Si seulement j’avais une mobylette

Festival des écoles du théâtre public :

 

Si seulement j’avais une mobylette, j’aurais pu partir loin de tout ce merdier , mise en scène de Frank Vercruyessen,

 

f346b31bf6c7e0b6661e8b67395cb3b0La promotion H de la Manufacture de Lausanne, telle une troupe de saltimbanques ou une colonne de migrants, débarque à la Cartoucherie, en poussant une vieille camionnette fatiguée, tandis qu’une jeune fille nue gambade dans les prés, poursuivie par un amoureux transi, encombré d’un bouquet…
Les élèves-comédiens déchargent les éléments de décor: costumes, instruments de musique, et la fameuse 
mobylette, et les entassent sur des chariots brinquebalants. A leur suite, les spectateurs pénètrent dans le Théâtre de l’Aquarium, en passant par l’atelier où sont rangés câbles et projecteurs. 

Après cette déambulation festive, les seize comédiens investissent le plateau où de longues tables chargées de dattes et de jattes de lait offrent les promesses d’un repas… qu’ils devront attendre jusqu’au coucher du soleil. On le comprend vite, les élèves ont en effet puisé, pour le spectacle, dans la littérature orientale classique et contemporaine : des textes de l’Iranienne Marjane Satrapi, de l’Algérien Yasmina Kadra, des poèmes d’Adonis (Ali Ahmed Saïd Esber), Syrien d’expression arabe et française,  ou encore des extraits de Sublimes paroles et idioties à la sagesse populaire de Nasr Eddin Hodja,  côtoient le Traité de chasse aux fauves d’Ibn Mangli  ou un conte des Mille et une nuits détourné.  Ils y ont aussi inséré des emprunts au cinéaste suédois Roy Andersson, connu pour l’ humour décalé de ses films où se mêlent poésie burlesque et ambiances cafardeuses.

« Bienheureux ceux qui s’assoient », lance une comédienne provoquant l’hilarité. Le ton est donné. Suivront une série de sketches permettant à tous les acteurs de montrer leur savoir-faire, indéniable, acquis en trois ans, et leur talent. Dans ce joyeux désordre, s’expriment les personnalités de chacun. Comme dans cette parodie de leçon de danse orientale où les corps se meuvent, parfois maladroits… On évoque le drame palestinien mais on donne aussi une recette paysanne pour exterminer les souris qui pullulent dans les greniers.

Tout un bestiaire est ici évoqué, notamment, et de manière récurrente, les pigeons, messagers des dieux ou des hommes, exhibés en effigies grossières lancées par terre : « Du ciel des oiseaux tombent, jonchant le sol de leurs cadavres déformés », annonce une comédienne. Récurrents aussi des bouts de dialogues d’Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence, où le réalisateur suédois épingle des personnages anonymes pendus au téléphone, répétant tous : «Je suis content de savoir que vous allez bien. » 

 Malgré quelques beaux moments poétiques comme Heureux sans savoir pourquoi de Mahmoud Darwich et des gags réussis, les deux heures-vingt paraissent bien longues. Question de rythme? Ce sont les risques d’un montage, fait de bric et de broc. On regrette la rigueur du travail de l’an dernier sur Lac de Pascal Rambert. (Voir Théâtre du Blog). On avait là en effet une vraie pièce, en adéquation avec les comédiens.
Reste une brochette de jeunes gens qui jouent avec allant, le jeu du collectif… Avec une belle image finale : la mobylette démarre, embarquant une mariée, suivie de tout son cortège.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes le 1er juillet.

 

 

 


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