance d’une heure dix mais un poil longuette. Certains spectateurs et une mienne consœur n’étaient pas trop d’accord pour que l’on casse un meuble même laid, mais fonctionnel comme on peut en acheter dans les Emmaus de province. Et d’autres  que c’était bien long: John Cage avait bien averti que l’ennui était inhérent aux happenings! Buffet à vif fleure bon ceux des années 70 où la destruction/reconstruction était déjà un thème souvent traité,  entre autres par les actionnistes viennois. On pense aussi à cette performance qui, à l’époque (1974) avait fait grand bruit au Festival de Knock-le-Zoute: la construction d’un fauteuil Louis XV, de Wieslaw Hudon, un artiste polonais, par deux ouvriers tapissiers pendant une heure…
Mais ce cassage en règle de ce buffet résonne curieusement, en ces temps troublés où le Manuel Vals de service, droit dans ses bottes, arc-bouté sur SA loi, accuse la C.G.T. d’avoir eu une « attitude ambiguë » vis-à-vis des casseurs pendant la manifestation à Paris contre le projet de loi Travail.
Ce Buffet à vif n’appartient pas sans doute pas au meilleur cru de Pierre Meunier mais bon… En tout cas, ne ratez pas Forbiden di sporgesi la saison prochaine, au Théâtre de la Ville, dont notre amie Stéphanie Ruffier vous avait dit ici le plus grand bien…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Bastille, rue de la Roquette Paris XIème jusqu’au 1er juillet, relâche les 18, 19, 25 et 26 juin. T : 01 43 57 42 14

 

 

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